Concurrence déloyale : le ras-le-bol des taxis azuréens

Depuis 2009, les taxis sont confrontés à une concurrence qu’ils jugent déloyale. Uber, Uberpop, Hitch … Autant d’applications étrangères qui permettent de faire appel à des chauffeurs pour des prix dérisoires, parfois dans une situation d’illégalité. Retour sur un conflit qui dure.

« Ce sont des pingouins en cravate ». Le décor est planté par Jacques Chotard, numéro deux de la chambre syndicale des taxis de Nice. En l’espace de deux ans, le prix d’une licence de taxi parisien a perdu près de 20% de sa valeur. Les artisans taxis ont de plus en plus de mal à lutter face à la concurrence des sociétés de VTC (Véhicules de Tourisme avec Chauffeur) et des applications telles qu’Uber. « Il y a une distorsion entre les professions de taxis et de chauffeurs. Celle des taxis est extrêmement règlementée, sûrement trop », regrette Jacques Chotard. Pour acquérir sa licence professionnelle, il faut compter environ 400 000 euros à Nice, un peu moins à Cannes. Les tarifs des courses sont fixés par la préfecture, aucune marge de manœuvre n’est possible. De plus, un taxi doit s’affranchir des charges sociales, du RSI (Régime Social des Indépendants), et posséder une assurance spéciale.

Il n’en est rien pour les chauffeurs de chez Uber. « Cela n’est ni plus ni moins que du travail au noir car ils font le même boulot que nous sans aucune charge sociale et en ne payant aucune assurance. Et tout cela avec l’aval du gouvernement, qui préfère faire la chasse au taxi pour de la soit-disant fraude … », peste Norbert Astolfi, secrétaire départemental du Syndicat départemental des taxis. Depuis le 21 mars dernier, Uber oblige ses chauffeurs à devenir auto-entrepreneurs, car leur statut actuel est puni par la loi. Mais pour Jacques Chotard, la société pratique de « l’optimisation fiscale, à l’instar de Google ou Amazon. Uber exploite de malheureux chauffeurs ». Des chauffeurs qui, selon lui, sont vite découragés par les conditions d’auto-entrepreneur et finissent par abandonner. Ce qui n’empêche pas d’autres de se lancer sur le marché.

Les taxis niçois sont en colère. Crédit photo : franceinfo.fr

Les taxis niçois sont en colère. Crédit photo : franceinfo.fr

Uber, c’est quoi ?

 La société Uber est une entreprise technologique développée en Californie en 2009. Estimée à 41 milliards de dollars, Uber s’est installée dans plus de 250 villes du monde, grâce à son application qui favorise la mise en contact d’un chauffeur et d’un client via un service de géolocalisation. En France, ce système est interdit depuis la loi Thévenoud du 1er octobre 2014. Mais Uber continue toujours de flirter avec l’illégalité. UberPop, version « cheap » de l’application, met en relation un chauffeur en voiture banalisée qui conduit un particulier sur de courts trajets. La pratique est interdite mais considérée pour l’instant par les autorités comme du covoiturage.

Les chauffeurs d’Uber ont la particularité de ne pas être des professionnels du transport, tout en étant souvent assimilés à des chauffeurs VTC. Une fâcheuse habitude qui agace Cédric Savary, co-président de la fédération française de VTC : « Uber fait du salariat déguisé, du racolage abusif et intempestif. » Il poursuit : « Un chauffeur VTC doit effectuer 250 heures de formation dans un centre agréé d’État pour obtenir sa carte professionnelle. Et il ne peut effectuer une course qu’avec au préalable une réservation. » En effet, même si les charges qui pèsent sur les véhicules de tourisme avec chauffeur sont moins importantes que celles des taxis, les VTC doivent se plier à certaines contraintes. Comme par exemple, une tenue vestimentaire soignée et un anglais maîtrisé.

Cédric Savary peste contre Uber. Crédit photo : Loris Bavaro

Cédric Savary peste contre Uber. Crédit photo : Loris Bavaro

Menace sur le Festival de Cannes

 « Les autorités sont très longues à réagir. Elles veulent savoir, elles observent. On les alerte régulièrement, mais elles ont l’impression qu’on les manipule. Je ne dis pas qu’on se sent incompris mais c’est vrai qu’on aimerait plus de soutien. » La lassitude de Jacques Chotard est palpable chez beaucoup de taxis. Certains d’entre eux menaceraient de bloquer le Festival de Cannes en mai prochain. Lors du MIPIM (Marché International des Professionnels de l’Immobilier) en mars, de nombreux contrôles de chauffeurs avaient été effectués par quarante-cinq policiers, en exercice spécial pour l’occasion. Une mesure qui avait ravi le responsable syndical niçois, qui espère la voir renouvelée pour le Festival du film. Sous peine d’une action des taxis, même si Norbert Astolfi n’est pas de cet avis : « Je préfère que l’on vienne manifester devant la préfecture ou les administrations plutôt que de pénaliser des gens qui viennent assister à des évènements ».

 En attendant, les 12 000 VTC et les 55 000 taxis doivent cohabiter. « L’heure est à l’union » pour Cédric Savary. Supprimer Uber, autoriser les grilles fixes de tarifs pour les taxis, professionnaliser et légiférer sur la profession de véhicules de tourisme avec chauffeurs, voici des solutions préconisées par les différentes parties. Alors qu’UberPop a été interdit en Allemagne, la justice française doit se prononcer d’ici la fin de l’été.

Loris Bavaro