[Interview] Jocelyn Moulin : les semences alternatives

Kokopelli est une association qui lutte contre le monopole des grandes industries agro-alimentaires et œuvre en faveur de la biodiversité, en proposant à la vente des graines rares mais reproductibles. Rencontre avec Jocelyn Moulin, ambassadeur de l’association, à l’occasion du Festival du livre de Mouans-Sartoux.

Comment pouvez-vous lier le thème du Festival, « L’autre comme moi », à votre association ?

En plus de proposer une large collection de semences biologiques reproductibles, nous menons depuis l’année 2000 une campagne nommée « Semences sans frontières ». En gros, nous envoyons gratuitement 200 colis par an en moyenne dans plusieurs communautés rurales dans les pays les plus pauvres. De cette façon, le petit garçon en Inde ou la famille en Afrique peuvent avoir des semences « comme moi ».

L’association Kokopelli a tenu un stand à l’espace citoyen durant les trois jours du Festival de Mouans-Sartoux. (Crédit photo : kokopelli-semences.fr)

L’association Kokopelli a tenu un stand à l’espace citoyen durant les trois jours du Festival de Mouans-Sartoux. (Crédit photo : kokopelli-semences.fr)

Votre association a été condamnée par la justice en 2013 au motif de concurrence déloyale et activité illégale. Comment l’expliquez-vous ?

La société Graine Baumaux, qui nous a attaquée, estimait que nos actes de vente étaient irréguliers et que les semences que l’on commercialise ne figuraient pas sur le catalogue officiel dans lequel sont répertoriées les semences autorisées à la vente. Les semences proposées par Kokopelli sont maintenues dans l’illégalité par volonté politique : nous proposons des semences reproductibles sans le soutien de l’agrochimie, c’est-à-dire la possibilité pour les jardiniers et paysans d’être autonomes et de créer une alternative à l’uniformisation potagère voulue par les lobbies agro-alimentaires.

De quelle façon une association comme la vôtre, loin d’une logique capitaliste, a-t-elle pu assumer les 25 000 euros de condamnation ?

C’est surtout grâce aux adhérents et aux dons que nous avons été en mesure de ne pas disparaître. Fin 2014 par exemple, nous avions un peu plus de 9 000 adhérents. Nous vendons également des livres, mais actuellement nous devons encore verser 5500 euros par mois pour payer les avocats. Le principal, c’est que nous ayons pu garder la tête hors de l’eau et maintenir notre activité à flot.

Vous bénéficiez de soutien de la part de divers scientifiques, ONG, littéraires ou artistes, mais pas de politiques. Selon vous, pourquoi ?

Peut-être pouvons-nous nous poser la question : sont-ils inféodés aux lobbies ? Qui paye leurs campagnes ? À méditer… Mais heureusement, ce n’est pas le cas de tous. Par exemple, André Aschieri, le précédent maire de Mouans-Sartoux, soutient notre association, et c’est d’ailleurs pour ça que nous sommes présents au Festival du livre. Grâce à lui, ça fait pression. Kokopelli est une petite association, alors ce genre de soutien ça compte. On n’est pas là pour faire du tiroir-caisse.

Ninon Fauchart