Amélie Nothomb : « Le sens de la vie, c’est l’autre »

Vendredi 2 Octobre, Amélie Nothomb était de passage au Festival du Livre de Mouans-Sartoux pour présenter son dernier ouvrage : Le crime du comte Neville. L’histoire d’un aristocrate belge à qui une voyante prédit qu’il tuera un de ses invités à sa prochaine soirée mondaine. L’auteure en a profité pour rencontrer ses lecteurs. Deux heures de dédicaces pour contenter les fans de la romancière. Rencontre.

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Souriante et abordable, Amélie Nothomb n’a pas hésité à poser aux côtés de ses fans. Crédit Photo : Nicolas Faure.

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour ce roman ?
L’inspiration a été multiple. Bien sûr, la structure m’a été donnée par un livre d’Oscar Wilde qui s’appelle Le crime de Lord Arthur Savile. Ce qui a donné naissance à ce livre, ça a l’air bête à dire mais c’est comme ça : ma famille vit dans un château, elle doit le vendre parce qu’on est ruinés. La vente du château familial, le drame qui consiste à perdre une très belle et ancienne demeure aimée m’a inspiré ce roman.

Y a-t-il un rapport entre la couverture de vos livres et leur contenu ?
Pas forcément, mais ce n’est pas grave. La couverture, c’est juste une anecdote. J’aimerais mieux voir Salvador Dali en couverture de mes livres, mais mon éditeur n’est pas convaincu…

Vous avez récemment déclaré : « La publication d’un roman est un accident. » Que voulez-vous dire ?
Pour les autres je ne sais pas, mais pour moi oui. J’écris infiniment plus que je ne publie. Je suis en train d’écrire mon 84e roman. Somme toute, je n’en ai publié que 24. ça dit bien que pour moi la publication est uniquement un accident.

N’est-ce pas paradoxal pour un écrivain d’écrire sans vouloir être lu ?
On n’écrit pas forcément pour être lu. Quand j’ai commencé à écrire, j’avais 17 ans. Etre lu était la dernière chose au monde que je voulais. J’écrivais mais je ne savais pas pourquoi. Je ne sais toujours pas pourquoi. Je pense que j’écris pour créer mon son. Je suis obsédée par la musique. J’écris parce que je ne suis pas capable de faire de la musique. Bien sûr que ça me fait plaisir que quelqu’un écoute mon son mais ce n’est pas le but. Ce qui compte c’est que mon son existe.

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Amélie Nothomb a été touchée par ces lycéens, venus pour rencontrer l’auteure qu’ils avaient lue en cours. Crédit Photo : Nicolas Faure.

Ne pas utiliser internet ni les réseaux sociaux, n’est-ce pas se priver d’un moyen de communication avec votre public ?
Je suis pour la communication de qualité. Pour le peu que j’en ai vu, je n’ai pas trouvé que la communication y était de qualité. Le contact direct ou la lettre manuscrite sous enveloppe, ça c’est intéressant. Sur internet, ce ne sont pas de vraies rencontres. Vous avez vécu dans de nombreux pays.

Ce multiculturalisme, c’est une force chez vous ?
Je pense que oui. Je viens d’un tout petit pays qui a dû s’adapter, personne ne sait qui sont les Belges. Les Belges expatriés sont généralement de bons étrangers puisqu’ils prennent tout de suite les coutumes de l’autre. Cette faculté d’adaptation m’a certainement beaucoup servi dans la vie.

Que vous inspire le thème du festival du Livre, « l’autre, comme moi ? »
J’adore ce thème. L’autre, c’est la plus grande affaire de la vie. Le sens de la vie, c’est l’autre. Mais le plus fou, c’est le jour où l’on comprend que le premier autre qu’on rencontre, c’est soi-même.


Propos recueillis par
Nicolas Faure et Thibault Cordier