Nicolas Sarkozy : à Nice pour Estrosi… et pour lui

Mercredi 22 avril, Nicolas Sarkozy faisait une visite aussi express qu’imprévue à Nice, dans le but de soutenir la candidature de Christian Estrosi aux régionales de décembre prochain… mais pas seulement !

18h. Le Palais Nikaïa est plein à craquer, une partie de la salle a été cachée derrière de grands rideaux noirs. En fait, la visite de Nicolas Sarkozy n’avait été prévue que quelques jours auparavant, et l’UMP craignait une salle un peu trop vide. C’était oublier qu’à Nice, l’ex-président de la République est un peu chez lui, et que ses partisans répondent toujours présents.

Union. Pour l’occasion, Nicolas Sarkozy et Christian Estrosi étaient parvenus à rassembler l’ensemble des grands élus de la région, au-delà des clivages que l’UMP a pu connaître (voir notre infographie). Stratégiquement tout était au point. La jeune Marine Brenier, benjamine du Conseil départemental des Alpes-Maritimes, a été la première à prendre la parole. Une manière de montrer que, même si 22 des 24 élus présents avaient plus de 45 ans, l’UMP sait afficher un visage jeune. Un visage jeune qui tranche avec l’intervenant suivant, Jean-Claude Gaudin. A 75 ans, le maire de Marseille a tenu un discours très théâtral, comme il en a le secret, et a prouvé, s’il en était besoin, qu’il était encore en forme. Si le style est différent, Brenier comme Gaudin ont communément fait l’éloge de Christian Estrosi, « qui a toute la légitimité nécessaire pour mener la bataille des régionales ». Suivent ensuite Hubert Falco et Eric Ciotti. Ils vantent eux aussi les qualités du maire de Nice, avant que ce dernier ne prenne lui-même la parole. Estrosi a présenté ses premières idées, encore floues : un même forfait (qu’il veut plus fiable) pour les transports régionaux, départementaux ou urbains; une éducation retrouvée, une industrie et une agriculture qui fonctionnent mieux. Mais peu d’indications concrètes sur comment y parvenir.

Tribune nationale. Lorsque Nicolas Sarkozy prend la parole, il annonce la tendance : « dans cette région, il va se dérouler une bataille régionale, mais aussi nationale ». La région, il ne l’évoquera que très rapidement, l’identifiant comme « le lieu du raffinement, de l’intelligence, où le beau est présent à chaque coin de votre cité ». Avant d’ajouter : « je ne suis pas revenu pour assister à un spectacle avec la fille de Le Pen dans le Nord et la petite fille dans le sud ! ». Voilà, c’est fini. Durant les quarante minutes qui suivront, Nicolas Sarkozy n’évoquera plus la région. Il adopte un discours pour les militants, qu’il promet « d’écouter et de consulter », « pour préserver l’unité ». Il fustige l’administration, qu’il voudrait « comme une aide ou un conseil ». Et bien sûr, une longue partie sur l’immigration, même lorsqu’il évoque les milieux ruraux : « ce qu’ils veulent, ce n’est pas seulement la 4G ou des emplois, c’est aussi conserver leur mode de vie ».

Echo. S’il y a une chose pour laquelle Nicolas Sarkozy n’a pas changé depuis 2012, c’est son discours. Souvent au Palais Nikaïa, un écho du discours de l’entre-deux-tours de Toulon résonnait. Nicolas Sarkozy avait choisi la ville d’Hubert Falco lors de l’élection présidentielle de 2012 pour prononcer son dernier discours, trois jours avant son duel avec François Hollande. A Nice, l’ancien président a affirmé vouloir retrouver « le mot confiance et le mot amour », exactement comme il l’avait fait à Toulon en disant quelques vers de Gabriel Péri, poème de Paul Eluard. Juste avant ce poème, Nicolas Sarkozy avait conclu la partie politique de son discours avec un laïus « la France qui travaille ». On y a retrouvé les mêmes idées, presque mot pour mot à Nice : « celui qui a travaillé toute sa vie doit pouvoir transmettre son patrimoine, sans s’en excuser ». La formule est complétée, non sans un tacle au président de la République : « c’est ça qui est normal, monsieur le président normal ». Outre la transmission, similarité aussi en matière d’immigration. A Toulon, Sarkozy évoquait le devoir  français « d’intégrer et d’assimiler ceux qu’elle accueille », alors qu’à Nice, il « ose parler d’assimilation, dire les choses ».
Un discours très similaire à celui de 2012 donc, car Nicolas Sarkozy reste convaincu que s’il a perdu, c’est davantage « à cause de l’acharnement et des attaques » qu’il a subis, et non en raison de sa ligne politique.

Showman. Nicolas Sarkozy est de ceux qui savent jouer avec la foule (notamment lorsqu’elle lui est totalement acquise). Si bien qu’à certains moments, le meeting politique avait des airs de one man show. Dès le début de son discours, face à l’enthousiasme de la salle : « remarquez, être applaudi avant de dire quoi que ce soit, c’est plutôt sympa ». Puis avec le choix du nouveau nom du parti (Les Républicains, qui devrait être adopté lors du congrès du 30 mai) : « Ce mot  » République  », j’ai vu que ça ne plaisait pas à la gauche… Eh bien du coup, ça va finir par me donner des idées ! Quand ça fait mal, ils ne devraient pas crier si fort ». Et en homme de spectacle, l’ancien président sait aussi se détacher : « j’avais un discours mais vous savez, ce n’est pas moi qui l’ai écrit, et si je dis des bêtises, j’aime autant qu’elles viennent de moi ! ».

Nicolas Sarkozy s’est fait plaisir à Nice, profitant de l’unité affichée pour la bonne cause des élections régionales. Le président de l’UMP s’est montré à l’aise et très combatif. Surfant sur les derniers succès électoraux il faut voir si la situation sera la même lorsqu’il s’agira d’élections internes. Car malgré la volonté d’afficher une bonne ambiance, les prochaines batailles risquent d’être mouvementées.

Tous républicains, pas tous sarkozystes. 
Des premiers applaudissements au salut final, Nicolas Sarkozy n’a eu qu’un but : exposer au grand jour la cohésion des futurs Républicains. Discours ambitieux, ponctué de notes d’humour et de proximité avec son public, il évoluait en terrain conquis. Mais au-delà des apparences, les vieilles rancœurs divisent toujours. Michèle Tabarot en est la meilleure représentante : physiquement proche, politiquement distante. L’éviction de son frère aux départementales passe mal. Même schéma  pour Renaud Muselier, plus proche de François Fillon. Les tensions persistent au sein du parti. Le chef de l’UMP a su profiter de la présence des ténors de la région venus soutenir Christian Estrosi pour faire passer son message national. Une nouvelle occasion de redorer le futur blason républicain, que Nicolas Sarkozy a saisie, avec brio. Mais à l’approche des primaires, les courants risquent d’émerger, et avec eux la discorde.

Le meeting en images:

 

Emmanuel Durget

Matthias Somm