Des militaires français contre Daech : interview de la Task Force Lafayette #2/2

Réunis sous l’étendard de la Task Force Lafayette, une quinzaine d’anciens militaires vont entraîner les Kurdes irakiens, qui se battent contre l’Etat islamique. Pour atteindre l’Irak, ils ont lancé une campagne de crowdfunding qui a réuni plus de 35 000 €. Ils partiront en janvier.
Suite de notre entretien téléphonique avec Nova, représentant de la Task Force Lafayette.

Le départ est prévu pour quand ?

On a déjà deux membres sur le terrain. Ils sont allés repérer les villes dans lesquelles nous évoluerons, le terrain, la langue, la culture, la température… Ils ont aussi rencontré les officiers peshmergas (combattants kurdes, ndlr) avec lesquels nous seront amenés à communiquer. L’ensemble du groupe arrivera progressivement au Kurdistan irakien en janvier.

Deux soldats de la Task Force Lafayette sont déjà en Irak pour repérer les lieux. (Crédit photo : page Facebook de la Task Force Lafayette)

Deux soldats de la Task Force Lafayette sont déjà en Irak pour repérer les lieux. (Crédit photo : page Facebook de la Task Force Lafayette)

Pourquoi janvier ?

Il a fallu que chacun s’assure d’être disponible d’un point de vue légal vis-à-vis de ses obligations. Entre autres, le travail. Il faut aussi du temps pour préparer le départ avec nos proches. Je suppose que la date est aussi liée aux exigences de nos hôtes kurdes.

Comment se passent les relations avec les Kurdes ?

Les contacts avec les peshmergas sont réguliers depuis le premier message. On ne se déplace pas en territoire conquis ni dans l’idée d’apporter notre brillant savoir-faire occidental à des peuplades sous-éduquées. On vient d’abord parce qu’on pense qu’on peut leur inculquer quelque chose mais on est loin de pouvoir tout leur apprendre. La plupart ont reçu des entraînements par le passé de différentes nations européennes.

S’ils ont déjà reçu un entraînement, à quoi sert la Task Force ?

L’ampleur de la guerre nécessite des forces humaines toujours plus importantes de la part des Kurdes. Il y aura toujours du personnel qui aura besoin d’entraînement. Ce que je voulais dire par là, c’est qu’on est, non pas inutile, mais qu’on n’arrive pas comme des cow-boys, « écoutez on sait tout mieux que vous, laissez nous faire, tout sera réglé en deux semaines ». On veut juste aider, à notre niveau, du mieux qu’on peut.

Que pensent les Kurdes de la Task Force ?

Ils sont contents de recevoir l’appui d’étrangers puisque cela démontre à la fois qu’ils sont suffisamment respectables et qu’ils sont une force avec laquelle il faut compter. Je pense aussi que les Kurdes mènent leur lutte depuis très longtemps, au-delà de la lutte contre l’Etat islamique. Par conséquent, ils ont dans le domaine des expertises indéniables et ils sont attachés à l’idée de mener cette lutte le plus indépendamment possible.

Si vous étiez sollicités par les services secrets français, accepteriez-vous ?

Je ne pense pas que ce sera le cas. Si ça l’était, nous agirions dans le cadre de notre accord fixé avec les Kurdes. Je pense que ce qu’ils feront sera de nous interroger au retour pour récolter les informations les plus intéressantes. Nous n’allons pas là bas pour servir d’agents à la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure).

Serez-vous rémunérés par les Kurdes ?

Non, sinon nous tomberions sous le régime du mercenariat. D’où la nécessité du financement participatif qui nous permet d’acheter notre équipement sans nous ruiner. Par contre nous seront nourris et logés.

Qu’adviendra-t-il de la campagne de crowdfunding (financement participatif) ?

Logiquement elle sera mise entre parenthèses à notre départ mais cela dépendra de plusieurs choses. S’il y a des gens en France pour la gérer ou si on peut à la fois récolter cette somme et être actifs en Irak. C’est une question qu’on se pose et à laquelle nous allons réfléchir. Les fonds ne servent pas de rétribution mais de caisse dans laquelle nos hommes peuvent puiser.

Quelle futur envisagez-vous pour la Task Force ? Y aura t-il un autre envoi de soldats ?

C’est difficile à dire. Cela va directement découler de la réalité de notre mission sur place. Si on se rend compte qu’il y a du travail pour 30 personnes, que les Kurdes sont demandeurs, et qu’il y a 30 personnes à qui on peut faire confiance, on pourra être amenés à prendre quinze personnes de plus.

Avez-vous des contacts avec des Occidentaux qui sont partis se battre contre l’Etat islamique ?

Non, nous n’avons aucun contact avec eux.

Pas même avec Dwekh Nashwa (une milice chrétienne  que plusieurs occidentaux ont rejoints et qui est présente dans le nord de l’Irak ) ?

Nous n’avons pas de contact avec eux. On les connaît, ils nous connaissent. Chacun a une vision différente de l’action sur place.

 

Propos recueillis par Guillaume Soudat