La Malaisie touchée par un vent de contestation

En Malaisie, les dernières semaines ont été marquées par des vagues de contestation contre le manque de transparence au sein du gouvernement de Najib Razzak, et contre le manque de réformes. Une situation qui ne cesse de creuser les clivages communautaires sur fond de manipulation politique.

Depuis plusieurs années, la crédibilité du paysage politique de l’Asie du sud-est s’effrite. A l’instar des pays du Maghreb en 2011, les peuples de Birmanie, de Thaïlande et désormais de Malaisie exhortent leurs gouvernements à se lancer dans des réformes massives et à mettre un terme à la corruption. A Kuala Lumpur, la capitale de la Malaisie, plusieurs manifestations d’ampleur ont animé la rentrée. « Le Premier ministre Najib Razzak est connu pour voler l’argent du gouvernement avec sa femme depuis maintenant 10 ans » explique à Buzzles Jarvis Looi, étudiant dans la capitale du pays. L’été a été mouvementé pour le couple de récidivistes. Début juillet déjà, le Wall Street Journal révélait qu’une enquête avait été ouverte sur un éventuel dépôt de 700 millions de dollars de fond public sur un compte privé de Najib.

Puis début septembre, c’est au tour de la police de Hong Kong de suspecter le Premier ministre malaisien d’avoir déposé de nouveaux fonds sur un compte à son nom dans une banque suisse. « Toute la famille profite de ce mode de vie pompeux, notamment la femme de Najib, Rosmah Mansor, qui ne représente rien d’un point de vue institutionnel en Malaisie » confie Jarvis. En 2011, cette dernière s’était offert une bague d’une valeur estimée à 24 millions de dollars. L’accumulation de ces soupçons de corruption a même poussé les Etats-Unis et son Département de la justice contre la kleptocratie à s’intéresser au cas de la famille Razzak.

Manifestation jaune Bersih

La vague de contestation jaune, appelée « Bersih », réclament l’avancée des enquêtes visant le Premier ministre malaisien Najib Razzak. Crédit photo : OrientalDailyNews.

Derrière les manifestations, une hiérarchisation des communautés

Le 29 août dernier, plusieurs ONG ont exhorté le peuple malaisien à se réunir à Kuala Lumpur sous un étendard jaune appelé « Bersih », pour réclamer des réformes institutionnelles et des avancées significatives dans les enquêtes visant le Premier ministre. Défilant dans les rues pour davantage de transparence, pour des élections libres mais également pour pousser le gouvernement à redresser l’économie du pays, les manifestants ont déambulé sous haute surveillance policière. De son côté, le gouvernement aurait tout fait pour tenter d’enrayer le mouvement. « Les médias contrôlés par Najib Razzak n’ont eu de cesse de minimiser le nombre de manifestants à Kuala Lumpur » explique Jarvis, qui a répondu à l’appel de Bersih.

manifestation Malaisie

Sur la pancarte des pro-Najib, « Hapuskan SJKC ». En français, « éliminez les écoles primaires chinoises ». Crédit photo : malaysiakini.com.

Selon The Straits Time, l’Organisation nationale unifiée malaise (UMNO), le parti du gouvernement au pouvoir, a indirectement organisé et financé des contre-manifestations en soutien à Najib. Ces partisans, réunis sous la couleur rouge, ont répondu à l’appel de la Fédération nationale de silat, un art martial malais. Ses organisateurs réclament un renforcement du nationalisme malais, et donc du statut de l’islam dans la constitution. Certaines franges de manifestants ont demandé au gouvernement de réduire les droits des minorités ethniques. La confrontation entre les deux mouvements a rapidement fait monter les tensions communautaires, et menace désormais de fragiliser encore un peu plus le puzzle ethnique de l’Asie du sud-est.

 

Antonin Deslandes