A Lille, au coeur de la Secioun Parigi

Le 14 février, j’ai décidé de consacrer mon samedi à un déplacement avec la Secioun Parigi, groupe de supporters niçois expatriés en région parisienne.

Le rendez-vous est fixé à 9h15 place Joffrin dans le XVIIIe arrondissement de Paris. La vue sur le pied de Montmartre égaye un peu la tristesse de la grisaille et de la bruine parisienne. Julien, un ami niçois qui vit à Boulogne, patiente avec moi. Après quelques minutes, un véhicule plaqué 06 déboule devant nous. Pas de doute, ce sont bien eux : « Regarde la cala (le look, en niçois) qu’ils ont ! » me lance Julien, tout sourire. Nous montons à l’arrière. Après qu’un dernier compère nous ait rejoint, direction l’A1, et l’aire de Villeron.

Il est 10h30 lorsque nous rallions notre premier point de rendez-vous. Entre deux bouchées de chips et un premier verre de pastis, je fais connaissance avec mes acolytes du jour. Sébastien (1), notre conducteur, a 22 ans. Il est en école de commerce. Expatrié sur Rouen depuis quelques mois seulement, ses études ne l’empêchent pas de suivre son équipe de cœur. Thomas, lui, a rejoint la Secioun Parigi depuis peu. Également en école de commerce à Paris, le jeune homme de 23 ans est originaire de Tourette-sur-Var, un village sur les hauteurs de Nice.

 Pour tous les deux, les déplacements sont des moments « uniques qu’il faut partager entre potes ». Selon Thomas, c’est aussi « beaucoup de plaisir avant tout, pas tant d’aller voir l’équipe jouer mais de rencontrer des Niçois expatriés à Paris, sachant que ce sont toujours des moments de rigolade. » Mais ces périples représentent également de vrais sacrifices : « D’un point de vue pécuniaire, on fait le maximum pour limiter les coûts des déplacements car on n’a pas forcément énormément d’argent. Sans oublier que c’est assez chronophage car ça te prend le week-end, et ceux durant lesquels il n’y a pas de matches il faut quand même s’investir un minimum dans la vie du groupe car il faut donner « le change ». On ne peut pas uniquement recevoir. Il faut aussi donner. »

La deuxième  voiture arrive enfin, sept Niçois à bord. Tout le monde est déjà bien chaud. Les premiers chants sont entonnés à la plus grande surprise des passants. Avant que les esprits se dispersent, on règle les frais du déplacement. 45 euros pour le covoiturage et la place au stade, effectivement, lorsqu’on est étudiant, il s’agit d’un réel effort. Nous reprenons la route, musiques niçoises à tue-tête dans la voiture. Mais le prochain arrêt ne tarde pas. Certains en profitent pour marquer le territoire. C’est comme cela que ça se passe dans le monde Ultra. On sticke sur des panneaux, là où des autocollants de supporters parisiens ou stéphanois sont déjà présents. D’autres y vont de leur tag : « SECIOUN PARIGI : BSN 85 ACAB ». Comprenez « All cops are bastards » pour le dernier acronyme.

Le tag de la Secioun Parigi Crédits : Loris Bavaro

Le tag de la Secioun Parigi Crédits : Loris Bavaro

Arrivée dans la cité nordiste vers 13h. Nous passons devant l’hôtel Carlton, début d’un long fou rire dans la voiture, dont je vous épargnerai les détails. Après une pause-déjeuner, nous nous dirigeons vers le centre-ville, dont il faut souligner la beauté. Les rues principales sont noires de monde. Nous retrouvons enfin les autres Niçois, eux aussi en visite de la Grande Place. Enfin réuni, le groupe décide de partir pour Villeneuve D’Ascq, une commune limitrophe où se trouve le stade.

Les rues lilloises. Crédit Photo : Loris Bavaro

Les rues lilloises. Crédit Photo : Loris Bavaro

Les rues lilloises. Crédit Photo : Loris Bavaro

Les rues lilloises. Crédit Photo : Loris Bavaro

Il est 17h lorsque nous débarquons au bar des Lillois, refuge des DVE (Dogues Virage Est, le groupe Ultra Lillois créé en 1989). Il s’agit d’un pub irlandais, non loin du Stade Pierre Mauroy. Je prends une bière et discute avec mes compagnons de route. Il y a au moins autant de Niçois que de Lillois dans ce bar, si ce n’est plus. Comment se fait-il que l’on puisse côtoyer des supporters lillois, dans leur bar, sans qu’aucun incident n’éclate ? Depuis une quinzaine d’années, l’ex-BSN (Brigade Sud Nice, groupe Ultra niçois dissous par les autorités) et les DVE ont noué une amitié lors d’un déplacement de ces derniers à Nice. Depuis, cette fraternité est entretenue chaque année par les supporters des deux camps. Les membres influents des DVE ne tardent pas à arriver. Ils mettent en vente les nouveaux pulls et écharpes du groupe. Vers 18h, je sors rejoindre les autres Niçois dans la cour intérieure du bar. Je remarque deux supporters lillois venus griller leur clope. J’entame la discussion avec mon ami Julien, et rapidement je procède à un échange d’écharpe avec l’un deux (qui est une pratique courante entre supporters de clubs différents). On passe une bonne demi-heure à se raconter différentes histoires de tribunes ou de matches et à parler de politique. Ils nous proposent de nous rendre avec eux au stade, nous acceptons avec plaisir.

Vue du stade Pierre Mauroy depuis la tribune niçoise. Crédit Photo : Loris Bavaro

Vue du stade Pierre Mauroy depuis la tribune niçoise. Crédit Photo : Loris Bavaro

Après une pose devant le flambant Stade Pierre Mauroy (52 000 places), les Lillois nous emmènent devant leur tribune, où des collègues les attendaient. S’en suit une présentation agrémentée de franches accolades et rigolades. A H-30, Julien et moi décidons de prendre le chemin du parcage (tribune des supporters adverses). Les contacts ont été pris, nous saluons nos sympathiques camarades et leur souhaitons un bon match.

Pour ce qui est de ce dernier, il se finira sur un score nul et vierge, reflétant parfaitement la physionomie de la rencontre. Les Niçois pourront tout de même regretter un but refusé pour une position de hors-jeu inexistante d’Eduardo. En tribune, la Secioun Parigi aura tenté d’animer les quelques 80 supporters présents, chose peu évidente. Qu’importe, la bande a passé une super soirée.

 Loris Bavaro

(1) A la demande des protagonistes, leurs prénoms ont été changé