Sébastien Lacroix : «Nous ne gagnons pas notre vie avec le sport»

Fin mars, Jason Lamy-Chappuis s’offrait une retraite très médiatisée. Un peu oublié du public, un autre combiné français a décidé de s’arrêter au terme de la saison 2015, à 31 ans. Sébastien Lacroix, compagnon d’entraînement de Lamy-Chappuis, se livre sur une carrière riche en émotions, au sein de cette grande famille du combiné nordique.

Sébastien Lacroix, votre retraite a-t-elle un lien avec celle de Jason ?

Je savais depuis l’été dernier que je faisais ma dernière saison de compétition. Chacun a fait son choix de son côté, et même si je me doutais que Jason allait arrêter, je ne savais pas quand exactement. Peut-être que le fait que j’arrête l’a un peu influencé, car l’équipe n’est plus ce qu’elle est avec un athlète en moins, quand on regarde tout ce qu’on a construit et vécu ensemble.

Vous aviez une relation privilégiée avec Jason, en partie par vos origines jurassiennes…

Oui et non, rien de privilégié par rapport aux autres. Je dirais même que Jason et François Braud étaient très proches, car dans la même classe depuis le collège. Mais ces dernières années, Jason et moi nous sommes beaucoup entraînés ensemble et avons partagé beaucoup de moments. Ces relations ont construit toute l’équipe, car chaque jour nous essayons d’être meilleur que l’autre ! On avait l’image d’une « grande famille du combiné français ».

Est-ce quon peut en effet parler de « grande famille » ?

C’est une grande famille car il ne faut pas oublier les coachs, techniciens, ostéopathes ou encore kinés… nous voyagions toujours ensemble. Et puis, il y a aussi les anciens : Sylvain Guillaume, Fabrice Guy…qui nous ont toujours soutenus et qui sont à fond derrière le combiné français. Nous avons vécu des trucs particuliers tous ensemble, des moments inoubliables. Forcément, les meilleurs souvenirs resteront les championnats du monde de 2013 avec le titre par équipe ! C’était une journée magique, où nous nous sommes vraiment régalés et ce titre nous a tous, athlètes et staff, unis à jamais. Et il y a forcément des déceptions, comme le fait de ne pas être médaillé olympique. Mais c’est le sport de haut niveau, les places sont chères et tout doit être réuni pour faire des médailles !

L'équipe de France de combiné nordique championne du monde en 2013 avec François Braud, Jason Lamy-Chappuis, Maxime Laheurte et Sébastien Lacroix. Crédit Photo : Mike Hewitt/Getty Images Europe

L’équipe de France de combiné nordique championne du monde en 2013 avec François Braud, Jason Lamy-Chappuis, Maxime Laheurte et Sébastien Lacroix. Crédit Photo : Mike Hewitt/Getty Images Europe

Ce groupe de quatre, présent depuis 2005, n’est-il pas le signe d’un manque de relève ou d’intérêt pour votre sport ?

Il est difficile de parler de manque de relève, car les jeunes sont là, mais la marche est un peu haute. Il faut leur laisser un peu le temps de se construire, et je pense qu’au contact de Maxime Laheurte et François Braud, ils vont bien progresser. Derrière ces 2 noms, il y a d’autres jeunes qui poussent bien. La relève, ce sont tous ces athlètes ! Par contre, nous aimerions tous que notre discipline soit plus médiatisée, et que nos résultats soient plus exposés et reconnus à leur juste valeur par un plus grand nombre !

Vous faisiez partie des nombreux douaniers qui composent les équipes des France de ski, aussi bien nordique qualpin. Est-ce que cest quelque chose de nécessaire pour vivre ?

Complètement. Dans le ski, comme dans beaucoup de sports, nous ne sommes pas à proprement parler des professionnels. Nous ne gagnons pas notre vie avec le sport. En ce sens, la Douane nous apporte les moyens de nous entraîner toute l’année, et de courir sous ses couleurs pour les plus grandes compétitions mondiales. Nous avons la chance de pouvoir bénéficier de cet avantage et de vivre de notre sport grâce à ça ! Sans la Douane, il y aurait eu beaucoup moins de médailles mondiales et olympiques car les athlètes n’auraient tout simplement pas pu continuer faute de moyens. Nous leur devons beaucoup et je tiens à les remercier une fois de plus ! Même si j’ai eu la chance d’être issu d’une région très tournée vers le ski, avec des entreprises locales et des collectivités territoriales qui m’ont beaucoup aidé, je n’aurais pas pu vivre sans la Douane.

C’est avec la Douane que vous allez continuer ?
J’ai intégré depuis deux semaines l’École nationale de Douane de la Rochelle, pour me former en vue de devenir agent de constatation. Je découvre les différents métiers qui existent dans cette administration et tout ça me plaît beaucoup. Idéalement, j’aimerais faire partie d’une brigade de surveillance motorisée.

 Propos recueillis par Emmanuel Durget