Instagramers, photographes influents

Racheté en 2012 par Facebook pour 747 millions de dollars, Instagram dépasse désormais les 300 millions d’utilisateurs actifs, soit plus que Twitter. Un engouement qui attise l’interêt des annonceurs, qui n’hésitent plus à collaborer avec ces nouveaux e-influencers, surnommés « instagramers ». Zoom sur ces nouveaux photographes, mi-artistes, mi-publicitaires.

Olivia Thébaut (@oliviathebaut), 320 000 abonnés : « Comme tout le monde, j’ai commencé à poster des photos de mon quotidien. »

Dans la galerie d’Olivia Thébaut, une marque apparaît parfois au premier plan d’un paysage. C’est le cas pour ce porte-feuille en haut à droite. Crédit : Instagram d’@oliviathebaut.

Dans la galerie d’Olivia Thébaut, une marque apparaît parfois au premier plan d’un paysage. C’est le cas pour ce porte-feuille en haut à droite. Crédit : Instagram d’@oliviathebaut.

Elle s’est inscrite sur Instagram par curiosité, en 2011. Aujourd’hui, elle fait partie des instagramers français les plus influents. Designer de formation, Olivia Thébaut s’est rapidement prise au jeu de cette application, qu’elle voyait « comme un petit exercice créatif quotidien. » Elle se souvient des débuts : « Comme tout le monde, j’ai commencé à poster des photos de mon quotidien. Mon nombre de followers a augmenté progressivement jusqu’à ce que les annonceurs commencent à s’intéresser à moi. J’ai mis un moment pour réaliser ce qui se passait. »

Jusqu’à l’été 2015, la jeune femme prenait ses photos à l’iPhone. Aujourd’hui, elle est sponsorisée par Nikon et utilise un reflex plein format, un D750. Un matériel de professionnel, pour une activité à temps plein. « Instagram m’offre de belles opportunités professionnelles mais ce n’est pas mon unique source de revenus, je continue à exercer mon métier de directrice artistique et designer. » Désormais, Olivia Thébaut est sollicitée tous les jours pour différents types de projets : « Je ne sélectionne que ceux qui m’intéressent vraiment et qui me correspondent ». Pas question pour la jeune femme de trahir son style pour une marque : « Mes followers sont conscients de voir de la publicité de temps en temps, mais je pense que cela ne pose pas de problème tant que le contenu correspond à ce qu’ils aiment voir sur ma galerie. »

François Dourlen (@françoisdourlen), 93 000 abonnés) : « Je n’ai jamais fait des photos ou de la musique pour l’argent. »

Certains de ses clichés ont fait le tour des médias, partout dans le monde. La mise en scène est toujours la même, encore faut-il trouver les idées. Crédit : Instagram de @françoisdourlen.

Certains de ses clichés ont fait le tour des médias, partout dans le monde. La mise en scène est toujours la même, encore faut-il trouver les idées. Crédit : Instagram de @françoisdourlen.

C’est pour amuser ses amis que ce professeur d’histoire a réalisé ses premières incrustations à l’iPhone. Observant les réactions amusées sur Facebook, François Dourlen comprend qu’il tient un concept original pour exprimer sa créativité. « Je me promène tout simplement et j’attends que l’idée vienne », explique-t-il. « Quand je passe devant quelque chose qui me fait penser à une scène de dessin animé, d’un film, je prends la photo. » Pour cela, il n’a besoin que d’un iPhone et d’un reflex Canon, « Un 7D pendant longtemps, un 5D MKIII aujourd’hui », précise le photographe atypique.

Aujourd’hui, il travaille en collaboration avec Canal Plus, Playstation, Disney, Marvel ou encore Netflix : «  Je me définirais comme quelqu’un de créatif. Je suis publicitaire malgré moi. Je fais de la pub pour iPhone alors que c’est simplement mon téléphone. Ceci dit, la publicité est un milieu qui m’a toujours passionné et que j’ai toujours eu envie de dépoussiérer », explique François Dourlen. Comme pour ses collègues instagrameurs, il ne souhaite pas s’épancher sur le montant des cachets : « Je me suis rendu compte que c’est très tabou en France. Aux USA ou ailleurs, pas du tout. J’essaie de ne pas trop en parler et de toute façon je n’ai jamais fait des photos ou de la musique pour l’argent ».

Aliocha Boi (@aliochaboi), 70 000 abonnés : « Une nouvelle approche esthétique pour les marques. » 

Il photographie souvent la nuit et utilise la pose longue pour obtenir des traînées de phares façon générique d’House of Cards. Crédit : Instagram d’@aliochaboi.

Il photographie souvent la nuit et utilise la pose longue pour obtenir des traînées de phares façon générique d’House of Cards. Crédit : Instagram d’@aliochaboi.

Il est community manager et poursuit son master en communication. Mais c’est sur Instagram qu’il s’exprime le mieux. Avec son Nikon D750, il parcours les grandes villes à la recherche de l’image inédite. De nuit, il y réalise des photos en pose longue, laissant deviner les traînées de phares de voitures devant les plus beaux monuments. C’est par hasard qu’il s’est lui aussi inscrit sur le réseau social : « J’ai été suggéré à deux reprises par Instagram et c’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à faire des photos sérieusement, en ayant conscience d’avoir un public qui a certaines attentes. »

Aliocha Boi continue de voir Instagram comme un loisir, mais est conscient des nouveaux enjeux commerciaux qui émergent du réseau social. Ces nouveaux e-influencers sont très convoités par les annonceurs. « Nos photos apportent de la visibilité aux marques et une nouvelle approche esthétique de leurs produits », confirme le jeune photographe. Pour lui, il est surtout important de ne pas mentir aux followers, « en essayant de cacher un partenariat ». « D’ailleurs cela n’a aucun intérêt », analyse-t-il. « Lorsqu’il y a une logique publicitaire derrière une photo, je pense que cela se voit assez rapidement. » 


Nicolas Faure 

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