30 ans de « cantine gratos »

L’appel du 26 septembre 1985. « Jai une petite idée comme ça » lance Coluche sur les ondes d’Europe 1. La « cantine gratos » célèbre ses trente ans, non sans haut-le-cœur. Dans les Alpes-Maritimes, les bénévoles marquent le coup avec un pique-nique solidaire. Ils ne cachent pas leur désarroi.


« Nous, on est prêts à aider une entreprise comme ça, qui ferait un resto qui aurait pour ambition au départ de faire 2000 à 3000 repas par jour gratuitement », explique Coluche à l’antenne d’Europe 1 en 1985. En 2015, les Restos du cœur c’est 130 millions de repas distribués à travers la France pendant la période hivernale. Au centre de distribution de Cannes, 350 familles viennent récupérer des sacs de denrées. Parmi les bénéficiaires, une quarantaine de bébés de moins d’un an. Il y a aussi « beaucoup de femmes seules avec enfants, des gens sans ressource et des personnes âgées, qui ont parfois plus de quatre-vingts ans, avec de petites retraites », constate Louise, bénévole depuis seize ans aux Restos de Cannes. « Il faut parfois les forcer à venir, elles ont honte. Ces personnes ont travaillé toute leur vie, ont élevé leurs enfants et maintenant elles se retrouvent dans la misère », ajoute Marie-Thérèse, responsable du centre. « Il y a trente ans, je ne pensais pas quil y aurait autant de demandeurs aujourdhui. Maintenant, on ouvre même l’été ! Ce quil faudrait cest du travail », explique Louise. En attendant, les Restos fêtent leurs trente ans avec sobriété et partage. Un pique-nique solidaire et des animations musicales ont été organisés au parc des sports de Villeneuve-Loubet, réunissant les seize centres du départements. « Le pique-nique est ouvert aux bénéficiaires, aux bénévoles et aux curieux. Chacun apporte de quoi pique-niquer », explique Marie-Thérèse. Mais pour les bénévoles, les festivités sont en demi-teinte. « Cest triste. Pour Coluche, c’était juste un dépannage. Sil revenait, il serait peut-être déçu de voir où lon en est trente ans après », confie Louise.

« On tire un peu trop sur la corde »

Des chariots de collecte moins remplis, les dons aux Restos sont en baisse. « En cinq ans, ils ont chuté de moitié », constate Marie-Thérèse. Trente ans, ça lasse. « Au bout de tant dannées, les gens en ont marre de donner. Et puis ils sont sollicités dun peu partout par de nombreuses associations », explique-t-elle.

De la lassitude pour les donateurs, mais aussi pour les bénévoles. En trente ans, les activités des Restos du cœur se sont diversifiées. Cours de français pour les étrangers, aide au retour à l’emploi, aide administrative, coiffure, les bénévoles multiplient les soutiens en tous genres, bien loin de la « cantine gratos ».  « On a déjà les collectes, les distributions, les manifestations et les réunions. En hiver, nous sommes présents quatre demi-journées par semaine. On tire un peu trop sur la corde. A un moment, il faut dire stop ! On ne peut pas remplacer lEtat », explique Marie-Thérèse.

La prochaine campagne hivernale des Restos du cœur débutera le 23 novembre pour seize semaines.

Alice Gobaud
Alex Gouty