Un Carton explosif

La comédie de Clément Michel revient à Paris pour l’été, au Théâtre des Béliers Parisiens. Mis en scène par Arthur Jugnot et David Roussel, Le Carton déménage. Et c’est le cas de le dire. 

Huit heures du matin. Peut-être neuf. Peut-être un peu plus tard encore. Le téléphone sonne chez Antoine, qui dort comme un loir. C’est le propriétaire de l’appartement. Évidemment, Antoine est prêt à déménager pour treize heures. Enfin… presque. C’est en tout cas ce qu’il promet à son bailleur, qui n’a pas l’air très arrangeant. Quelques cartons sont vaguement entamés, mais tout reste à faire. Panique à bord, Antoine appelle ses copains pour qu’ils viennent lui donner un coup de main. Et c’est ainsi que débute Le Carton, la comédie de Clément Michel mise en scène par Arthur Jugnot et David Rousselprésentée tout l’été au Théâtre des Béliers Parisiens. 

Quiproquos, petits mensonges et inconforts

Dans Le Carton, le comique est poussé à son paroxysme. Sur scène, sept personnages types au profil bien défini : le séducteur insupportable, l’intello théatreux incompris de son entourage, la mannequin lituatienne qui ne parle pas un mot de français, le photographe grande folle, la copine trop gentille pour ne pas être crédule, la fille (plutôt hautaine) du propriétaire… et Antoine, bien sûr, le locataire un peu démuni.  

Ces personnages se croisent et s’entrecroisent dans une orchestration millimétrée, dévoilant au public toute la complexité de leurs rapports. Un carton géant posé au milieu de la pièce se présente alors comme le lieu de planque parfait pour écouter aux portes. Et le public retient son souffle quand des secrets sont révélés au grand jour, alors même que les cartons semblent avoir des oreilles.

Antoine est le complice du public, il sait (presque) tout de ce que certains sur scène ignorent. En plus du déménagement, il doit préserver les magouilles de chacun et faire qu’aucune ne soit trahie. Mais après tout, quel est le pire? Que sa meilleure copine apprenne les nombreuses tromperies de son amoureux, ou que la fille du propriétaire soit prise pour la Lituanienne qui, quelle qu’horreur qu’on lui dise, ne comprendra rien? La tournure des événements choisira pour Antoine.

« The place to shoot »

L’ennui, c’est que ses amis aussi décident à sa place. S’ils sont venus pour l’aider, il ne faut pas non plus trop leur en demander. David apprend son texte de théâtre, tandis que Lorenzo en profite pour « shooter » la mannequin venue tout droit de Lituanie pour une séance photos. « Bien sûr que c’est clean chez Antoine pour shooter », lui répond Vincent, simplement venu pour raconter ses plans drague à son ami Antoine. C’est même « the place to shoot », comme ils le résument assez bien… Mais tout cela, évidemment, sans l’accord du locataire, complètement dépassé par les événements. 

Si on apprécie Le Carton, c’est aussi sûrement parce qu’on s’y retrouve plutôt bien. Les petites embrouilles entre amis dont il est difficile de se sortir (surtout quand on y est inclus sans l’avoir demandé), l’aide d’urgence à un copain même s’il reste indéfendable dans des histoires alambiquées… Des situations communes, et quelques leçons de vie balayant les frontières entre les générations. Le Carton est universel, et pour preuve, cela fait plus de dix ans que la pièce est jouée. 

Suzanne Shojaei