Guy Béart : la disparition d’un symbole de la chanson française

Le chanteur s’est éteint mercredi. Retour sur la carrière du dernier troubadour.

« Ma petite est comme l’eau, elle est comme l’eau vive…» ces paroles résonnent encore dans la tête des générations de Français qui ont fredonné les airs écrits par Guy Béart. Compositeur, auteur et interprète, il est décédé mercredi 16 septembre à la suite d’une crise cardiaque. Il avait 85 ans. Malgré plus de 200 chansons et 23 albums, Guy Béart n’a peut-être pas été reconnu à sa juste valeur. Sa célébrité a été suivie d’une longue période d’oubli. Pourtant, il est l’un des symboles de la chanson classique française.

Guy Béart jeune

En 1962, Guy Béart interprète « Il n’y a plus d’après ». Crédit photo : Ina

Guy Béart, de son vrai nom Béhar-Hassan, est né au Caire. Son père, comptable, doit souvent se déplacer pour son travail. Sa famille et lui ont ainsi vécu en Grèce, en Italie, aux États-Unis, en France, au Mexique puis au Liban. A 17 ans, Guy Béart quitte Beyrouth pour étudier au prestigieux lycée Henri IV à Paris. Il intègre ensuite l’Ecole nationale de musique où il apprend notamment le violon et la guitare.

Le jeune homme est tout autant passionné par les mathématiques. Il obtient un diplôme d’ingénieur de l’École nationale des ponts et chaussées. Guy Béart exerce alors différents métiers dont celui de professeur de maths afin d’aider sa famille après la mort de son père. En 1954, il débute sa carrière de chanteur dans les cabarets parisiens, dont la Colombe, où il chante un soir sur deux en compagnie de jeunes débutantes. C’est à cette période qu’il rencontre Juliette Gréco, Patachou et Zizi Jeanmaire pour qui il écrira régulièrement.

Premier album

Le 33 tours « Guy Béart chante avec ses amis » sorti en 1957. Crédit photo : Fontana

De fil en aiguille, Guy Béart se fait un nom et enregistre son premier album en 1957. Il obtient l’année suivante le Grand Prix du disque grâce à son plus gros succès : la bande originale du film « L’eau vive » réalisé par François Villiers et présenté au Festival de Cannes. Le morceau devient numéro 1 des ventes durant 52 semaines.

Le style musical léger et mélodique du répertoire de Guy Béart s’inscrit dans la tradition de la chanson française classique représentée par Edith Piaf, Charles Aznavour ou encore Charles Trenet. Mais il connaît un coup dur avec l’avènement de la musique pop anglo-saxonne qu’on appelle plus communément «yéyé», celle qui a fait de Johnny Hallyday une icône.

Béart reste cependant fidèle à sa musique. Ses convictions le conduisent à un affrontement épique avec Gainsbourg en 1986 dans l’émission « Apostrophes » de Bernard Pivot. Alors qu’il répond à une question du présentateur, Serge Gainsbourg, célèbre provocateur, qualifie la peinture d’« art majeur, pas un art mineur comme les conneries que nous faisons nous ». Guy Béart n’appréciant guère cette remarque, riposte. Gainsbourg l’insulte alors de « connard ». Une altercation marquante dans la télévision et la chanson française.

Béart n’a pas peur de s’affirmer et de dire haut ce qu’il pense. Suite à une rupture avec sa maison de disque, Guy Béart est le premier chanteur à s’auto-produire avec l’APAM (Autoproduction des artistes du micro), puis avec les Disques Temporel. Sa carrière s’ouvre à d’autres professions : il devient animateur télé avec l’émission « Bienvenue » de 1966 jusqu’à 1972. Puis, atteint d’un cancer, il disparaît des médias dans les années 80.

Il refait surface dans les années 90 mais sa venue sur scène se fait rare. Son dernier album « Le Meilleur des choses » sort en 2010. Il donne son tout dernier concert en janvier 2015, à l’Olympia.

Olympia photo

Guy Béart à l’Olympia, samedi 17 janvier 2015, pour son dernier concert. Crédit photo :Edmond Sadaka/RFI

Guy Beart épouse Cécile de Bonnefoy du Charmel en 1959, avec qui il aura une fille, Eve. Puis il rencontre l’actrice Geneviève Galéa, une union dont naîtra la fameuse Emmanuelle Béart, qui aujourd’hui ne manque pas de lui rendre hommage.

Camille Maleysson