Jacques Audiard, le prodige

Apres de multiples succès, le réalisateur français revient à Cannes avec Dheepan pour chercher la consécration. Il l’aura trouvée.

Jacques Audiard, c’est un peu le génie du cinéma français. Avec 28 prix pour seulement sept films, il est de loin l’un des français les plus primés de la sélection officielle. Rares sont ceux qui éblouissent dès leur début. Pourtant, le cinéaste a su s’imposer comme un chef. Subtilement mais avec talent. Son premier film, Regarde les hommes tomber (1993) est présenté à la Semaine de la Critique. Franc succès ? A moitié. Le réalisateur repart bredouille. Mais cela ne le décourage pas. Jacques Audiard surprend et fascine. Sur sept longs-métrages, cinq trouvent leur place à Cannes. Mieux encore, il remporte le prix du meilleur scénario avec Un héros très discret (1996) et le grand prix pour Un prophète (2009). La Palme d’or obtenue cette année avec Dheepan achève momentanément ce tableau des récompenses et fait véritablement figure de consécration.

Jacques Audiard et son irrémédiable chapeau. (Crédit dessin : Cédric Ragnolo)

Jacques Audiard et son irrémédiable chapeau. (Crédit dessin : Cédric Ragnolo)

Mais à quoi Audiard doit-il ce talent ? A son exigence, peut-être. Lors du tournage de De rouille et d’os (2012), un figurant en a été le témoin. « Il est très pointilleux, on a dû refaire une prise 74 fois pour des pas et des regards qui ne lui convenaient pas. » Mais cela ne fait pas tout. A son investissement, alors ? Le cinéaste a créé sa propre société de production afin de s’accorder le temps nécessaire pour réaliser ses films. Ainsi, Un prophète (2009) a mis cinq ans à aboutir. Son succès réside-t-il alors dans sa spontanéité ? Lors du tournage de Sur mes lèvres (2001), il a « écrit deux répliques sur un bout de papier pour une scène qui n’était pas prévue. Nous sommes entrés dans un kebab qui allait fermer, les acteurs n’avaient quasiment aucune indication, et ça a marché. C’était formidable. » Les films de Jacques Audiard demeurent un mystère, même pour lui, qui confie : « J’ai le sentiment que quelqu’un d’autre les a réalisés. »

Lauriane Sandrini