Mein Kampf à nouveau dans les librairies

Incroyable mais vrai : Mein Kampf d’Hitler est à nouveau édité. Le tristement célèbre livre du dictateur allemand est disponible chez les libraires depuis le 11 janvier. La publication est prise en charge en Allemagne par l’Institut d’histoire contemporaine de Munich (Institut für Zukunft, IFZ).

L’ouvrage qui a précédé l’un des plus grands massacres au monde réédité. Mein Kampf (Mon Combat) d’Adolf Hitler est réapparu le 11 janvier 2016 dans les librairies. Le livre épais de 688 pages explique l’idéologie du nazisme dans tous ses détails, et les prémices de l’antisémitisme mis en place pendant la seconde guerre mondiale. 70 après la mort du dictateur, les droits d’auteurs détenus par l’Etat régional de Bavière – sa terre natale – tombent dans le domaine public : ils sont désormais exploitables puisqu’ils ne sont plus interdits par la loi.

Cet ouvrage, écrit pendant la période d’emprisonnement d’Hitler entre 1924 et 1925, a eu d’abord un faible succès pour connaitre dans les années suivantes un triomphe. À peine 23 000 exemplaires sont vendus lors de ses premières années de parution. C’est uniquement lorsque Hitler accède au poste de chancelier en 1933, que Mein Kampf connait un succès sans précédent : au cours de cette seule année 900 000 exemplaires ont été vendus. Malgré son interdiction depuis 1945, on estime à 12 millions  le nombre de copies vendues depuis sa parution.

En 2015, quelques mois avant que Mein Kampf ne tombe dans le domaine public, l’Institut d’histoire contemporaine de Munich avait exprimé son intérêt pour la publication de ce livre controversé. Selon le directeur adjoint de l’institut, Magnus Brechtken, leur objectif est essentiellement pédagogique. Il explique : « Notre but est d’accompagner chacune des pages originelles de commentaires et dexplications ». Chose faite puisque le livre comprend désormais 1948 pages, dans lequel s’entremêlent paroles critiques d’historiens et discours originel d’Hitler. Avant cela, le livre ne pouvait qu’être édité et vendu dans des cas exceptionnels comme par exemple pour son étude dans l’enseignement supérieur.

Un ouvrage controversé

En 2010 l’Allemagne comptait environ 5 600 militants néo-nazis ainsi que 25 000 sympathisants. Ces chiffres sont d’autant plus marquants qu’ils semblent en croissance constante. Pour certains, la réapparition de Mein Kampf viendrait favoriser  les idées antisémites du dictateur. Ainsi, les réactions au sein de la communauté juive allemande vont bon train : Josef Schuster, président du conseil central des juifs d’Allemagne souligne malgré tout que « les connaissances sur « Mein Kampf » demeurent importantes pour expliquer la Shoah » même s’il redoute que cet « ouvrage minable se retrouve davantage sur le marché ».

Pour Isabelle Davion, maître de conférence à la Sorbonne, et spécialisée en Histoire contemporaine du monde germanique du XIXe au XXIe, « nous ne sommes pas dans un contexte propice à la réflexion, mais cest fondamental de le démystifier ». Pour beaucoup d’historiens et d’intellectuels, interdire sa publication en version commentée ne saurait être efficace : à une époque ultra connectée, un lecteur lambda pourrait facilement se le procurer en ligne, dans sa version originale.

En France, c’est l’éditeur Fayard qui s’empare des droits afin de le publier dès janvier. En décembre sur Europe 1, Sophie de Closets, présidente de la maison d’édition, indiquait que sa société «  ne conservera aucun bénéfice » de la vente de cet ouvrage. Pourtant, si la réédition était interdite en Allemagne, l’ouvrage pouvait être déniché dans l’hexagone. En effet, une décision de la Cour d’appel de Paris, en 1979 soulignait que le livre ne pouvait pas être exposé en vitrine et devait comporter un avertissement de huit pages mettant en garde le lecteur de sa contribution à « la renaissance de la haine raciale ». Pour Mme Davion, « les discussions en France sur Mein Kampf ne portent pas sur le passé, contrairement à l’Allemagne. La polémique est nourrie suite au renouveau de l’antisémitisme en France. Ce n’est pas notre passé qui est en jeu, c’est le contexte actuel ».

 

Julie dos Santos

Virginie Ziliani

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