Rencontre avec Hiroo Mochizuki, le fondateur du Yoseikan Budo #1/2

Maître Hiroo Mochizuki, le fondateur du Yoseikan Budo enseigne toujours son art martial à Salon-de-Provence.

Hiroo Mochizuki devant son dojo à Salon de Provence

Hiroo Mochizuki devant son dojo à Salon-de-Provence. (Crédit photo : Elsa Hellemans)

 

Hiroo Mochizuki, descendant d’une lignée de samouraïs et fondateur du Yoseikan Budo, fête bientôt ses quatre-vingts ans. Dans son modeste dojo de Salon-de-Provence il s’exerce avec un de ses fils et sous l’œil intrigué de son petit-fils. Sa petite taille ne l’a pas empêché de devenir un grand maître. Son corps robuste et ses gestes assurés lui donnent une allure vigoureuse. Rien de son visage ni de son corps ne laisse deviner son âge hormis ses épais cheveux blancs. Souriant et le regard malicieux, le sensei (maître, ndlr) accueille toujours ses visiteurs avec simplicité. Il cherche ses mots et utilise un langage imagé pour raconter avec ravissement et humour les années de pratique qui l’ont amené à fonder le Yoseikan Budo en 1975.

À son âge « il s’entraîne deux fois par semaine, donne trois cours dune heure et demi et fait des stages presque tous les week-ends », explique Stéphanie Mochizuki, responsable de la Commission Nationale de Yoseikan Budo . Violaine, professeur de fitness, est stupéfaite par l’état de santé du maître « Normalement on a beaucoup de séquelles quand on pratique autant, cest inhumain, il doit avoir un secret ! ».

Un maître novateur

C’est un peu par hasard qu’Hiroo Mochizuki découvre « le geste de fouet du cowboy », le mouvement ondulatoire fondamental du Yoseikan Budo. « C’est un coup de chance car les anciens maîtres de Chine et du Japon nont pas eu cette opportunité. » Plus qu’une simple combinaison d’arts martiaux, le maître veut développer un « langage avec le corps », une discipline à part entière qui utilise l’ondulation comme fil conducteur. À travers cette évolution il aspire à « la recherche dune pratique respectueuse du corps, la prise en compte de lanatomie, de la physiologie et de la biomécanique ». Contrairement « aux systèmes traditionnalistes qui nuisent à la santé. Il faut absolument changer ce mode de pensée pour arrêter de se blesser et de blesser les autres. L’être humain est fait pour progresser, lhumanité doit apprendre lentente et le vivre ensemble. Mais il reste beaucoup de travail à faire ».  Sabrina, pratiquante de 35 ans, témoigne « C’est un art accessible à tous, qui allie laspect physique du Karaté à la souplesse de l’Aïkido ». Une approche essentielle pour Kyoshi, fils cadet du maître « Le fait que mon père puisse toujours donner des cours et que mon grand-père faisait des démonstrations contre 3 adversaires à 85 ans prouve bien quune pratique raisonnée est plus saine pour le corps ».

« Je nai pas de secret »

Sa grande forme physique il la doit à « une chance de la vie ». Il recommande simplement de « ne pas trop en faire mais ce nest pas nous qui décidons, cest la nature. Cest ma femme qui fait attention, pas moi ! ». Tous décrivent le fondateur comme une personne abordable, faisant preuve d’une grande modestie et d’un profond humanisme. « Les gens attendent toujours lanecdote du maître, toujours porteuse dune morale teintée d’humour » nous raconte Stéphanie, « il préfère les clubs chaleureux où tout le monde boit un coup ensemble après les cours ». Ce que confirme Jean-Pierre, professeur de Yoseikan à Ventabren (Bouches du Rhône) « il est très accessible, toujours présent pour s’entraîner et donner de son temps ». Sabrina quant à elle se dit « admirative » du sensei avec qui elle a eu la chance de pratiquer le temps d’un cours. « Il ma appris comment rester maître de soi et de ses émotions, mais surtout que tout est possible quand on sen donne les moyens. »

Hiroo Mochizuki est donc avant tout un homme simple et généreux, digne du titre de Soké (gardien, ndlr) du Yoseikan Budo que lui avait remis son père. « Le respect cest la base de la société de l’avenir » conclut le maître, « sans ça il ny aura pas de paix ».

Le Yoseikan Budo, « un laboratoire de recherche »

Hiroo Mochizuki pratique les arts martiaux dès son plus jeune âge avec son père Minoru Mochizuki, petit-fils du dernier descendant d’une lignée de samouraïs. Minoru est l’élève de nombreux grands maîtres, fondateurs de célèbres disciplines dont le judo de Jigoro Kano, l’aïkido de Morihei Ueshiba et le karaté shotokan de Gichin Funakoshi. Dans les années soixante, son fils Hiroo quitte le Japon sur sa demande et s’installe en France où il enseigne l’aïkido et le karaté wado-ryu. À cette période il contribue largement à la diffusion de cet art martial en Europe puisqu’il participe à la création de la Fédération française de karaté en 1964.

Explication du mouvement ondulatoire par Hiroo Mochizuki :

C’est à ce moment qu’il découvre la boxe française, nouvelle influence qu’il inclut dans sa pratique du Yoseikan Budo. « Mon père a toujours parlé du Yoseikan comme un laboratoire de recherche », confie son fils aîné. Cette fusion de plusieurs disciplines en une seule et la flexibilité de ses techniques en font un art martial riche et moderne. Ce qui permet à chaque pratiquant d’évoluer entre projections, immobilisations au sol, clés articulaires, armes etc. tout en respectant son corps et celui de son partenaire.

Maxime Bonnet

Elsa Hellemans

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