La singularité est la nouvelle beauté

L’ère des mannequins Barbie est terminée, aujourd’hui les marques recherchent des modèles atypiques pour les représenter.

Chantelle Winnie est atteinte de vitiligo, une maladie de peau qui dépigmente l’épiderme. A 20 ans, la modèle canadienne est l’égérie de Desigual, présente partout dans les rues sur les panneaux publicitaires, et même à la télévision.

Samedi 2 mai, l’émission Le Tube de Canal+ consacrait un portrait à la jeune femme. Sa maladie s’est déclarée à l’âge de 4 ans et s’est développée très vite. Malgré les violences et le harcèlement qu’elle a subis durant toute sa scolarité, Chantelle Winnie a appris à vivre avec sa maladie, et a souhaité en faire une force. Très vite, la jeune fille rêve de succès et de reconnaissance. Elle contacte une journaliste de Toronto reconnue sur Internet, et fait le buzz. Après cette première réussite, elle se lance sur Instagram et interpelle directement Tyra Banks sur ce réseau social, pour participer à la célèbre émission America’s Next Top Model, dont le mannequin est membre du jury. Chantelle Winnie sera rapidement éliminée, mais à sa sortie, elle est très vite sollicitée. La marque Desigual lui propose de remplacer la célèbre Adriana Lima, et de devenir sa nouvelle égérie. La jeune femme a réussi son pari, et prouve chaque jour aux jeunes qui la suivent qu’il faut faire de sa différence un atout.

Une volonté de la part des marques 

Le cas de Chantelle Winnie n’est pas particulier. Il s’agit en effet d’une tendance au sein du monde de la mode. « Etre beau, c’est devenu extrêmement démocratique », analyse Alice Pfeiffer, journaliste au Monde, au micro du Tube. Exit l’image lisse et trop parfaite des canons de beauté, les marques souhaitent afficher leur différence à travers celle de leur égérie. En 2011, Andreja Pejic est un des premiers mannequins transgenres à défiler pour les plus grands noms de la mode, que ce soit  Jean-Paul Gaultier, John Galliano, ou encore Paul Smith. Le mannequin, originaire de Bosnie, est le premier modèle transgenre à poser en lingerie féminine, pour la marque néerlandaise Hema.

Andreja Pejic est devenue une femme en 2014. (Crédit photo : parismatch.com)

Andreja Pejic est devenue une femme en 2014. (Crédit photo : parismatch.com)

Aimee Mullins, athlète handisport amputée des deux jambes à l’âge d’un an, est rapidement devenue modèle international. Elle est l’une des ambassadrices de L’Oréal depuis 2011. Elle a également défilé pour le couturier britannique Alexander McQueen, avec des prothèses en bois, sculptées pour l’occasion. Un défilé qui a marqué les mémoires des amoureux de mode. Quant à Jillian Mercado, handicapée en fauteuil roulant, elle était l’égérie de Diesel pour sa collection printemps-été 2014. Diesel change ainsi ses habitudes et fait le buzz, autour d’un message essentiel : la tolérance. La jeune New-yorkaise s’est fait connaître avec son blog manufactured1987.com. En acceptant de poser pour cette campagne, Jillian Mercado, interrogée par le Mail Online, espère « donner espoir aux gens qui se disent « ma vie est foutue » car ils sont handicapés ».

Jillian Mercado pose pour la marque Diesel. (Crédit photo : people.com)

Jillian Mercado pose pour la marque Diesel. (Crédit photo : people.com)

Cet hymne à la tolérance et à la diversité est sans doute une bonne nouvelle pour le monde de la mode et de la publicité, mais tout l’enjeu est celui de ne pas tomber dans la surenchère : plusieurs agences de mannequins « atypiques » ou « hors-normes » existent déjà, dont l’agence Wanted, dans laquelle les annonceurs peuvent choisir des mannequins albinos, handicapés, en chaise roulante, ou encore couverts de cicatrices.

Emilie Unternehr