« Mon rôle est de faire de la pédagogie de masse »

Trois mois après la sortie de son livre « J’ai décidé de maigrir », Jean-Michel Cohen était l’invité de la FNAC à Cannes le 25 avril pour parler régime et santé. Il a profité de l’opportunité pour dénoncer de nombreux préjugés.

Jean-Michel Cohen est l'un des experts en nutrition les plus connus des médias. (Crédit photo : Lucile Moy)

Jean-Michel Cohen est l’un des experts en nutrition les plus connus des médias. (Crédit photo : Lucile Moy)

« Il y a de bonnes choses dans la graisse ». Le public est prévenu : les discours conventionnels ne plaisent pas à Jean-Michel Cohen. Son point de vue est original dans notre société où il suffit de prendre le métro pour que s’imposent à nos yeux des affiches faisant toutes l’éloge de la minceur. Un message qui ne reflète pas la situation en France. En 2014, selon le Huffington Post, presque la moitié de la population française était en surpoids . Des chiffres qui peuvent sembler alarmants mais qui ne sont « pas un problème » pour le nutritionniste puisqu’un « léger surpoids est bon pour la santé ». Les personnes dans une telle situation vivraient « plus longtemps » que les autres.

Jean-Michel Cohen va à contre-courant de la pensée populaire. Pour lui, les régimes ne sont utiles que lorsqu’ils sont adaptés à la personne, du sur-mesure donc. Un régime doit être basé sur les dépenses caloriques de la personne souhaitant maigrir. Si elle dépense 4 000 calories par jour, la restreindre à 1 800 calories ne fera qu’entraîner « un sentiment de frustration », alors qu’un régime doit « ressembler à un jeu » et ne pas empêcher « de se faire plaisir avec, par exemple, un hamburger ». Le but reste le même : gérer son apport calorique. Un excès le temps d’un repas n’est pas grave. Il peut être compensé lors des suivants.

« La nutrition est la science du bon sens »

Pas une chaise de vide pour la conférence minceur de Cohen. (Crédit photo : Wilhem Lelandais-Foyer)

Pas une chaise de vide pour la conférence minceur de Cohen. (Crédit photo : Wilhem Lelandais-Foyer)

La dépense énergétique n’est pas le seul sujet traité par le nutritionniste lors de ce débat-conférence. L’expert base sa réflexion sur la culture alimentaire et son histoire. Si, pendant une grande partie de l’Histoire, se nourrir était vital, cela l’est moins aujourd’hui : « maintenant on mange davantage avec plaisir ». La raison? De nombreuses nouvelles recettes et découvertes culinaires apportées grâce au métissage des cultures.

Jean-Michel Cohen s’attaque aussi aux idées préconçues : « les régimes connaissent une certaine renommée en France », déclare-t-il. « Je voyage souvent aux États-Unis et là-bas, je peux vous dire que la liberté de manger est très importante. Ils n’aiment pas les régimes ». Sur des sourires et quelques têtes perplexes dans le public, Cohen enchaîne. Et il s’intéresse au non moindre délicat sujet du petit-déjeuner. Faut-il le sauter ? De nombreuses études menées sur le sujet mettent en garde sur les dangers d’une telle pratique. Mais Jean-Michel Cohen n’est pas aussi catégorique : « c’est avant tout une histoire de rythme. Si notre corps s’est habitué à ne pas manger de petit déjeuner, il n’y a aucun danger ». Il faut dire que le docteur célèbre des médias n’a pas que des amis sur le sujet. En 2011, il remportait le procès que le docteur Dukan avait engagé contre lui, alors qu’il avait critiqué son régime amaigrissant . Là aussi, Cohen est loin de faire l’unanimité auprès des vegans, qu’il critique souvent .Le véganisme est un mode de vie qui rejette toute exploitation animale. Une manière de vivre qu’il ne faut pas confondre avec le végétarisme qui exclut simplement la consommation de viandes et de poissons, un mouvement avant tout protestataire : il s’indigne des conditions d’abattage et d’élevage des animaux et s’interroge sur l’impact environnemental de telles pratiques. En assimilant sans complexe le véganisme à une « secte » samedi 25 avril, il provoque une vive réaction auprès d’une végétarienne présente dans le public : « je ne trouve pas très sympathique de nous assimiler à une secte. Je ne comprends pas votre perpétuelle méfiance auprès de ceux qui ont décidé d’arrêter la viande. C’est devenu un mode de vie au-delà d’une communauté ». Le docteur rétorque et concède : « je pense que l’on a besoin de vegans pour continuer à manger sain. Il y a des études qui disent que les végétariens ont une longévité plus importante que les carnivores. C’est complètement fou que ça soit moi qui avoue ça ».

Des propos qu’il répète depuis de nombreuses années sans que cela ne le dérange puisqu’il estime que « son rôle consiste à faire de la pédagogie de masse ». En régime « 200 jours sur 365 », il confie tout de même être « un peu fatigué » du rythme qu’il s’impose. La sortie de son prochain livre en septembre sera « l’occasion de prendre un peu de repos ».

Wilhem Lelandais-Foyer

Lucile Moy