La vieillesse sonne juste

Paolo Sorrentino signe un film sans âge et sans fausse note.

L'affiche du film Youth.

L’affiche du film Youth.

Il suffit d’observer à la jumelle. Mick (Harvey Keitel) fait la démonstration. Une jeune femme regarde à travers la lentille, voit la montagne, l’avenir si proche. Dans l’objectif, les jeunes postés à quelques mètres d’elle paraissent si loin. Les vieux comme Mick regardent toujours du côté de l’objectif : la jeunesse n’est plus là. Le temps qui passe, source d’angoisse pour Fred Ballinger (Michael Caine) et Mick Boyle. Les deux octogénaires occupent leurs
vacances dans un hôtel des Alpes suisses. Fred est chef d’orchestre à la retraite et refuse de manier à nouveau la baguette, même pas « for the Queen Elizabeth ». Mick, réalisateur, se consacre à peaufiner le scénario de son prochain film, aidé de jeunes assistants. Fred et Mike, c’est une amitié de longue date qui ne parle que des « bonnes choses ». Les deux compères tournent la vieillesse en dérision au point de comparer le nombre de gouttes
qu’ils ont réussi à pisser dans la cuvette. L’œuvre est lyrique et défile au rythme de l’humour. Le chef d’orchestre nostalgique des notes du passé reprend du service dans un champ. Marguerite, Luce et Pimprenelle jouent de leur instrument : les vaches de la vallée s’arrêtent de paître pour suivre le maestro, secouant du collier, tintant de la cloche. Mélange de sentiments contraires, l’écriture est habile, les répliques fines. Paolo Sorrentino, le fantasme de l’image, le rêve en cliché. Couleurs et modernité, le réalisateur en met plein les yeux. Sorrentino monte en gamme.

Osmose

Le cinéaste italien n’adhère pas au clash des générations. Vieux cons, jeunes cons, il ne tombe pas dans le panneau. Les la majeurs et les do mineurs en accord jouent la partition. Bagues aux dents, la jeune masseuse suit, face écran, les pas d’une chorégraphe sortie d’un jeu vidéo. Ses mains, elles, lisent l’esprit en massant le corps. Fred, qui refuse de remonter sur scène, conseille au musicien en herbe de lever le coude pour interpréter sa partition.
Paolo Sorrentino compose son film avec des vieux de la vieille. La sincérité d’interprétation sert la complicité de Michael Caine et d’Harvey Keitel. Jane Fonda affiche ses rides sans chichi. Bluffante dans son jeu, où elle ose le lâcher-prise. Sacrés maestri.

Alice Gobaud