Quand Michael rencontre Harvey

Le premier est le British flegmatique, le second, l’Américain rentre-dedans. A plus de 75 ans, ils sont réunis, pour la première fois, à l’affiche de Youth.

Caine-Keitel

Michael Caine et Harvey Keitel partagent Youth, actuellement en compétition officielle au Festival de Cannes. (Crédit dessin : Cédric Ragnolo)

 

Michael Caine, c’est le Britannique comme on les aime : humble et pince-sans-rire. De son vrai nom Maurice Micklewhite, l’acteur aux 59 années de carrière et aux 144 films et séries tournés fait partie de ces monstres du cinéma qui forcent l’admiration. Il sait quelle est la place d’un acteur, et il la respecte. « La différence entre une star de cinéma et un acteur de cinéma est que la star dira « Comment puis-je changer le scénario pour qu’il me convienne ? » alors que l’acteur dira « Comment puis-je m’adapter au scénario ? « .»Oscar du meilleur acteur dans un second rôle en 2000, Caine s’est bâti une filmographie à l’image de cet Anglais qui veille, tel un père. Dans tous les films de Christopher Nolan, il aide, guide, forme, ou instruit le personnage principal. Ainsi, il interprète un magicien qui enseigne l’art de l’illusion au héros dans Prestige (2006). Il devient l’ombre de Batman lors de la trilogie The Dark Knight (2005 – 2012) sous les traits d’Alfred, son majordome aimant. Caine endosse également le rôle de père dans Inception (2010) et aide son fils, le personnage principal. Encore mieux, dans Interstellar (2014), il incarne le professeur qui pousse le héros à mener une mission spatiale hasardeuse qui déterminera l’avenir de la planète Terre.A 82 ans, Michael Caine et son accent cockney ont tout du parfait British, jusqu’à son humour. « Vieux ? J’ai arrêté de vieillir à 38 ans. J’ai toujours 38 ans… sauf si on me demande de monter les escaliers. »

« Je suis la violence et je suis en elle »Le voici le vieux briscard de cette 68ème édition ! A 76 ans, Harvey Keitel continue d’alimenter un CV hors-norme. L’acteur américain a contribué aux succès des premiers films de Scorsese et Ridley Scott, et a fait les beaux jours de Quentin Tarantino. Rien que ça ! Mais Harvey Keitel, c’est aussi une des grandes gueules du cinéma américain. Le genre à ne pas se laisser marcher sur les pieds. « Certains réalisateurs ne reconnaissent pas l’apport des acteurs, ils vous disent ce qu’il faut faire à chaque étape. Je ne peux pas travailler sans respect », déclarait-il dans les années 90, une période où il est devenu le paria des studios américains. Son comportement avait fait polémique sur le tournage d’Apocalypse Now. Francis Ford Coppola avait même fini par lui indiquer la sortie. Bis repetita pour Eyes Wide Shut, de Stanley Kubrick. La légende raconte que Harvey Keitel aurait été congédié à la suite d’un geste incontrôlé à hauteur de braguette envers Nicole Kidman.« Je suis la violence et je suis en elle », aime t-il à déclarer. Cet ancien Marine, renvoyé de sa formation professionnelle étant adolescent, s’approprie très rapidement des rôles de méchants torturés. Wise Guys, Bad Lieutenant ou encore La dernière tentation du Christ de Scorsese. La liste est longue. Macho, voyou, bad boy, psychopathe… Ses rôles sont tout aussi nombreux que les œuvres qui composent sa filmographie. Avec son fort accent de Brooklyn, Harvey Keitel est l’archétype de l’américain bourrin. Le genre de mec que personne n’a envie d’emmerder, même à 80 ans.

 

Lauriane Sandrini & Antonin Deslande