[Radio] Fiction ou documentaire, Mediterranea brouille les repères

« Nul besoin de crier pour se faire entendre », tel pourrait être l’adage qui a guidé la caméra de l’Italo-américain Jonas Carpignano lorsqu’il réalise Mediterranea. Présenté à la semaine de la critique à Cannes, et projeté au Festival du livre de Mouans-Sartoux, le film retrace le périple de migrants africains vers l’Europe.

Ayiva et Abbas sont burkinabés. Après une homérique traversée, la mer les rejette en Calabre, où la joie d’être en vie laisse place à la déception face à cette vie qui les attend. Dans les cartons de leur camp de fortune et sous les jets de pierres des Italiens, les deux frères optent pour un chemin différent, l’un accepte les travaux non-déclarés et le paternalisme condescendant des locaux, l’autre décide de se révolter face à l’esclavagisme et la précarité de leur situation.

Le film de J. Carpignano, sur les écrans depuis le 2 septembre. (Crédit photo : D.R.)

Le réalisateur ne tranche pas entre ces deux trajectoires, il les met sobrement en lumière et c’est là, la force du film. La musique est rare et distille quelques moments de chaleur dans une production aussi froide et dure que la glace. La caméra à l’épaule suit avec fidélité la réalité de ces migrants, bref une austérité volontaire qui brouille les frontières entre fiction et documentaire.

Dans cette quête de l’exactitude, Carpignano met aussi en lumière tout le circuit économique qui entoure les migrants, ainsi on passe d’un gosse revendeur d’électronique volé aux Calabrais qui les sous-emploient pour ramasser les oranges.

Mais le plus estomaquant dans cette fiction tient dans ses origines. Carpignano s’inspire de faits similaires survenus à Rosarno en Italie, un point d’installation de migrants, où, en janvier 2010, révoltés face à leur situation, ces derniers ont provoqué des émeutes.
Autant d’éléments qui finissent par constituer une toile réaliste plus vraie que nature.

Lors de sa projection à Mouans Sartoux, le film a laissé les spectateurs sous le choc :

 

Alex Gouty