Life : Dane DeHaan est James Dean

Dans « Life », le réalisateur Anton Corbijn dépeint la rencontre décisive entre le journaliste de presse Dennis Stock et James Dean, icône du cinéma. Dane DeHaan, l’interprète de ce dernier, excelle dans le rôle.

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Dès la première apparition de Dane DeHaan à l’écran, son interprétation de James Dean marque le spectateur. Crédit photo : D.R.

Mieux vaut le dire d’entrée, Dane DeHaan est un génie ! Par quatre fois il a refusé le rôle principal proposé par le réalisateur hollandais Anton Corbijn (The American, Un homme très recherché). Le jeune acteur américain cède finalement à la cinquième proposition. Pas de doute, il a James Dean dans la peau.

« Il accroche la lumière de manière étonnante ». Il n’est pas surprenant que Corbijn ait choisi le jeune acteur de 29 ans, par ailleurs premier rôle dans Chronicle, The Amazing Spiderman 1, puis 2, et dans le drame Kill Your Darlings. Difficile donc de jongler entre des rôles que tout oppose, James Dean faisant partie de ceux qu’il aura le plus appréhendés. Une révolution culturelle que Dane DeHaan attrape avec talent. Pas de doute, Dane DeHaan tient les ficelles pour incarner James Dean.

La bande-annonce du film :

 

Héros dune jeunesse angoissée

Né en 1931 et disparu en 1955, la brève existence de James Dean le fait passer du jour au lendemain de l’ombre à la lumière. C’est dans sa ferme familiale, en Indiana, que l’acteur se construit avec une mère décédée d’un cancer et un père distant. Joueur de basket raté, à 15 ans, James Dean s’émancipe en prenant des cours de théâtre et part à Los Angeles. Durant les quelques mois précédant sa mort, James Dean choisira de vivre à l’écart des projecteurs et des tapis rouges, parce qu’il aura la sensation de se perdre dans ses rôles.

Il tourne en 1954 dans l’adaptation cinématographique du roman de John Steinbeck : A lest dEden. Dennis Stock, jeune photographe officiant à Life Magazine, le repère et met tout en œuvre pour faire les premiers clichés de l’acteur. Il lui reconnaît son potentiel. Et c’est après la diffusion de ses films La Fureur de vivre et Géant, que James Dean devient l’icône d’une jeunesse américaine désorientée. Diffusés après la disparition du jeune acteur, ses deux derniers films font sensation auprès d’une Amérique en proie au changement. La Fureur de vivre devient le film phare des adolescents de l’époque tandis que Géant lui vaut une nomination posthume aux Oscars. La jeunesse des années 50 se retrouve en l’acteur. Nous sommes pendant les Trente Glorieuses et les Etats-Unis se reconstruisent après la seconde Guerre Mondiale. Kennedy lance un plan social pour lutter contre la pauvreté. Mais à la fin des années 50, la productivité baisse. C’est le début de la récession. Les adolescents tentent de montrer leur existence par la violence, la recherche de pouvoir et l’autosatisfaction.

Sacré après sa mort aux Oscars et inscrit au panthéon du cinéma américain, Dean est en fait plus énigmatique qu’emblématique.

Pour réaliser Life, Anton Corbjin décide, de manière délibérée, de se saisir d’un instant T de la vie du comédien : le moment où James Dean est inconnu du grand public tandis que la Warner commence à s’intéresser à l’artiste. Un instant de doutes, entre grandes opportunités et besoin de liberté.

A l’image de Dennis Stock, Anton Corbjin a lancé sa carrière en photographiant des célébrités : pour Stock, James Dean, le jazz et la guerre du Vietnam. Pour l’autre, David Bowie, Vanessa Paradis, Miles Davis ou encore Clint Eastwood. Par son passé, le réalisateur européen a pris le parti de raconter Dean à travers Stock, ou du moins du bout de son objectif.

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Dane DeHaan et Robert Pattison ont su transposer à l’écran une relation intimiste, fidèle au mythe historique. Crédit photo : D.R.

 Dans l’œil du photographe

Robert Pattinson, qui incarne Dennis Stock, jeune photographe en galère et père en déni, fait la paire avec DeHaan et l’alchimie entre les deux compères opère. Pattinson étonne, ayant été auparavant habitué à endosser des rôles marginaux (Twilight, Cosmopolis), il fait preuve ici d’une interprétation nouvelle. C’est la première collaboration qu’il entreprend avec le réalisateur. Pattinson, le petit protégé de Cronenberg, incarne sans aucune hésitation, et ça se voit à l’écran, le rôle clé de Life. Car en voulant mettre en scène James Dean, Anton Corbijn s’attaque à un monument du cinéma; mais il contourne l’enjeu du film, à savoir James Dean lui-même. James Dean n’est vu que par Dennis Stock, un photographe qui s’élèvera plus tard pour ne plus lâcher son appareil. Le revers de cette fascination pour Stock n’est plus ni moins que l’histoire de son propre ratage. Pourtant, le réalisateur confiait dans une interview donnée à Télérama qu’il n’avait pas l’intention « de dresser le biopic de l’icône américaine ». Comment, alors, évoquer un jeune acteur qui, par l’avenir, marquera l’univers du septième art sans user d’indices prédisposés ?

Life n’est probablement pas le film de l’année. Il est le moyen, pour son réalisateur déjà sexagénaire, de faire ses adieux à la photographie dans une dernière production hommage. La qualité du casting aura sauvé quelques lenteurs liées à des détails mal exploités chez James Dean, tels que le mystère que Corbijn laisse planer sur Dean sans tenter de le percer, ou encore le manque de repères socio-historiques. Mais ce qui peut nous sembler être un « détail » n’est sans doute pas appréhendé de la même manière pour une personne qui aura vécu seulement 24 ans. Il convient de saluer la photographie soignée du film, grâce à Charlotte Bruus Christensen.

Avec Life, Corbijn aura au moins eu le mérite d’explorer une relation méconnue entre un photographe de presse et un acteur qui était alors sur le chemin de la gloire. Et le travail est de taille. Parti des quelques clichés et de biographies, le réalisateur a su apprivoiser la face cachée de James Dean.

Lucile Moy
Sophie Lafranche