RIG Grèce #4 – Les citoyens plus libres que les journalistes

La presse est particulièrement contrôlée en Grèce. Mais qu’en est-il de la liberté d’expression des citoyens? Ont-ils le droit de penser et d’exprimer leurs opinions sans craindre une quelconque répression? A la lumière de témoignages et d’événements récents, il semblerait que ce soit le cas.

Une première réponse est apportée par Michel Seliniotakis, révérend-père de l’Eglise grecque orthodoxe du sud-est

Mère patrie de la démocratie, la Grèce connaît depuis 2007 une crise économique et sociale très dure. La hausse du chômage et la politique d’austérité ont entraîné une crise de la liberté de la presse. En 2014, le Grèce pointait à la 99ème place du classement de Reporters sans Frontière. Soit 69 places plus bas qu’en 2007, à la veille de la crise. Pour autant, il semblerait que cette censure des médias n’ait pas réellement impacté la liberté d’expression des citoyens. C’est d’ailleurs le constat de Manolis Mylonakis. Ce jeune Grec de 24 ans vit à Nice depuis six mois. Il explique qu’en Grèce les médias subissent une forme de contrôle de l’état mais que les citoyens ne sont pas victimes de cette dernière puisqu’ils ont la possibilité de s’informer librement auprès de médias diversifiés, grecs mais également étrangers.

 

Depuis quatre ans, 20 210 rassemblements citoyens ont pris place dans les rues grecques, dont 6266 à Athènes, selon le Monde. Ce qui représente une moyenne de 5052 manifestations par an. En comparaison, en 2013 en France il y aurait eu 4144 manifestations. Le plus souvent, la police est présente mais n’intervient pas. En témoignent ces différentes illustrations de manifestations « majeures » s’étant déroulées sans violence policière.

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Si certains actes sont venus ternir le tableau de la liberté d’expression en Grèce,  force est de constater qu’il n’y en a pas plus que dans les autres états européens.

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Quel a été l’impact de la crise économique sur la liberté d’expression ? 

Constance Gionis a passé son enfance en Grèce, avant de venir vivre en France à ses 18 ans (aujourd’hui elle en a 30). Elle a encore de la famille dans la république hellénique et y retourne près de trois fois par an. Elle explique que la crise n’a pas limité la liberté d’expression. Bien au contraire elle a pu délier des langues.

Buzzles : Les citoyens (non journalistes) sont-ils libres ? Ont-ils le droit de dire ou d’écrire ce qu’ils pensent, notamment sur les réseaux sociaux ?

Constance Gionis : Oui tout à fait. Plus qu’avant même, car quand j’ai quitté la Grèce on avait notre religion inscrite sur notre carte d’identité, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. C’était très homogène, il y avait une pression sociale qui nous poussait à penser comme tout le monde, sinon on était vite assez bizarre. Je sais par mes proches que ça évolue, tout devient plus ouvert, il y a plus d’échanges qui se font et surtout l’immigration se développe, ce qui pousse tout le monde à avoir des avis très différents. Puis il y a eu une prise de conscience avec l’arrivée d’aube dorée (…) il y a une liberté qu’on ne pensait pas si grande. On a été choqué quand on a entendu certains discours (…) En ce sens, on entend tout et n’importe quoi, de la part de n’importe qui en Grèce. On ne peut donc qu’admettre que les Grecs sont libres de penser et de parler.

Buzzles : Quelles ont été les conséquences de la crise économique sur la liberté d’expression ?

Constance Gionis : Ça a rendu tous les gens concernés et tous ont ressenti un droit de prendre la parole et de s’exprimer. Et même plus qu’avant. Auparavant, on était dans une position confortable, on n’avait pas le besoin de manifester nos opinions dans la rue. Dans la sphère privée on abordait tous les thèmes mais on évitait la place publique. Or sortir et avoir des propos en public ou manifester en groupe est devenu courant dans ce contexte de crise. Ça a soutenu cette quête de liberté.

Même son de cloche chez Catherine Hadjopoulo. Cette bibliothécaire à l’université de Nice Sophia Antipolis est présidente de l’association de la communauté grecque des Alpes-Maritimes. Elle considère, elle aussi, que les Grecs sont libres et que les réseaux sociaux n’y sont pas pour rien.

 

 

Au final, force est de constater que dans un pays où la liberté de la presse est en chute libre depuis la crise économique de 2008, l’expression est libre et les citoyens ne semblent pas ressentir une quelconque forme de contrôle de l’Etat. Aujourd’hui, indépendamment de la crise économique, le paysage politique grec est en pleine mutation. Cette dernière aura-t-elle un impact sur la liberté d’expression des Grecs ? Il semblerait que non. Pauline Bussi fait un premier constat, deux mois après l’arrivée au gouvernement de Syriza. Cette journaliste française, qui a travaillé huit mois dans une radio associative grecque considère que la liberté d’expression des citoyens, réelle depuis plusieurs années, ne s’est ni dégradée ni améliorée depuis l’accession au pouvoir de Tsipras.

De quoi nourrir certains espoirs quant à la liberté d’expression dans le pays. Reste à savoir si cette expression trouvera un écho dans le paysage médiatique grec.

Pierrick Ilic-Ruffinatti

 

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