[Interview] Pas de percée du FN en PACA #1/2

Dans un entretien accordé à Buzzles, le chercheur en sciences politiques Joël Gombin revient sur les résultats du FN aux élections départementales en PACA, et le rôle joué par la Ligue du Sud, parti d’extrême-droite vauclusien.

Joël Gombin est doctorant en sciences politiques à l’Université de Picardie Jules Verne et membre de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès.

 Malgré des scores très élevés au premier tour, les binômes du FN n'ont remporté que sept cantons en PACA. (Source : ministère de l’Intérieur)

Malgré des scores très élevés au premier tour, les binômes du FN n’ont remporté que sept cantons en PACA. (Source : ministère de l’Intérieur)

 Beaucoup de médias évoquent une « percée » du FN à l’échelle nationale. Mais est-ce qu’on peut aussi le dire dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, qui est un bastion historique du Front national ?

Je ne sais pas si « percée » est le bon mot… mais il y a indéniablement une progression, puisque tant au niveau national qu’au niveau local, si on compare aux cantonales de 2011, qui avaient déjà été un bon cru pour le Front national en PACA, on progresse encore. Le FN est par exemple présent au second tour dans tous les cantons des Bouches-du-Rhône, ce qui n’était pas le cas en 2011. Il progresse dans tous les territoires où il était historiquement le plus faible, comme le pays d’Aix. C’est donc une progression qu’on retrouve partout, y compris en PACA, oui.

C’est dans le Var et dans le Vaucluse que le FN a réalisé ses meilleurs scores, aussi bien en termes de sièges que de voix. Le parti a-t-il là aussi progressé ?

Dans le Vaucluse, sa progression est handicapée par la division avec la Ligue du Sud. Mais si on additionne les voix du Front national et de la Ligue du Sud, on s’aperçoit que l’extrême-droite est à un niveau très élevé au premier tour. Dans certains cantons du Vaucluse, on atteint, voire on dépasse 60 % de voix pour l’extrême-droite au premier tour. On peut dire que dans le Var comme dans le Vaucluse, partout, il y a une confirmation de l’enracinement du FN, de ses niveaux élevés. Mais dans certaines parties du département comme ailleurs, on constate que ces très bons scores au premier tour ne se sont pas traduits par des postes de conseillers départementaux – en tout cas, pas autant que l’espérait le FN. Ces excellents scores de premier tour se heurtent encore à une certaine difficulté à se transformer en victoires dans un scrutin majoritaire à deux tours.

Joël Gombin rédige actuellement une thèse sur le sujet « Configurations locales et construction sociale des électorats. Étude comparative des votes FN en région PACA ». (Utilisation autorisée par Joël Gombin)

Joël Gombin rédige actuellement une thèse sur le sujet « Configurations locales et construction sociale des électorats. Étude comparative des votes FN en région PACA ». (Utilisation autorisée par Joël Gombin)

Revenons sur le rôle de la Ligue du Sud dans le Vaucluse. Peut-on dire que la Ligue du Sud est similaire au FN ? En tous cas, s’adresse-t-elle au même électorat ?

La Ligue du Sud n’est pas similaire au Front national. C’est un parti qui est idéologiquement et politiquement un peu différent, même s’il est une forme de scission du FN. Disons qu’il est beaucoup plus proche des thèses identitaires ou identitaristes que des thèses nationales-républicaines qui sont aujourd’hui dominantes au sein du FN. En ce qui concerne l’électorat, on sait très peu de choses sur les électeurs de la Ligue du Sud. Il n’y a pas eu à ma connaissance d’étude spécifique sur le sujet. Mais il me semble que l’électorat de la Ligue du Sud n’est pas un électorat d’extrême-droite au sens classique du terme. On voit sur certains cantons comme ceux d’Orange ou de Bollène que le score du FN additionné à celui de la Ligue du Sud peut atteindre les 60 %, alors que sur des élections nationales comme l’élection présidentielle, il n’y a pas du tout 60 % des voix pour l’extrême-droite – on est peut-être à 30, 40, mais pas du tout à 60 %. Il me semble assez clair qu’une partie de l’électorat qui vote pour les candidats de la Ligue du Sud est un électorat qui peut voter pour les candidats de la droite traditionnelle sur d’autres scrutins ou à d’autres occasions. Il me semble donc que la Ligue du Sud est le parti qui permet d’établir des ponts, et au fond de créer une espèce de continuum entre les différentes composantes de la droite, du centre jusqu’au FN, dans un département comme le Vaucluse et en particulier dans le Nord-Vaucluse.

Propos recueillis par Armand Majde