Les jeunes, victimes médiatiques de la télévision

La jeunesse est un immense réservoir à sujets pour les journalistes. Au  cours des cinq dernières années, en France, 2700 productions annuelles en moyenne dans les journaux télévisés sont consacrées à « la fleur de l’âge ». Un chiffre publié par l’Ina Stat dans « Le baromètre thématique des journaux télévisés » paru en septembre 2015.

Et si, pour une fois, on s’intéressait davantage à la manière dont les jeunes sont analysés dans les médias audiovisuels d’information ? Si la télévision s’alarme du désintérêt de la nouvelle génération à son égard, elle remet peu en question le portrait caricatural de cette juvénilité quotidiennement peint devant des millions de téléspectateurs. A l’image d’une jeunesse vue sous le prisme commun des médias d’information, de nombreuses associations se sont créées pour dénoncer une médiatisation jugée trop négative et simpliste.

Une jeunesse stigmatisée

Les jeunes attirent principalement l’attention de la télévision dans le cadre de faits divers où ils endossent le rôle des victimes et des responsables. Les jeunes apparaissent bien souvent dans des sujets liés à la délinquance juvénile, aux problèmes sociaux comme les conditions de vie précaires, et aux difficultés au sein de la famille. Peu d’images positives vantent les réussites ou actes de bravoure des jeunes, avec seulement 240 sujets identifiés en cinq ans, dont 58 en 2014, année du Prix Nobel de la Paix de Malala Yousafzai.

En 2014, les médias américains diffusent la photo d’une écolière new-yorkaise de 12 ans, arrêtée et menottée pour avoir gribouillé sur son pupitre. Crédit : Keystone

En 2014, les médias américains diffusent la photo d’une écolière new-yorkaise de 12 ans, arrêtée et menottée pour avoir gribouillé sur son pupitre. Crédit : Keystone

« Les jeunes se trouvent, la plupart du temps, stigmatisés. Seule l’image négative d’une partie de la jeunesse est médiatisée par la télévision influençant du même coup la société dans l’image qu’elle peut avoir de la jeunesse », estime Loïc Hervouet, directeur de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille de 1999 à 2005. De son côté, Maxime Drouet,  auteur d’un rapport sur « L’image des jeunes dans les médias » publié en 2001, distingue trois figures médiatiques de jeunes : les jeunes victimes ou en difficulté, les jeunes délinquants et les jeunes entreprenants. Selon lui, les seuls professionnels de la jeunesse médiatisés sont les policiers aux dépens des animateurs et éducateurs. Un traitement médiatique qui contribue à dégrader l’image de la jeunesse auprès de l’opinion publique : « La France compte des millions de jeunes, indifférenciés dans cette appellation générique de « jeunesse ». Ils n’ont pas globalement bonne réputation. Le Français moyen peste devant son poste de télévision sur ces images de violence ou de « dépravation » le plus souvent retenues. Les Français connaissent réellement des jeunes, qu’ils côtoient dans leur vie quotidienne, et qui sont divers et variés. En fin de compte, le plus souvent, ils les aiment bien. »

Au niveau international, les jeunes étrangers suscitent principalement l’intérêt des médias audiovisuels français lorsque leur pays est lié à une actualité saillante. Terrorisme, conflits, accidents mortels : les statistiques de l’INA illustrent ce traitement médiatique axé sur des sujets anxiogènes.

Ainsi, en 2014, 103 sujets de journaux télévisés ont concerné l’enlèvement des jeunes filles par Boko Haram au Nigéria et 76 étaient orientés sur la Syrie et les jeunes dans la guerre. Le conflit israélo-palestinien a également été la source de 53 productions avec l’enlèvement de trois jeunes israéliens et les représailles. Enfin, on retrouve la Corée du Sud avec l’accident du ferry qui transportait de jeunes élèves (37 sujets).

Des millions de jeunes, mais un prisme médiatique singulier qui permet de comprendre pourquoi les rapports entre la jeunesse et la société sont aujourd’hui fragilisés.

Sacha Zylinski

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