Attentat du 13 novembre : une jeunesse marquée au fer rouge

Lola, Halima, Matthias, Kheireddine… Ces noms sont ceux des jeunes assassinés pendant les attentats du 13 novembre. Des évènements qui marquent un tournant : celui d’une génération bouleversée. La plaie est profonde.

« Ils étaient la jeunesse de la France » a déclaré François Hollande aux Invalides lors de l’hommage national, le 27 novembre 2015, rendu aux victimes des attentats de Paris. Le 13 novembre s’ancre dans l’Histoire de France. Revendiqués par l’Etat Islamique, ces  crimes ont fait 130 morts et 352 blessés. Leurs principales victimes étaient des jeunes. Les personnes tuées dans les attentats avaient en moyenne 35 ans. Parmi les survivants, certains ont vu un proche mourir, d’autres sont restés scotchés devant leur télévision à attendre. Dans les deux cas, cette jeunesse est profondément marquée.

« Je ne cesserai pas de sortir ! »

Face à ces crimes, l’incompréhension est forte. La génération visée a grandi dans une France ouverte et multiculturelle. Aujourd’hui, elle le revendique : « Je ne cesserai pas de sortir ! », clame Caroline, 19 ans. Comme beaucoup d’autres, la jeune fille a utilisé un symbole républicain pour sa photo de profil Facebook en y ajoutant un filtre bleu blanc rouge. Une manière, selon elle, de rendre hommage aux victimes. Antoine n’a pas réagi de manière si épidermique. A 27 ans, le jeune homme ne veut pas participer « au culte de la peur. Ces attentats ne m’empêcheront pas d’avoir foi en l’autre », affirme-t-il. Le lundi suivant les attentats, il sera au pied de l’Hôtel de Ville de Cannes, silencieux, commémorant ces tragiques évènements, se joignant au deuil français.

La France, qui autrefois voyait de loin les drames du terrorisme se répandre ailleurs, est aujourd’hui celle à qui le monde entier rend hommage. Les attentats ont traversé les frontières et se sont attaqués à la chair du pays. Un combat idéologique sans fin : « Je ne vois pas d’issues à part la surenchère de la violence, désespère Clémence, professeure des écoles de 26 ans. Moi, tout ce que je veux, c’est construire et recréer un havre de paix quelque part pour mettre les gens que j’aime à l’abri. »

Après les attentats, Nawel, elle aussi, continue de sortir avec ses amies.  Crédit : Nawel Sahtout.

Après les attentats, Nawel, elle aussi, continue de sortir avec ses amies. 
Crédit : Nawel Sahtout.

Des idées à mener

Le manque de culture ou de connaissance des conflits actuels dans le monde mène souvent à des amalgames. Nawel, 21 ans, est une étudiante française musulmane. Bien que choquée par les évènements tragiques provoqués par Daech, elle non plus n’a pas peur : « Je ne me sens pas plus en sécurité qu’un autre Français. Les victimes du 13 novembre réunissaient différentes nationalités, dans des endroits où chacun d’entre nous aurait pu être. L’Etat Islamique frappe là où il le souhaite. Je suis autant touchée par leur cruauté qu’un catholique ou qu’un athée. » Elle ajoute fermement : « Pour moi, leur religion n’est pas la mienne, leur livre n’est pas le mien et leur prétendu dieu n’est pas le mien non plus. » Lors d’un de ses cours, son professeur lit un discours rédigé par le président de l’université. Une minute de silence suivra.

L’objectif de l’Etat Islamique est de diviser la société française. Et pourtant, on voit l’effet inverse apparaître. Ces jeunes fragilisés ont besoin de se rassembler, de se dresser pour construire un avenir commun. Si incertain soit-il.

Camille Maleysson