Des militaires français contre Daech : interview de la Task Force Lafayette #1/2

Réunis sous l’étendard de la Task Force Lafayette, une quinzaine d’anciens militaires vont entraîner les Kurdes irakiens, qui se battent contre l’Etat islamique. Pour atteindre l’Irak, ils ont lancé une campagne de crowdfunding qui a réuni plus de 35 000 €. Ils partiront en janvier. Entretien téléphonique avec Nova, représentant de la Task Force Lafayette.

La Task Force Lafayette est très active sur sa page Facebook, seul endroit où elle est représentée. (Capture d'écran de la page Facebook de la Task Force Lafayette)

La Task Force Lafayette est très active sur sa page Facebook, seul endroit où elle est représentée. (Capture d’écran de la page Facebook de la Task Force Lafayette)

Qu’est-ce qui a motivé la Task Force Lafayette ?

Il y a plusieurs choses : il y a, pour un certain nombre d’entre nous, un sentiment d’insatisfaction lié à notre passé dans l’armée, un sentiment de ne pas en avoir fait assez, de ne pas avoir autant changé la donne que le prétendaient les politiciens après les différentes missions accomplies par l’armée française.

La seconde motivation, ça a été évidemment les atrocités commises par Daech auxquelles on peut assister sur une base quotidienne, et qui frappent indistinctement tous ceux qui s’opposent à eux.

A mon sens, il y a aussi cette réputation que se forge malgré elle la France de grande pourvoyeuse de djihadistes. On a voulu montrer que la France pouvait offrir au monde autre chose. En l’occurrence, des gens prêts à combattre le djihadisme.

D’après Brian, combattant en Syrie au sein des YPG (Unité de protection du peuple, une milice kurde), partir se battre contre l’Etat islamique, ça attire « beaucoup de cons qui veulent juste updater leur profil Facebook avec des photos de la guerre », qu’en pensez vous ?

La différence c’est que les YPG recrutent plus généralement quitte à assurer une formation eux-mêmes. Ça peut attirer de la personne la plus idéaliste et romantique au con désœuvré qui finalement veut se faire des vacances. Nous on ne recrute que des anciens des forces spéciales, de corps « d’élite », ou qui ont prouvé leur valeur. On les recrute sur la base de leurs expériences passées et de leurs compétences présentes. On n’a aucun intérêt à s’entourer de têtes brûlées ou de gens qui veulent s’éclater. Ce n’est pas du tout notre objectif.

Quelle est la mission de la Task Force ?

Le but premier est la formation, notamment dans les domaines bien particuliers comme la prévention des IED (Improvised explosive device, engin explosif improvisé), la discipline de tir, le soin en zone de combat. Au delà de ça, on sait tous que nous pourrions être amenés à combattre.

Plusieurs reportages font pourtant état de volontaires occidentaux qui s’ennuient.

Combien de temps partez-vous ?

Pour être efficaces, on ne peut pas se contenter de partir trois semaines ou même deux mois. On est tous d’accord pour rester au moins six mois, maximum un an. Ça dépendra de comment les choses évolueront sur place et en France, si notre action est utile ou non, ou si on a des pertes.

Quels sont les critères de recrutement ?

Nos critères de recrutement ont évolué depuis le début de notre action en ligne (en septembre de cette année). Dès le départ, on s’intéressait notamment aux forces spéciales. Si possible, on cherchait à avoir du personnel ayant une expérience médicale en zone de combat et des mécaniciens pour tout ce qui est entretien des véhicules, du matériel etc.

Au final, l’importance de notre groupe a peu évolué. Les forces spéciales sont habituées à évoluer en petit groupe et on préfère largement partir à une quinzaine d’individus motivés plutôt que créer une légion de deux cent personnes qu’on ne pourra pas maîtriser.

Quels entraînements suivent les hommes ?

La plupart ont un excellent niveau physique du fait de leur passé. Il s’agit de s’assurer que chacun a toujours les aptitudes requises dans le soin, l’entretien de l’équipement, en passant par le tir et toutes les compétences attendues d’un soldat.

Comment s’organise la Task Force ?

Tout se fait en accord avec les représentants kurdes locaux, c’est-à-dire les peshmergas irakiens auxquels nous seront inféodés. Tout se fait à la connaissance, et non l’accord, du gouvernement. On n’a pas cherché à flouer qui que ce soit, on a essayé de s’assurer de la légalité de l’entreprise.
Au niveau de la hiérarchie, il y a toujours des grades à respecter. On prend aussi en compte la personne qui est à l’instigation de notre mouvement. Il a de fait une autorité morale puisque c’est son idée.

Qui est le fondateur de la Task Force Lafayette ?

Gekko est un vétéran de l’armée française qui a eu un sentiment d’inachevé après plusieurs missions effectuées sous les drapeaux. Il souhaitait partir à un niveau individuel mais en constatant que son ambition intéressait d’autres personnes, il s’est entouré de plusieurs éléments.

Pourquoi avoir choisi la campagne de crowdfunding (financement participatif) pour vous financer ?

A la base nous avions opté pour un financement venant de sociétés privées. Grosso modo, les sociétés récoltaient de l’argent en notre nom et nous nous engagions à acheter notre matériel auprès d’elles. C’est une solution qui a mal marché très rapidement et qui remettait en question notre indépendance. On s’est rendu compte qu’on ne voulait avoir de compte à rendre à personne et que notre entreprise intéressait beaucoup de gens. Un financement participatif nous permettait de rassembler autant de fonds tout en gardant notre autonomie.

La société que vous aviez choisie a des connexions avec l’extrême-droite (voir à partir de 16 minutes).

On m’a demandé de ne pas m’exprimer sur le sujet.

Propos recueillis par Guillaume Soudat