Harper et les médias : liberté d’expression contre sécurité

Huitième. C’est le classement du Canada sur 180 pays concernant la liberté de la presse, selon Reporters Sans Frontières (RSF). Mais rien n’est acquis. Depuis 2006 et l’arrivée du gouvernement de Stephen Harper, les libertés d’expression et de la presse se sont considérablement détériorées.

 « On doit toujours s’inquiéter pour la liberté de presse. C’est un droit très fragile et toujours attaqué par les gens de pouvoir. », rappelle Philippe Marcoux, professeur de journalisme à l’université de Concordia (Montréal). La liberté de la presse est censée être garantie dans la Charte canadienne des droits et des libertés de 1982. Mais sous un gouvernement Harper qui considère les médias comme « ses ennemis jurés », la liberté de la presse s’en trouve impactée. D’autant plus avec un nouveau projet de loi anti-terrorisme appelé C-51.

Ce projet de loi anti-terrorisme donne des pouvoirs supplémentaires aux autorités et limite ainsi la liberté d’expression. Il est censé faciliter le partage d’informations entre les organismes et ministères du gouvernement canadien et étendre le mandat du Service canadien du renseignement de sécurité. C’est pourquoi il est très contesté. Cette loi fait resurgir des problèmes liés à la liberté de la presse qui souffre depuis un moment des décisions politiques du gouvernement. Ce projet de loi permet au gouvernement de franchir une nouvelle étape pour tenter de lutter contre les opposants à ses projets industriels. Ainsi, Ottawa peut s’infiltrer plus facilement pour avoir accès aux sources des journalistes, problème qui existait déjà dans les médias canadiens.

"Suis-je un terroriste", c'est ce que se demande un manifestant contre le projet de loi anti-terroriste C51/ (Crédit photo: D.R)

« Suis-je un terroriste », c’est ce que se demande un manifestant contre le projet de loi anti-terroriste C51/ (Crédit photo: D.R)

A cela, il faut ajouter les coupes budgétaires pour l’information publique comme à Radio-Canada, sur lesquelles nous reviendrons. Les industries médiatiques sont par ailleurs étroitement liées aux pouvoirs politique et économique. Il s’agira alors de montrer comment certains médias appartiennent à des personnalités proches du pouvoir. Dans un contexte de forte concentration économique des médias, la loi restreignant la liberté d’expression se fait encore plus préoccupante : face à un pluralisme de la presse déjà limité, les citoyens seront-ils assez informés sur cette loi ? Il s’agira alors peut-être de faire usage des nouveaux médias et des sources d’information alternatives pour proposer un autre éclairage sur ce projet… à moins qu’eux aussi ne soient mis en danger.

Mathilde Brun

Camille Degano

Gyotis Delsart

Lara Pekez

Nicolas Richen