RIG Grèce #3: Les tabous, une entrave à la liberté de la presse

Relations entre l’État et l’Église, surpuissance de l’armée, égalité entre les hommes et les femmes, exploitations minières … La Grèce possède toute une série de spécificités culturelles qui favorisent la connivence avec le pouvoir et l’autocensure des journalistes.

 

« S’attaquer aux finances de l’Église ou à sa mainmise sur l’État c’est n’est pas seulement s’attaquer aux hiérarchies ecclésiastiques mais aussi aux millions de croyants. Malheureusement c’est comme ça que c’est perçu. On en parle peu car les politiques ne veulent pas qu’on en parle, mais aussi car le peuple ne veut pas qu’on en parle. Ça fait partie de nos paradoxes » affirme la journaliste grecque Beatriz Jaimen, travaillant pour le média hispanophone info-grecia.com. Tout le problème des tabous est bien de savoir quand est-ce qu’ils sont « culturels », propre au peuple grec, et quand ils sont un stratagème politico-médiatique nuisant à la liberté de la presse.

 

À ce sujet, Christine Hadjopoulo, présidente de l’association de la Communauté grecque des Alpes Maritimes, explique:

 

 

Une société encore très patriarcale

Le mardi 27 avril, deux jours après sa victoire, Alexis Tsipras dévoile son nouveau gouvernement. Surprise : pas une seule femme à la tête de l’un des douze ministères ! Mais une première quand même : Zoé Κonstantopoulou, tonitruante juriste et féministe convaincue, devient la première femme à présider le Parlement.

Parmi les hauts responsables du nouveau gouvernement une seule femme: Zoé Konstantopoulou, au centre de la photo. (Crédit photo: lemonde.fr)

Parmi les hauts responsables du nouveau gouvernement une seule femme: Zoé Konstantopoulou, au centre de la photo. (Crédit photo: lemonde.fr)

 

Pauline Bussi, une journaliste française ayant passé 8 mois dans une radio associative en Grèce, donne ses impressions sur ce sujet :

 

L’armée grecque, un rôle prépondérant dans la société grecque

Plus de 400 ans d’occupation ottomane, une guerre d’indépendance, le conflit chypriote, des échauffourées multiples dans les dernières décennies… voilà de quoi faire vivre dans les consciences collectives grecques une certaine animadversion envers la Turquie. La dictature des colonels dans les années 70 ainsi que le service militaire encore en vigueur (pour les hommes) dans la République hellénique donne à l’armée un rôle politique majeur dans l’histoire récente.  « À mon avis les tensions avec la Turquie sont un moyen pour faire peur aux gens et protéger les intérêts du puissant lobby militaire. Mais du coup c’est vrai que pour une grande partie des Grecs la  »défense nationale » est une question importante » explique Beatriz Jaimen.

 

Dans la période 2004-2008 la Grèce est le 5ème acheteur d'armes au niveau mondial. Ce n'est qu'en 2012 que le pays, en crise depuis 5 ans, a accepté de réduire son budget militaire.

Dans la période 2004-2008 la Grèce est le 5ème acheteur d’armes au niveau mondial. Ce n’est qu’en 2012 que le pays, en crise depuis 5 ans, a accepté de réduire son budget militaire.

 

Manolis Mylonakis, étudiant crétois à Nice, doit, comme tous les jeunes Grecs, faire son service militaire ou un service citoyen de remplacement. L’objection de conscience totale (refuser les deux), un délit qui entraîne la prison, est pour lui un sujet tabou dans les grands médias grecs. Et pourtant c’est un dilemme qui tourmente un grand nombre de jeunes Grecs.

 

L’exploitation des ressources pose aussi problème

La victoire de Syriza, dont le programme politique est largement imbibé d’écologisme, a donné de la visibilité à des conflits miniers, dont la nature pose problème aussi bien d’un point de vue social qu’écologique. « Prenons l’exemple de l’entreprise minière canadienne Eldorado Gold qui veut relancer la mine de Skouries et ouvrir plusieurs nouvelles mines d’or dans la péninsule de Chalcidique, au Nord de la Grèce. L’affaire est considérée par beaucoup comme une illustration de la tentative d’importer en Europe du Sud, à la faveur de la crise, les pratiques douteuses des multinationales minières, subies depuis des décennies par les pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Ce n’est que très récemment que ce conflit est entré dans l’agenda médiatique des grands groupes grecs » relate Beatriz. Signe d’un regain de vitalité des médias? L’avenir le dira.

 

César Prieto

(Crédit photo image vignette: http://www.medias-presse.info)