Les hackers labs, espaces technologiques et alternatives à la pénurie des ressources 

En janvier, les membres du Nice lab mettront à disposition, presque gratuitement, des instruments technologiques. Imprimantes 3D, machine CNC, chacun sera libre d’utiliser ces ressources pour créer ses propres outils et objets.

L'imprimante 3D a été construite grâce à des fichiers en accès libre qui permettent de réduire significativement les coûts. (Crédit photo : Guillaume Soudat).

L’imprimante 3D a été construite grâce à des fichiers en accès libre qui permettent de réduire significativement les coûts. (Crédit photo : Guillaume Soudat).

Le Nice lab  n’est pas encore installé, mais ses créateurs voient les choses en grand. Laboratoire pour les bricoleurs de tous bords, le Nice lab mettra à disposition de nombreux outils, à l’instar d’imprimantes 3D. Avec en trame de fond, l’épuisement des matières premières.

Sur une colline au-dessus de Riquier, le Nice lab construit, peu à peu, son futur. Les membres de l’association à l’origine du projet ont dû mettre leur fer à souder de côté et agripper scies et perceuses pour aménager les locaux de leur hackerspace. D’ici janvier, l’espace mettra à disposition des instruments de pointe, comme des imprimantes 3D. Les férus de technologies et de bidouillage – ils sont une dizaine aujourd’hui – pourront y accéder librement, à condition de payer la cotisation de 9€ par mois.

Parmi les trois salles du local, l’une d’elles contient quelques bancs d’école. « Il y a deux objectifs : offrir des outils et éduquer [au maniement des machines] », détaille Bertrand Lecervoisier, le trésorier du hackerspace. L’homme de 45 ans a construit lui-même l’imprimante 3D qui se tient discrètement dans la salle « détente ». Grâce à des ressources en accès libre, il l’a réalisée pour 600€. Lorsque le brevet était encore actif, elle coûtait près de 5 000€. Les creative commons font partie de l’identité des hacklabs. « Le brevet a bloqué les innovations. On est partisan de la copie, ce n’est pas un mal. » En rendant accessibles des outils à tous, chacun est libre de créer les technologies de demain. « À condition qu’elles soient aussi en accès libre », précise Bertrand, qui a encore trois imprimantes « en cours de finition ». En faisant fondre des fils de plastique, la machine permet de créer la forme désirée. « Je vais en faire une table basse ! », clame fièrement Bertrand. Il tient une plaque d’une trentaine de centimètres parsemée de motifs qui rappellent les cellules des ruches. « On veut offrir des outils à nos membres pour qu’ils en fassent ce qu’ils veulent », assure-t-il.

La pièce réservée au futur laboratoire. (Crédit photo : Guillaume Soudat) 

La pièce réservée au futur laboratoire. (Crédit photo : Guillaume Soudat)

La dernière salle est réservée au laboratoire. Des plans de travail occupent l’espace. Une machine CNC (computer numerical control, machine à commande numérique) est posée sur l’un d’eux. « Contrairement à l’imprimante 3D, elle enlève la matière d’un objet. Ça permet de graver des circuits imprimés, par exemple », poursuit le trésorier en désignant une plaque de cuivre. Ainsi les membres du Nice lab peuvent créer leurs propres pièces et réparer leurs machines, « le but [étant] d’être autonome ».

Vers un épuisement des matières premières

Ce désir est motivé par l’un des constats de Bertrand. Selon lui, « on va vers une crise de développement liée à la surconsommation des ressources ». Ce n’est pas la raison qui a conduit à la création du hackerspace, mais elle fait quand même partie de l’identité du lieu. Le constat est partagé « par la majorité des membres ». Les réserves de cuivre et d’or, essentielles, entre autres, à la fabrication des circuits imprimés, s’amenuisent. Les prix connaîtront l’évolution inverse. Bertrand désigne une dizaine d’écrans d’ordinateurs alignés sur une étagère du laboratoire : « Pour nous, l’avenir c’est un retour vers une économie plus locale, c’est pour ça qu’on fait énormément de récup’ », affirme-t-il.

Quant à la consommation d’énergie, Bertrand a des étoiles dans les yeux et des projets plein la tête. Le disjoncteur n’est pas fini, les fils électriques pendent aux plafonds. Mais le féru de technologie sait quoi faire : « On aura notre propre système de lumière. L’éclairage sera écologique, durable mais puissant. » Les vieux radiateurs qui tiennent encore aux murs seront remplacés par un concept un peu obscur de « chauff’air ». Bertrand perd les esprits ingénus dans ses explications. Mais peu importe : il sait parfaitement où il va avec le Nice lab.

Guillaume Soudat

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