Michel Onfray, le philosophe en marge

Il se revendique de gauche, pourtant n’hésite pas à soutenir Eric Zemmour. Partisan de son confrère Finkielkraut et auteur de l’ouvrage Cosmos actuellement en tête des ventes, Michel Onfray est venu dépeindre l’identité française le 2 avril à Cannes.

 

Mais qui est vraiment Michel Onfray ? Voilà quelques temps que le philosophe de gauche le plus médiatisé fait polémique. Charlie, immigration, médias, éducation… autant de points sur lesquels il développe un avis contraire à ses semblables. Il est venu délivrer sa bonne parole début avril, au théâtre Croisette de Cannes. Salle comble, jeunes et moins jeunes sont venus de Cannes et de plus loin, écouter Michel Onfray sur le thème de “L’Esprit Français”.

Michel Onfray, philosophe rigoriste

« Nous sommes tous Grecs ». C’est sur ce propos que s’appuie Onfray pour démontrer que « historiquement, il n’y a pas d’esprit français ». Si l’esprit français est le résultat d’une conquête géographique et d’une lente construction culturelle, la France a réussi à s’imposer. D’où l’exception culturelle française, avec la mise en place des fameux quotas. La France, ou plutôt l’ancienne France, trouve grâce aux yeux d’Onfray : « Notre pays, c’est la grâce, incarnée par Debussy », « ainsi que la diversité représentée par les duels Girondins et Montagnards, Descartes et Pascal ». Des paroles qui précèdent des hochements de tête de l’assemblée et des applaudissements enjoués.

L'affiche de la conférence de Michel Onfray à Cannes

L’affiche de la conférence de Michel Onfray à Cannes

Michel Onfray s’offrait le luxe d’une heure et demie de réflexion avec lui-même dans un silence d’or entrecoupé quelquefois d’acclamations. Mais comme tout philosophe qui se respecte, Onfray n’était pas venu dresser qu’un côté du portrait de la France. Il fallait aussi s’attaquer aux contre-arguments. Forcément, tous les sujets y passent : son aversion pour l’Allemagne, les Etats-Unis « qui ont influencé l’Union Européenne », et puis surtout, ses méfiance et défiance envers les médias. A ce propos, il dit souffrir de « désinformation, de propagande et de malveillance » et c’est pourquoi le philosophe s’est mis à Twitter. Compte Twitter qui lui permettra de confirmer ou démentir des propos. Car sur le réseau social, Onfray est suivi. Beaucoup suivi. Catalyseur de débats, les thèmes évoqués par le conférencier sont sujets à de régulières remises en cause. Il critique violemment la société ultra-médiatisée, un terrain de jeu qu’il utilise à bon escient pour faire sa promotion : « Nous pensons ce que la télévision veut que nous pensions », en n’hésitant pas à faire plusieurs amalgames maladroits entre la conséquence d’une éducation contemporaine et la téléréalité.

Michel Onfray est donc ici juge de la vérité, « celle dont personne n’ose parler ». « Les Français sont hypocrites », lâche-t-il avec dédain en s’adressant à son public. Il poursuit : « lors de la marche républicaine pour Charlie Hebdo, tous les Français sont descendus dans la rue, certains ne savaient même pas pourquoi. Il s’agit de la victoire des médias sur le génocide d’un peuple », martèle-t-il devant l’ovation des spectateurs qui s’étaient eux-mêmes rendus dans la rue en janvier.

Polémiste de gauche

Au début de sa conférence, Michel Onfray a pu donner sa définition du philosophe: « un sismographe qui enregistre les variations des pensées de la société ». Belle image, mais peut-être déconnectée de la réalité, à voir les séismes médiatiques que ce philosophe provoque. Le sujet le plus brûlant abordé par Michel Onfray est très certainement le débat sur l’Islam en France. Un terrain très glissant après les attentats de janvier, sujet sans tabou pour Onfray, même pour leur connotation religieuse. « On nous a dit partout que ce n’était pas un attentat musulman et qu’il ne faut pas faire d’amalgame. Deux types ont quand même crié Allahu Akbar et ont dit avoir vengé le prophète » Et au cas où le lien n’était pas assez marqué, il ajoute : « non, non bien évidemment cela doit être des attentats catholiques ». Une parole subversive qui lui vaut à Cannes les applaudissements ainsi que les rires de la salle. De ce tragique jour du 7 janvier, Michel Onfray tire un constat net : « il est évident que l’Islam est une religion violente, de haine ». Un passage dans l’émission de France 2 “On n’est pas couché” lui a permis de faire valoir ses arguments, qui ne sont ni plus ni moins que des sourates tirées du Coran. Face à lui, Aymeric Caron avait lui aussi apporté une liste de sourates et de versets qui prêchaient la tolérance et le vivre ensemble. S’en est suivi un recitatum coranique afin de justifier tel ou tel point de vue sur l’Islam et son prophète. A Cannes, Michel Onfray s’est livré au même exercice mais n’avait pas d’opposant cette fois-ci. Il a pu développer ses idées en nuançant son propos sans pour autant le rendre plus lisse.

Onfray pédagogue devant un public tout ouïe (www.artefilosophia.com)

Onfray pédagogue devant un public tout ouïe
(www.artefilosofia.com)

Une sorte d’anticonformisme de gauche qui lui vaut un rapprochement avec des penseurs bien plus à droite. Sa préférence pour « une juste pensée de droite plutôt qu’une pensée fausse de gauche » concernant le philosophe d’extrême droite Alain de Benoist lui a valu de nombreuses critiques quant à ses orientations politiques. De la même manière, dans Le Figaro, il est identifié comme étant un « Eric Zemmour de gauche ». Paresseux raccourci pour décrire la pensée complexe de Michel Onfray. On connait en effet l’engagement politique sinueux du philosophe, qui a affiché son soutien à Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle de 2012, avant de l’avoir traité de « cageot de gauche ». A Cannes il déclare que « les nouveaux héros de la gauche s’appellent Bernard Tapie ». Sans oublier les multiples allusions aux affaires dans lesquelles sont impliqués certains politiciens de l’UMP -qui cette fois-ci provoquent le mutisme du public cannois. Il est évident que Michel Onfray est fâché avec la politique. Pourtant, il est conscient du lien de réciprocité entre politique et philosophie. En revenant sur la question de l’Islam, il propose une solution: « il est nécessaire de créer un Islam républicain, compatible avec les valeurs françaises et non pas laissé à des extrémistes de la pensée ». Déçu par cette « comédie médiatique qu’est la politique » il s’affirme comme étant « un tragique ». Le philosophe termine avec ces propos : « le Titanic coule ? Eh bien moi je suis sur le pont et je dis : continuons à sourire ! ».

Lucile Moy

Skander Farza