Cinq questions pour comprendre ce que sont les barrières anti-fraude de la SNCF

Lundi 11 janvier, la SNCF a installé des dispositifs pour faire face à ses fraudeurs. Des portes d’embarquement ont été installées à l’entrée des quais, empêchant leur accès aux personnes sans titre de transport. Pour bien comprendre le fonctionnement de ce système, nous avons questionné des professionnels ainsi que des usagers, directement concernés par ce changement. Retour sur ces portiques en 5 questions…

Portiques anti-fraude Marseille Saint-Charles (2)

Depuis le 11 janvier, les voyageurs doivent passer un portique anti-fraude pour accéder aux quais (crédit photo : Thomas Woloch)

Qu’est-ce que c’est ?

Ce dispositif a été mis en place pour lutter contre la fraude. Un système composé de portes, de caméras à haute résolution et d’un scanner. Quatre constructeurs sont en concurrence pour remporter un contrat définitif avec la SNCF : Xerox, Thales, IER et Scheidt & Bachmann.  La SNCF en choisira un, d’ici trois mois, pour équiper quinze gares fin 2017.

Des agents entourent le dispositif pour aider les usagers en cas de problème. Cela permet de consacrer plus de temps aux personnes âgées et aux personnes qui en ont besoin, tout ceci dans l’optique d’améliorer le confort du voyageur.

Combien ça coûte ?

Chaque année, la fraude coûte 300 millions d’euros à la SNCF. Un chiffre qui représente un gros manque à gagner pour la compagnie ferroviaire. Pour faire face aux fraudeurs, la SNCF n’a pas eu d’autre choix que de mettre en place des portiques pour réglementer l’accès aux quais. Pour ce dispositif test en gare de Montparnasse et de Marseille Saint-Charles , la société de transport a déjà dépensé deux millions d’euros. On peut donc se demander quel sera le coût total de ce système une fois qu’il sera installé sur tous les quais de France : « Est-ce que cela ne va pas coûter trop cher pour ce que ça va ramener » déclare une voyageuse.

Est-ce efficace ?

Les barrières anti-fraude sont dotées de capacités proches de celles d’un ordinateur. Elles ont des caméras et des scanners d’une très grande complexité.  Mais ces barrières ne sont pas infaillibles. Selon Nicolas, chef de projet chez Scheidt & Bachmann « Le gel, la pluie et une panne de courant peuvent perturber le système. Un pirate informatique peut aussi s’introduire dans le serveur interne de la machine, mais cela demanderait des efforts conséquents pour un simple billet de train ».

Vers plus de sécurité dans le train ?

« Cela n’apporte pas plus de sécurité. Rien ne m’empêche d’avoir ce que je veux dans ma valise. » Qui dit barrières anti-fraude, dit-il plus de sécurité dans le train ? C’est ce que pense une partie des usagers qui voit avant tout ces portes d’embarquement comme une protection contre le terrorisme. « Je pense que c’est un dispositif installé pour permettre davantage de sécurité suite aux attentats. », confie un adolescent. Pour Christophe Gilles, responsable d’agents, il s’agit d’un « amalgame » des usagers, qui suite aux évènements récents, ont pensé que la SNCF avait pris des dispositions anti-attentat : « Rien n’empêche par la suite, de créer des détecteurs tournés vers la détection de matériaux pour mieux prévenir le terrorisme ». Des barrières améliorant la sécurité ont été mises en place suite à l’attaque du Thalys en août 2015, mais ces portiques sont à dissocier des portiques anti-fraude.

Et les retards ?

Les portiques changent les habitudes des usagers. Grâce à ces barrières, plus besoin de sortir son billet lorsque le contrôleur le demande. Il faut simplement le passer sous un scanner qui analyse le code de réservation. Si, selon la SNCF, il faut deux secondes pour passer, en pratique ce n’est pas encore le cas. La machine peut avoir du mal à déchiffrer le code, contraignant ainsi le voyageur à refaire la manipulation. Cela peut retarder le voyageur : « Je suis un peu négatif, cela va créer des embouteillages », avoue un utilisateur. D’autres pensent que c’est aux usagers de s’adapter : « Quand il y a des portiques, on le prévoit. Il faudrait juste arriver plus tôt. On va s’habituer et il faut que le système se généralise à toutes les gares ». Ce sont les personnes âgées qui ont plus de difficulté car ce dispositif est tout nouveau comme l’explique un agent de la SNCF : « Les personnes d’un certain âge ont plus de difficulté mais sinon la plupart des gens ont l’habitude de scanner ». Si vous prenez un TGV et que le quai dispose de ce genre de portiques, il vous faudra donc arriver 20 minutes avant le départ du train pour avoir l’esprit tranquille.

Les nouveaux portiques anti-fraude ne font donc pas l’unanimité chez les usagers, qui sont divisés quant à l’efficacité de ces portes d’embarquement. Il faudra attendre la fin de la période de test, dans trois mois, pour avoir les premiers bilans. Ce qui est sûr, c’est que l’accès aux quais en fera des nostalgiques. Jusqu’ici il était toléré pour les accompagnateurs, il sera maintenant interdit. Pour les plus romantiques, c’est la fin des éternelles embrassades avant le départ du train. « C’est frustrant de pas pouvoir dire au revoir sur le quai. J’y penserai la prochaine fois que j’amènerai ma copine pour prendre le train. » Maintenant, il faudra donc se quitter devant les portiques anti-fraude. On peut rêver mieux comme adieux.

Laure Le Fur

Thomas Woloch

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