Le nouveau commerce du livre à Cannes

Ces dernières années, 39 librairies ont fermé dans la région PACA selon un rapport de l’Agence Régionale du Livre . La ville de Cannes est particulièrement touchée par ce déclin. Étude des nouvelles possibilités d’achat pour les lecteurs.

La librairie Rossignol est l’une des dernières librairies encore en activité à Cannes. Ouverte seulement sur rendez-vous, elle vise un public de collectionneurs. Selon M. Rossignol, le gérant, « les librairies anciennes ferment car il n’y a plus assez de clientèle. Pourtant, les touristes ou les Cannois eux-mêmes s’étonnent de ne plus trouver de librairies dans une ville qui se veut centrée sur la culture ». L’achat de livres s’effectue désormais par le biais d’autres réseaux.

Les grandes enseignes, leaders sur le marché du livre

L’achat de livres sur internet est devenu un réflexe pour de nombreux consommateurs. Florence, lectrice assidue, en est l’exemple type : « Moi c’est systématiquement internet, c’est Amazon à 200%. ». L’e-commerçant américain est le site marchand le plus fréquenté en France. Il capte 70% de la vente en ligne d’ouvrages imprimés en France et a enregistré un chiffre d’affaire compris entre 475 et 500 millions d’euros sur ce même marché selon l’Institut d’études économiques. Pourtant, certains lecteurs préfèrent se tourner vers la Fnac, dernière enseigne sur le marché du livre à Cannes.

Pour Julie, abonnée à la médiathèque de Noailles, la Fnac est un choix qui s’impose à elle : « Je vais acheter mes livres à la Fnac de Cannes mais pas par internet car j’aime pouvoir les feuilleter […] le choix et le service ne sont pas terribles mais j’y vais plus ou moins par dépit ». Un employé certifie que l’établissement cannois a profité de la fermeture des librairies en « grignotant petit à petit leurs parts de marché ». Aujourd’hui, la Fnac exerce une sorte de monopole à Cannes, les librairies les plus proches se situant à Antibes. Le mécontentement des consommateurs vis-à-vis de ces grandes enseignes en pousse certains à se diriger vers d’autres structures.

Les brocanteurs, nouveaux libraires

Aux marchés de Forville et de Cannes-la Bocca, on trouve des stands uniquement réservés aux livres d’occasion. Les livres en vente trouvent facilement preneur, le bas prix de la marchandise attirant la clientèle. D’après un brocanteur, cela s’explique en partie par une conjoncture économique défavorable diminuant le pouvoir d’achat des ménages : « Les gens continuent à lire, c’est plutôt une question de prix. Les gens mettent moins d’argent dans un livre. Avant ils mettaient 50€ dans un livre de collection, maintenant ils vont mettre 10€ ou 15€. » Il affirme avoir développé des stratégies de vente : « J’ai une vingtaine de clients qui vient régulièrement, j’adapte mon étalage en fonction d’eux. Un livre de collection à 100€, je le leur fais à 50€ et je sais qu’ils repartent avec ».

Un stand de livres au marché de Cannes (2)

Un stand de livres au marché de Forville à Cannes (Photo : Margot Desmas)

Christine est une habituée de ces marchés : « Je vais souvent au marché de la Bocca pour voir ce que les bouquinistes proposent. Ils vident les bibliothèques particulières et ils mettent tout à 1€ et à ce prix, on peut avoir de beaux ouvrages en parfait état. Il y a des livres qu’on ne trouverait pas ailleurs puisqu’ils sont souvent anciens. ». Le succès que connaissent ces brocantes révèle l’existence d’un marché de seconde main qui offre une alternative au lecteur cannois. À Cannes, les librairies ferment mais, heureusement pour les lecteurs, les livres résistent.

Margot Desmas

Maïlis Rey-Bethbeder

Publicités