« Chronic » d’un supplice

Dans son dernier film, Michel Franco  nous accompagne vers l’ennui

Michel Franco aura au moins eu la décence d’abréger nos souffrances au bout d’1h33. Oui, les 3 minutes comptent. Une agonie déjà bien trop longue.

Le réalisateur nous embarque dans le quotidien de David (Tim Roth), aide-soignant. Avec lui, les patients en fin de vie sont entre de bonnes mains. Le geste est sûr, les mots qu’il faut, les silences aussi. L’aide-soignant entre dans leur intimité puis la partage. Entre eux, confiance et attachement mutuels, le courant passe, mais n’électrise pas la salle. Les scènes sont crues, mais filmées avec retenue. La caméra reste dans la bienséance. Elle ne s’approche jamais à moins de deux mètres de la souffrance. Pas de gros plan sur les sanglots de la douleur, ni sur les excréments du patient. Sans la perversité du cadrage, Franco montre, mais impose la pudeur de la distance. Les séquences s’enchaînent, la grande faucheuse donne le rythme, mais ne nous emporte pas avec elle. Avant, comme pour nous purger de nos péchés, elle (ou plutôt Franco, rendons au cinéaste ce qui lui appartient) impose le supplice du temps. On se prend à se souvenir de Poppy, le chien de notre enfance, parti pour la ferme sans dire au revoir, plutôt qu’à partager les tourments des patients. Les unes après les autres, les longueurs des plans et des séquences pompent nos derniers souffles. Deux ou trois vannes de cul très proprettes redonnent de l’air. Pas assez, c’est la suffocation. David poirote dans la voiture, David fait du jogging, David nettoie les corps, David encaisse les « Je veux mourir ». Une série à la Martine, le glauque des histoires en plus.

Alice Gobaud