Exploration spatiale : les promesses de ces prochaines années

Les missions spatiales des prochaines années annoncent de nombreux événements majeurs qui vont bousculer nos connaissances du système solaire. Buzzles a rencontré Patrick Michel, planétologue à l’observatoire de Nice et directeur de recherche au CNRS. Il est responsable de l’équipe scientifique chargée de la mission spatiale MarcoPolo-R.

L’Homme qui pose un pied sur Mars : perspective rationnelle ou fiction bien entretenue par les médias ? Pour Patrick Michel, il faudra encore faire preuve de patience : « À terme, je suis persuadé que nous enverrons un être humain sur Mars », affirme-t-il, « mais pour l’instant on est loin d’en être capables ». La NASA en parle beaucoup, mais l’exploration humaine de Mars n’est donc pas encore à l’ordre du jour. Plusieurs difficultés : le voyage d’abord. Un voyage de plusieurs mois qui s’annonce difficilement supportable pour un être humain. « Ce qu’on redoute aussi c’est l’effet psychologique pour ces hommes qui verront la Terre sous la forme d’un petit point bleu, cela peut être l’objet d’un véritable choc », ajoute la planétologue. Un dernier élément pose problème selon lui : le manque de volonté politique. « À l’époque où on est allé sur la Lune, les motivations politiques étaient les principaux enjeux, il fallait planter le drapeau américain avant le drapeau russe », analyse-t-il, « aujourd’hui on n’a pas d’ennemi spatial, les priorités sont ailleurs ».

Pour les années à venir, les agences spatiales se contenteront donc d’une exploration robotique de la planète rouge. « Le Graal à l’heure actuelle, c’est un échantillon de Mars », un échantillon qui permettra aux scientifiques de mieux comprendre l’histoire de cette planète, et de savoir si elle a pu accueillir la vie. La mission américaine Mars 2020 a pour but de caractériser un endroit où il serait possible de récolter cet échantillon.

Toute l’histoire du système solaire dans de si petits astéroïdes

Huit milliards de dollars seront investis dans le JWST telescope, le télescope spatial nouvelle génération, qui remplacera d’ici 2018 le fameux Hubble. Développé par la NASA avec l’aide de l’ESA (l’Agence spatiale européenne), la mission du JSWT est très attendue par la communauté scientifique. Cet appareil détectera des exoplanètes et servira au travail sur les galaxies et les trous noirs.

Autre mission d’envergure des années à venir : la mission européenne Juice, qui sera lancée en 2022. Son objectif : explorer les lunes de Jupiter dont on soupçonne qu’elles contiennent un océan liquide en leur sein, peut-être propice à la vie.

Le télescope spatial Hubble sera bientôt remplacé par le JWST telescope. Crédit photo : ESA.

Le télescope spatial Hubble sera bientôt remplacé par le JWST telescope. Crédit photo : ESA.

D’autres missions se tourneront vers les astéroïdes. La mission MarcoPolo-R, dont Patrick Michel est l’un des responsables, a notamment pour but de tester la capacité des scientifiques à dévier un astéroïde de sa trajectoire. « C’est un enjeu majeur en terme de défense planétaire ; la collision d’un astéroïde avec la Terre est l’un des seuls risques naturels que l’on peut prédire et éviter», explique le planétologue. Cette collaboration de la NASA et de l’ESA est actuellement en première phase d’étude. Si elle est validée, elle devrait être lancée en 2020. MarcoPolo-R présente également un enjeu technique : pour la première fois, les scientifiques utiliseront un laser pour envoyer les données du satellite vers la Terre. Une première qui permettra d’augmenter la quantité de données reçues, ainsi que le débit auquel elles seront envoyées.

La meilleure compréhension des astéroïdes joue un rôle primordial dans l’exploration spatiale de ces futures années : « Si on comprend de quoi sont faits les astéroïdes, on peut comprendre toute l’histoire du système solaire », s’enthousiasme Patrick Michel, « ils sont le meilleur traceur de la formation planétaire. » D’autres missions comme Osiris-Rex (NASA) et Hayabusa 2 (au Japon), ont notamment pour but de ramener un échantillon d’astéroïde riche en matière organique. Des missions qui permettraient peut-être de prouver que ce sont les astéroïdes qui ont apporté le vivant sur Terre lors de sa formation : « On sait qu’il y a eu beaucoup de chutes d’astéroïdes quand la Terre s’est formée, et qu’ils contiennent de la matière organique à l’origine du vivant, on peut donc penser que ce sont ces corps qui ont amené la vie sur Terre », avance le scientifique. Les missions qui se concentreront sur les astéroïdes annoncent de nombreuses avancées dans nos connaissances de l’espace, mais aussi de notre planète.

Emilie Unternehr

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