Ijsberg : une information plus exigeante

Ijsberg est un site d’information sur internet. Littéralement « iceberg » en français, Ijsberg a pour intérêt de traiter la masse d’informations « qu’on ne voit pas », soit 90 % de l’iceberg sous l’eau. Le site a été récompensé en 2014 du prix de l’innovation du journalisme. Buzzles a posé cinq questions à Florent Tamet, co-fondateur et rédacteur à Ijsberg.

Après seulement quelques mois d’existence, Ijsberg magazine se paye une belle récompense. Crédit photo : https://ijsbergmagazine.com/

Après seulement quelques mois d’existence, Ijsberg magazine se paye une belle récompense. Crédit photo : https://ijsbergmagazine.com/

Vous fonctionnez sans publicité ni abonnement payant, comment vous financez-vous ?

Avec pragmatisme, nous nous sommes bien évidemment posé la question du financement de notre site d’information. Comme l’évoque la question, il ne semble y avoir que deux alternatives : publicité ou abonnements. Nous croyons fermement à la gratuité d’une information de qualité sur internet tout en ne récusant pas le modèle publicitaire. Un modèle publicitaire adapté à la fois à notre esprit, à notre univers mais également à notre éthique. Celui que nous avons imaginé et que nous sommes en train de finaliser nous permet de restreindre les espaces tout en favorisant le développement d’une publicité créative et non-intrusive. D’une manière plus concrète, il n’y aura que quatre espaces publicitaires sur le site par mois. Ce qui est à la fois peu pour nos lecteurs et suffisant pour nous en terme de financement. Nous allons par ailleurs procéder dans les prochains mois à une levée de fonds qui nous permettra d’aller plus loin et plus vite dans notre développement.

Votre modèle propose trois types de lectures optimisées pour le lecteur. Quelle idée aviez-vous en tête avant d’y arriver ?

Notre modèle est non seulement optimisé pour le lecteur, mais avant tout pour les sujets en eux-mêmes. L’idée de la division temporelle nous est en fait venue à force d’observation. L’enchaînement des rythmes, des formats, l’émergence de l’information lente pourtant mêlée à la persistance des lives : tout ceci a fait naître dans notre esprit le constat qu’une information a une durée de vie et qu’à ce titre, elle peut être traitée dans différents rapports temporels.

Un format ne doit pas être réduit à un support, de ce fait la « slow information » n’est pas exclusive au web. Elle peut l’être dans la presse écrite. Mais on sait que la presse écrite est en crise. Les médias sur le web y sont aussi confrontés alors quil y a de plus en plus dinternautes. Pensez-vous alors que les gens ont plus de temps à accorder à Internet qu’à la presse écrite ?

La vraie question derrière ces crises structurelles, c’est surtout de savoir par quel biais intéresser de nouveau le lecteur. Sur papier, comme sur le web. Il n’y a bien sûr pas qu’une seule réponse à apporter, mais nous faisons le pari de l’expérience lecteur. L’intérêt éditorial ne suffit plus, les gens sont continuellement noyés sous une masse d’informations diverses. Des informations qu’ils peuvent se procurer aisément. Il faut se servir des nouveaux outils à notre disposition ainsi que des nouvelles pratiques de consommation de l’information pour apporter une vraie plus-value, non seulement éditoriale, mais aussi vis-à-vis de l’expérience lecteur. C’est la philosophie que nous développons sur notre site et c’est celle que nous développerons aussi sur notre version magazine.

Au commencement, ils étaient huit. Aujourd’hui, le site possède un réseau d’une centaine de correspondant à travers le monde. Crédit photo : obswebnet.com

Au commencement, ils étaient huit. Aujourd’hui, le site possède un réseau d’une centaine de correspondant à travers le monde. Crédit photo : obswebnet.com

Ce futur journal papier que vous évoquez, on le retrouve dans votre manifeste. Après une première aventure de votre équipe au Journal International où vous avez sorti deux magazines, cela reste essentiel pour vous de garder une trace papier ?

Nous nourrissons effectivement l’ambition de sortir une édition magazine trimestrielle. Le papier a toujours fait partie de notre réflexion. Nous croyons en sa subsistance, à condition de faire preuve d’ingéniosité et de proposer aux lecteurs quelque chose de nouveau. Quelque part, il s’agit d’un quatrième temps, plus lent encore que nos longs formats sur le web et qui permet de prendre davantage de recul. Toujours est-il que les idées sont là et nous en parlerons prochainement.

 

Toujours dans votre manifeste, vous parlez de polyvalence et d’adaptabilité. Ne serait-ce pas la solution à la crise du journalisme?

Il y a deux visions : certains affirment que la polyvalence constante demandée aux nouveaux journalistes appauvrit le métier, d’autres qu’il s’agit d’une évolution bénéfique qui permet aux journalistes de penser leurs papiers d’une manière enrichie dès leur conception. Du haut de notre toute petite expérience, difficile d’avancer une « solution miracle ». Je m’en tiendrai à un constat : nous avons besoin, pour faire vivre une information enrichie, de compétences plurielles. Cette polyvalence est, effectivement, en partie générationnelle. Pour autant, l’humain demeure et demeurera une composante essentielle du journalisme. Chez Ijsberg par exemple, nous ne bannissons pas le subjectif. Nous partons du principe que nos correspondants sont au plus près des événements, avec ce que cela implique. Lorsque l’un d’entre eux traite une information sociétale, culturelle ou politique, il le fait nécessairement à travers le prisme du pays dans lequel il se trouve. Et nos lecteurs attendent cela : savoir ce que peuvent penser, voir, entendre des êtres humains à l’autre bout de la planète. Nos journalistes s’attachent bien entendu à l’objectivité de traitement des faits, nous n’avons pas vocation à délivrer la vérité, mais une vérité avec ce qu’elle comporte d’imperfection humaine. Cela nous permet aussi de rappeler à nos lecteurs le devoir de s’informer à travers des sources multiples.

Propos recueillis par Lucile Moy