L’immobilier cannois pendant les congrès : un festival !

Festival International du Film et marché immobilier semblent faire bon ménage, entre illégalité manifeste et pratiques peu glorieuses.

La Côte d’Azur est connue pour son climat méditerranéen très agréable à vivre, ses plages et ses stations de ski. Mais la Riviera est aussi reconnue pour deux autres choses, et pas des moindres. Son Festival International du Film, qui se tient à Cannes chaque année depuis 68 éditions et qui attire le monde entier sur la Croisette, et ses prix immobiliers très élevés, comparés au reste de la France (excepté Paris). Ces deux phénomènes se rencontrent lors de la mi-mai, période de l’année durant laquelle est organisé le Festival de Cannes. Les prix augmentent alors rapidement, les locations s’arrachent à prix d’or, et de nombreux business immobiliers se créent en parallèle de cet événement médiatique planétaire. L’argent mis en jeu pendant ces dix jours fait tourner la tête à bon nombre de professionnels et particuliers de l’immobilier, qui souhaitent tous tirer profit de l’événement.

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Bruno Draillard, fondateur de Cannes-Accommodation et président de la Commission du Tourisme d’Affaire de la FNAIM Côte d’Azur, dans ses bureaux cannois de la rue Macé. (Crédit Photo : Tom Ferrero)

Un marché immobilier qui marche et qui attire

Cannes est une ville qui attire, surtout en période de congrès et plus particulièrement pendant son Festival du Film International. Dans la ville du cinéma, il existe deux marchés : celui de la période hors-congrès et celui de la période des congrès, pendant laquelle les prix montent en flèche. Le Festival se trouve dans cette période.  Pour attirer les professionnels et les touristes, des agences spécialisées se sont créées. Parmi elles, Cannes-Accommodation. Bruno Draillard, son directeur, donne une explication à cette hausse des prix : «  le Festival de Cannes n’est pas un congrès plus cher que les autres, c’est juste qu’il dure plus longtemps, et donc par conséquent les prix augmentent en fonction des jours loués ». Le directeur d’agence alerte toutefois sur certaines pratiques douteuses, voire illégales : «  Cela peut arriver que les prix à la semaine doublent sans raison dans des agences qui ne sont pas certifiées (…) c’est de la concurrence déloyale (…), ces agences surgissent de nulle part, ne respectent aucune réglementation, disparaissent du jour au lendemain sans payer les propriétaires ni leurs impôts ». Pour remédier à ces fraudes qui deviennent de plus en plus nombreuses, Bruno Draillard a créé, avec d’autres directeurs d’agences, la Cannes Rentals Certification. Cette certification, qui reconnaît sept agences dans le marché de la location saisonnière en congrès, assure aux clients, selon son créateur, une certitude et une sûreté quant à la qualité des services proposés. Mais toutes les agences cannoises spécialisées en locations saisonnières lors des congrès ne figurent pas dans ce label. Plusieurs agences ont été contactées. Une agence spécialisée dans la location meublée standard, trois agences dites de « luxe » et une agence de standing. Aucune d’elles n’a accepté de répondre à nos questions. Un refus qui peut être révélateur des failles qui existent dans la régulation du marché de l’immobilier cannois.

Tous les moyens sont bons pour arriver à louer pendant le Festival de Cannes

Un, voire deux mois avant le Festival, tout s’accélère pour préparer et louer à temps les biens immobiliers. Les loueurs, professionnels ou non, savent très bien que même en proposant un prix plus haut que la moyenne, il y aura toujours preneur. Une étudiante locatrice d’un confortable appartement de 70 m2 dans le cœur de Cannes a compris qu’il y avait quelque chose à faire. Pour amortir des charges élevées pour son budget, elle a tout simplement décidé de sous-louer son appartement: « Je sais que ce que je fais n’est pas bien, mais je n’ai pas trop le choix. (…) J’ai vu beaucoup d’annonces sur différents sites Internet et je me dis que je ne suis pas la seule. C’est une opportunité de gagner beaucoup d’argent en peu de temps ». En effet, elle propose son appartement à un prix quatre fois supérieur au prix auquel elle le loue chaque mois, pour les dix jours du Festival et sans avoir l’accord de son propriétaire. Une pratique totalement illégale mais pourtant largement répandue.

Tom Ferrero