L’Homme menacé par l’extinction de l’abeille

« Se posant par cent et par mille sur les fleurs qui s’ouvrent à peine. Elles butinent leur pistil pour en extraire le pollen. » Si les paroles de Bourville résonnent encore, le bourdonnement des abeilles perd de sa ferveur . Depuis les années 1990, on constate une mortalité des abeilles anormalement haute. Les scientifiques commencent à s’interroger.

Sans abeille, plus d’Homme ? Bernard Vaissière est chargé de recherche à L’Institut national de recherche agronomique (INRA). Selon lui, l’Homme pourrait survivre sans les abeilles mais à certaines conditions : « il connaîtrait beaucoup de carences en vitamines et perdrait l’essentiel de son alimentation ». En effet, certaines céréales telles que le riz et le blé, ainsi que des fruits comme la banane, ne nécessitent pas l’intervention des abeilles pour se reproduire. Ils s’autopollinisent, grâce à l’eau, au vent, ou par eux-mêmes. Cependant, c’est 35% de ce que nous mangeons qui provient du travail des butineuses : « 84% des espèces cultivées et 80% des fleurs sauvages sont pollinisées par les abeilles », précise Bernard Vaissière. Sans elles, autant dire adieu aux tomates, pommes, framboises, fraises, et à tous les autres légumes nécessitant l’intervention de ces insectes pollinisateurs. Et le déclin de ces derniers est une réalité, qui persiste voire s’accélère.

Une abeille qui butine. (Crédit photo : Maria Gram Jensen)

Une abeille qui butine. (Crédit photo : Maria Gram Jensen)

La déchéance des abeilles, à qui la faute ?

« L’hiver dernier, j’ai perdu 10 ruches sur 40. Un écart considérable avec les années précédentes où je perdais environ une ou deux ruches », constate Jean-Pierre Marques, apiculteur amateur depuis 20 ans à Grasse. Et pourtant, chaque année 20 à 30% des abeilles disparaissent en France, et certaines espèces manquent déjà à l’appel. Pour tenter de stopper ces pertes, « il faudrait arrêter d’utiliser des pesticides, cesser de tondre un mètre carré de son jardin et le faucher une fois par an afin d’obtenir une flore spontanée. L’abeille a besoin de la biodiversité végétale », plaide Bernard Vaissière. En effet, l’ennemi numéro un des abeilles sont les néonicotinoïdes. Une famille de pesticides qui permet aux cultures d’être protégées des insectes pendant toute leur durée de vie mais qui agit sur le système nerveux des abeilles. A Roche-la-Molière, la Miellerie des gorges de la Loire de Gilles Deshors voit chaque année une partie de ses ruches disparaître : « Cet été j’ai perdu 300 ruches sur 800 à cause des pesticides néonicotinoïdes, utilisés sur les terrains agricoles voisins. Ce n’est pas la première fois que cela arrive. » Le 19 mars 2015, l’Assemblée nationale a voté l’interdiction des néonicotinoïdes pour janvier 2016. Bien que les pesticides soient la cause majeure de cette perte, on dénombre une trentaine de pathogènes, prédateurs et parasites en France qui en sont également responsables . Une partie qui est donc loin d’être gagnée.

En Chine, où les abeilles se font rares, on pollinise les fleurs manuellement. (Crédit photo : zupimages.net)

En Chine, où les abeilles se font rares, on pollinise les fleurs manuellement. (Crédit photo : zupimages.net)

Moins d’abeilles, plus de demande

La population mondiale augmente, l’Homme a besoin de se nourrir de fruits et de légumes, alors que les espèces qui en produisent la plus grande partie se font de plus en plus en rares. En Chine, dans la province du Sichuan, les variétés de plantes et d’arbres ne sont pas assez diverses pour qu’il y ait fécondation. Les hommes ont trouvé la « solution » à ce problème : polliniser manuellement les fleurs chaque année au mois d’avril. « Cela consiste à récolter le pollen pour le redistribuer sur les stigmates à l’aide d’un pinceau », explique Bernard Vaissière. De l’autre côté du globe, aux Etats-Unis, les butineuses se font également rares Les pertes se chiffrent parfois à 99% chez certains apiculteurs, notamment en Californie, le plus gros exportateur d’amandes. Là-bas, chaque année en février, les exploitants se voient obligés de louer des abeilles aux apiculteurs dits « itinérants ». Des pratiques qui se « normalisent ». L’abeille domestique, elle, devient esclave de l’homme et s’éteint peu à peu. L’extinction qui s’annonce pourrait avoir des conséquences dramatiques pour les sociétés futures. Une fois l’abeille disparue, l’homme pourrait bien être le prochain.

Camille Maleysson