Permaculture : « La seule voie possible » #1/2

La permaculture est une forme de production agricole durable, permanente et autosuffisante. Respectueuse de l’environnement et des relations entre les êtres vivants, elle a pour but de laisser la nature s’auto-réguler.

Seul universitaire à s’être penché sur la question de la permaculture dans les Alpes-Maritimes, Malcolm Champoussin a rencontré les divers acteurs de cette alternative agricole dans le département. Conscient de l’enjeu du mieux produire et du mieux consommer, il reste toutefois pessimiste quant à la prise de conscience des Français en terme d’agriculture durable. Il nous a accordé un peu de temps dans son agenda chargé afin de répondre à nos interrogations. Interview.

En premier lieu, pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Malcolm Champoussin, j’ai 26 ans. Je suis titulaire d’un Master 2 en Droit des risques et développement durable à la faculté de droit de Nice. J’ai effectué un stage à la Métropole Nice Côte d’Azur (NCA), sur l’intérêt de l’agriculture sur petite surface, lors duquel j’ai rédigé un mémoire sur le sujet. J’ai eu la chance depuis tout petit de vivre dans une famille où l’on produisait nos fruits et légumes, où j’ai pu goûter à cela. Alors quand on peut concilier plaisir et travail…

Pourquoi vous être penché sur le sujet de la permaculture ?

J’ai eu une prise de conscience sur le fait que notre modèle actuel, basé sur le pétrole, n’est pas viable, et qu’il faut penser dès maintenant à autre chose. J’ai lu des livres, notamment sur le mouvement des villes en transition, initié par un permaculteur anglais du nom de Rob Hopkins. Nice est particulièrement dépendante du système mondialisé des énergies fossiles. Si demain, les trains de l’axe rhénan transitant par l’Italie, ou les cargos de Marseille, n’arrivent plus, sachant que l’agriculture locale a disparu avec l’exode rural, les Alpes-Maritimes se retrouveraient vite au pied du mur. Faire vivre plus d’un million de personnes sans agriculture, sans aucune personne compétente pour ces tâches, cela pourrait devenir rapidement problématique.

Ici, il demeure une zone à enjeu avec l’éco-vallée, qui est un microcosme des problématiques mondiales, où le développement économique de l’agriculture s’est fait au détriment de l’écologie et du bon sens. L’objectif était de montrer aux institutions que des modèles conciliant développement économique de l’agriculture et écologie étaient possibles, même dans le département.

Votre étude met en lumière l’intérêt pour la production agricole sur petite surface, pouvez-vous nous en dire plus ?

Oui, je me suis intéressé à la petite surface car dans le département les surfaces arables exploitables sont circonscrites aux rares plaines – plaine du var, haut de Cagnes, pays Grassois –, et celles-ci sont elles-mêmes l’objet d’un développement d’activités extra-agricoles du fait d’un urbanisme débridé. La permaculture, c’est la science de l’aménagement. Elle a pour but d’optimiser des installations humaines. Elle prend modèle sur les éco-systèmes naturels, elle est une synthèse de tradition ancestrale et d’avancée technologique. Il ne s’agit pas d’une compilation de techniques, mais davantage d’un guide. Par exemple, la ferme du futur intégrera élevage, arboriculture – production fruitière –, maraîchage sous et entre ces arbres. C’est en fait un retour vers le système agro-sylvo-pastoral des anciens – le maraîchage, l’arbre et l’élevage –, avec en plus l’apport de techniques de cultures ultra-productives. L’intérêt était donc de montrer que l’on peut avoir une production intense grâce à la permaculture sur surfaces plus réduites, tout en améliorant la qualité des sols, ce qui permet le maintien d’autres activités dans une sorte de maillage péri-urbain.

Cela veut-il dire que chacun peut devenir son propre producteur chez soi ?

Tout dépend du degré d’investissement. On peut le développer chez soi depuis un balcon. Il existe des modèles urbains. On peut aussi être sur un modèle très professionnel, très productif comme au Bec Helloin en Normandie, ferme pionnière en France qui est parvenue à synthétiser toutes les innovations mondiales en terme d’agriculture durable (là il nous faut un lien , d’un article, du site, etc).

Malcolm Champoussin, ici à droite de l’image en compagnie de Ghislain Nicaise, biologiste, et de Sylvie Dupuy, chargée de mission agriculture à la métropole. (crédit photo: Loris Bavaro)

Malcolm Champoussin, ici à droite de l’image en compagnie de Ghislain Nicaise, biologiste, et de Sylvie Dupuy, chargée de mission agriculture à la métropole. (crédit photo: Loris Bavaro)

« Lorsque les gens s’agglutineront dans les supermarchés, il y aura peut-être une prise de conscience »

Peut-on développer ce modèle dans les Alpes-Maritimes ?

Je pense. Il suffit d’une volonté politique pour amorcer une dynamique, car les porteurs du projet ont peur des multiples obstacles qui s’imposent à nous lorsque l’on cherche à s’installer en tant qu’agriculteurs. Le problème, c’est le prix des terres très élevé. Ce prix ne peut chuter qu’avec un plan d’urbanisme réfléchi de la part des collectivités, ce qui ferait à ce moment-là baisser de manière drastique les prix. De plus, aucune aide financière des institutions n’est prévue pour ce type d’agriculture, et les réglementations sont contraignantes.

Comment sensibiliser les gens à ce sujet ?

C’est une vaste question. De mon point de vue, je suis quelque peu pessimiste. Les initiatives personnelles vont se multiplier, c’est déjà le cas. Mais au niveau collectif, seuls des événements contraignant, comme ce qu’a connu Cuba avec son blocus, ou encore le manque de pétrole, peuvent pousser la société à emprunter cette voie. Ce n’est que lorsque les gens seront obligés de s’agglutiner au supermarché que l’électrochoc aura lieu.

La permaculture est-elle représentée dans le département ?

Non, il n’y a que quelques réels exploitants qui ont recours à la permaculture. Dans les Alpes-Maritimes, ils se comptent sur les doigts d’une main. Mais le tissu associatif est plus développé – Les jardins du loup, Les jardins partagés de Terra Segurana –, contrairement aux institutions. Ce mouvement est jeune en France, il n’a que 10 ans. ( des liens pour ces initiatives?)

Où peut-on trouver des produits issus de la permaculture ?

Il y avait un marché à l’Aréna, à Nice. Il a fermé à l’été 2014, faute de clientèle. L’effort demandé aux commerçants était trop important par rapport aux bénéfices qu’ils en tiraient. Mais on peut encore en trouver à l’ouest du département, du côté des marchés de Peymeinade, du Tignet et de Cabris, où un couple de permaculteurs vend sa production maraîchère.

« Ici, on dépense dix fois plus dans les stations de ski que dans lagriculture responsable »

La métropole NCA a-t-elle mis en place des moyens pour promouvoir la production des petits producteurs ?

La métropole a des projets d’aménagements pour soutenir l’agriculture, mais les organismes collectifs répondant aux besoins des locaux ont des moyens d’actions qui restent malheureusement trop limités. Il y a dix fois plus de budget alloué au développement touristique des stations de ski qu’aux moyens mis en œuvre pour nourrir nos enfants demain.

La permaculture est-elle un modèle viable ? Peut-on l’appliquer à grande échelle, au niveau national par exemple ?

Oui, c’est la seule voie possible. Les Cubains, à partir du blocus américain, dès lors qu’ils ont été obligés de trouver des alternatives, se sont penchés sur la permaculture. Aujourd’hui, ils sont complètement autonomes énergiquement, et en termes d’alimentation, sans aucun entrant chimique issu d’énergies fossiles ou de molécules de synthèse.

Votre rapport a-t-il servi ?

D’un point de vue personnel, oui. Mais pour l’instant, il n’y a pas eu grand chose de fait. Christian Estrosi a fait une promesse électorale pour les régionales, de faire de l’agriculture responsable une priorité. On peut toujours espérer qu’il tienne parole. Pour cela, il faudra que la région débloque des crédits.

Propos recueillis par Loris Bavaro

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