Mia Madre : prodigieux

Avec Mia Madre, le réalisateur italien Nanni Moretti signe son nouveau long métrage. Naviguant entre drame et comédie, ce film autobiographique impressionne par sa justesse.

Il était donné vainqueur de la Palme d’or du 68e Festival de Cannes, en mai dernier, mais n’a finalement rien remporté. Pourtant, Nanni Moretti (Habemus Papam, Le Caïman) offre avec Mia Madre un film fort, émouvant et profond.

ada margherita nanni moretti

Face à la maladie de sa mère, Margherita ne sait plus trop où est sa place. Crédit Photo : D.R.

 Mia Madre, « Ma Mère », c’est l’histoire de Margherita (Margherita Buy), une réalisatrice engagée en plein tournage de son dernier film, un drame portant sur le plan social d’une usine. Mais l’artiste sûre d’elle et tenace fait rapidement place à une femme plus vraiment certaine d’être à sa place. Sa mère Ada (interprétée par la très convaincante Giulia Lazarini est à l’hôpital car son cœur ne tient plus ; et son frère Giovanni (Nanni Moretti) est l’homme idéal : attentionné, calme, et intelligent. L’homme est d’ailleurs peut-être un peu trop parfait pour Margherita qui ne pense pas être aussi irréprochable.

Giovanni cuisine pour Ada quand Margherita se « contente » d’amener des plats préparés, Giovanni comprend immédiatement les propos du médecin quand Margherita est incrédule, Giovanni sait prendre les bonnes décisions quand Margherita est dans le doute et l’hésitation.

Alors Margherita angoisse, elle cauchemarde, se réveille en pleine nuit. Face à sa mère qui perd peu à peu ses forces, Margherita perd peu à peu sa vitalité, sa détermination et sa force de caractère… comme si tout était lié.

D’autant plus que son métrage n’avance pas vraiment. Elle ne prend pas forcément les bonnes décisions, tergiverse et doit gérer un acteur américain (John Turturro) incapable de retenir la moindre ligne de texte et probablement incertain de la raison de sa présence sur le tournage.

Plus qu’une comédie dramatique (car le film nous fait parfois franchement rire, surtout grâce au personnage de John Turturro), Nanni Moretti signe là une véritable œuvre autobiographique. A travers son alter-ego, il se met en scène. Les similitudes entre le personnage de Margherita et Nanni Moretti sont nombreuses : elle est réalisatrice, elle est perfectionniste, elle rouspète sans cesse, elle est profondément touchée par la maladie de sa mère, professeure de latin très estimée (comme la propre mère de N. Moretti)… Bref, Margherita, c’est lui.

Et pourtant, il ne joue pas son propre rôle. Probablement par pudeur et par facilité : il joue le beau rôle, le rôle facile, celui du frère et du fils parfait.

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John Tuturro dans le rôle d’un acteur déjanté et incapable. Crédit Photo DR

Des acteurs justes, un film bien écrit

Sur tous les points de vue, le film d’une heure cinquante est une jolie réussite. Les dialogues sont particulièrement précis et efficaces, la photographie est belle, l’image bien cadrée. Les acteurs sont justes, jamais dans l’excès, et fidèles à la sentence de Nanni Moretti, qu’il prête à Margherita le temps du film « Je veux voir lacteur à côté du personnage ».

Si le film présente quelques longueurs, il reste toutefois très maîtrisé et à la hauteur des attentes. C’est un témoignage émouvant de l’amour que le réalisateur porte à sa mère aujourd’hui décédée et une belle illustration du dicton « Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. »

Quatre ans après Habemus Papam, on ne peut qu’être ravi de retrouver un Nanni Moretti en aussi bonne forme : un peu moins extravagant mais toujours aussi talentueux. A retrouver en salle le 2 décembre.

Bande Annonce :

 

Emilie Unternehr
Cyrille Ardaud

 

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