[FIPA] Déracinées en otra casa

La réalisatrice Vanessa Rousselot signe En otra casa, un documentaire pudique et sensible sur le déracinement.

Elles sont l’âme fugitive qui habite la maison. Des années durant, ces femmes quittent leur famille restée en Amérique latine pour les foyers de Madrid. Un choix, mais contraint par la nécessité de subvenir aux besoins de leurs proches. Elles tressent les cheveux des petites têtes blondes de la famille, plient le linge, préparent à dîner. Plus que des femmes à tout faire, elles font des enfants des autres leurs propres bambins. « Ses enfants sont mes enfants », ressent l’une d’elles. Si pour certaines la relation devient filiale, pour d’autres, la photo de famille sonne faux. Au brushing et au tailleur de la patronne contraste l’uniforme et le chignon de la femme d’entretien.

La justesse de la distance

La caméra filme le déracinement avec pudeur. Une distance de sécurité pour préserver la sensibilité des histoires et instants de vie singuliers de ces femmes. Pas de gros plan sur la larme du manque et de l’absence, mais sur l’ombre projetée au mur de la main qui l’essuie. Ces femmes ont la parole pudique. C’est le prêtre qui expose, lors d’une messe, les affres de leur quotidien. L’appel qui annonce la mort d’un frère dans un accident de la route, l’envoi d’une somme d’argent à un mari infidèle, la tyrannie d’une patronne. La négation, aussi, des sacrifices faits. Le désintérêt des proches, lors du retour au Paraguay, qui préfèrent l’argent à la présence, quitte à payer le prix d’un nouvel éloignement. Elles sont l’âme fugitive qui habite la maison. Mais laquelle ?

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Alice Gobaud

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