Étudiant entrepreneur : moteur d’une nouvelle société

Développer et commercialiser son invention, officialiser un thème de soirée ou concrétiser une idée innovante… Autant de situations que de raisons pour créer son entreprise. À 19 et 22 ans, trois jeunes hommes se sont lancés dans l’entrepreneuriat tout en étant étudiant.

Célestin de Wergifosse a 19 ans et fait des études de Bio-Ingénieur à l’UCL, en Belgique. À l’âge de 14 ans, il construit « Eco-groupe »,  une unité écologique et mobile de production d’électricité. Afin de développer et commercialiser son invention, il fonde Celever. Aujourd’hui, il jongle entre études et entrepreneuriat : « J’essaye d’allouer des périodes d’études et des périodes de projet. Je m’entoure de co-fondateurs qui continuent à faire évoluer le projet lorsque je suis dans une période d’études. »

Le manque de temps est le principal inconvénient du statut d’étudiant entrepreneur. Steven George, 22 ans, en master Management d’Événements Sportifs et Culturels à l’IAE Savoie Mont-Blanc de Chambéry, « ne peu[t] pas faire grand-chose à côté. Arriver à jongler entre les deux est déjà pour [lui] un exploit ». Avec un ami, il a transformé un thème de soirée, le beer-pong, en start-up. « Cela se présentait sous forme de tournoi autour d’un jeu ludique et fédérateur regroupant des étudiants venus s’amuser tout en représentant leur école. Au vu du succès, nous avons transposé le principe sur plusieurs villes et enchaînons les événements mois après mois. Aujourd’hui nous organisons près de huit événements par mois dans quatre villes différentes. » Une situation difficile à gérer, particulièrement lorsqu’ils organisent des soirées en semaine.

Une condition que Geoffroy Munier appréhende mieux à deux. « À mon sens, il est difficile de concilier études et entrepreneuriat si l’on souhaite mener un projet seul. Le risque est soit de délaisser les études, soit d’abandonner son projet. Avec Joël, nous nous fixons des objectifs hebdomadaires. En travaillant à deux, on se soutient mutuellement. Il faut s’organiser, se fixer des limites car l’aventure est très prenante. » Cet étudiant de 19 ans en classe préparatoire ECS (économique et commerciale option scientifique) a créé, avec un ami, Pouchat.fr. Il s’agit d’un site internet de vente de particuliers à particuliers qui propose à n’importe qui de déposer des offres d’achats.

Le statut d’étudiant entrepreneur est également une prise de risque. « En se lançant dans l’entrepreneuriat, il faut toujours accepter le risque, questionner son projet, prendre de la distance pour limiter les possibilités d’être tenu en échec. Il faut être patient, se former. Le travail de réalisation doit relever les défis posés par le travail de conceptualisation », interprète Geoffroy Munier.

 Célestin de Wergifosse lors de sa conférence Young Make Challenge le 27 octobre. (Crédit photo : Maher Sem)

Célestin de Wergifosse lors de sa conférence Young Make Challenge le 27 octobre. (Crédit photo : Maher Sem)

« Créer du changement soi-même »

Malgré les inconvénients, devenir étudiant entrepreneur reste une manière pour les jeunes citoyens d’apporter la différence qu’ils attendent. « Je pense que beaucoup de jeunes prennent de plus en plus conscience que le changement passera par eux. Ils ne comptent plus sur les grandes entreprises et les gouvernements pour en apporter. Avec ces facteurs, la dernière option est de créer le changement soi-même », analyse Célestin de Wergifosse.

Loin du cliché du jeune fainéant, Steven George dépeint une jeunesse prête à se donner les moyens de réussir. « Travailler avec d’autres étudiants entrepreneurs qui comme moi vivent à fond leur projet et l’imaginent fleurir dans un futur proche me donne l’impression que beaucoup restent optimistes pour la suite, qu’ils veulent se faire leur place. »

Constat partagé par Geoffroy Munier, qui place la jeunesse comme moteur d’une nouvelle société. « Les jeunes m’apparaissent comme les acteurs de notre société les plus soudés et pertinents face à l’avenir. Nous sommes nés avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication qui nous unissent, et grandissons dans un monde instable qui nous amène à repenser notre comportement avec les autres, de même que notre manière de consommer. Un nouveau lien social se déploie dans le temps. Les jeunes ne veulent plus agir sous le mode de la confrontation, du jeu de forces, des conflits d’intérêts, mais plutôt voir ce que le partage et l’optimisation de l’organisation des modes de vie peuvent apporter. »

Lauriane Sandrini

 

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