Retour sur la crise politique au Portugal

Le Portugal connait depuis quelques mois une crise politique sans précédent. Les élections législatives d’octobre 2015 ont été remportées par la droite mais c’est la gauche qui gouverne désormais le pays. La stabilité politique est encore plus incertaine maintenant que le candidat de droite a remporté les élections présidentielles. 

Depuis le 4 octobre dernier, date des élections législatives, le Portugal connait une véritable crise politique. Les 230 sièges à pourvoir au parlement sont en effet réservés aux partis qui arrivent en tête, et à l’issue du dernier scrutin législatif, la coalition de droite Portugal en avant a remporté 37% des voix devenant ainsi le grand gagnant. Cette victoire apparait comme exceptionnelle pour une droite qui mène depuis 2012 une politique d’austérité. Le Parti socialiste est quant à lui arrivé en deuxième position avec 32% des voix, suivi par le Bloc de gauche avec 10% des voix, la Coalition démocratique unitaire avec 8% des voix et finalement le Parti pour les animaux avec 1,39% des voix.

Pedro Passos Coelho, tête de liste de Portugal en avant, conserve alors le poste de Premier ministre. Le 23 octobre, le président de la République, Cavaco Silva, lui demande de former son nouveau gouvernement. Une décision immédiatement contestée par Antonio Costa, chef du parti socialiste. Ce dernier dénonce une fausse victoire de la droite, arguant que l’ensemble des partis de gauche ont obtenu plus de voix que Portugal en avant.

Des législatives à gauche

De manière à freiner la mise en place d’un gouvernement de droite, des négociations ont débuté entre les différents partis de la gauche pour former, à leur tour, une coalition. Celle-ci détient désormais plus de votes que la liste de Pedro Passos Coelho et obtient même la majorité absolue avec environ 50,75% des voix. Elle n’est cependant pas légitime aux yeux de nombreuses personnalités politiques portugaises, principalement Cavaco Silva qui lui interdit de former un gouvernement.

Une prohibition qui ne fera que retarder l’échéance. Le 6 novembre la coalition de gauche annonce être prête à diriger le pays. Il ne faudra que quelques jours pour qu’une motion de censure contre le nouveau gouvernement de Pedro Passo Coelho soit adoptée au parlement, majoritairement à gauche. Le président Cavaco Silva se voit forcé d’accepter sa défaite et nomme le 24 novembre Antonio Costa, dirigeant de la coalition de gauche, Premier ministre du Portugal.

C’est une coalition assez hétérogène qui gouverne désormais le Portugal. On y retrouve différentes mouvances de la gauche comme les socialistes (PS), la gauche radicale (BE), les communistes (CDU) ou encore les écologistes.

Des élections présidentielles à droite

Trois mois après des élections législatives qui ont chamboulé le pays, plus de neuf millions de Portugais ont été appelés à choisir un nouveau président le dimanche 24 janvier. C’est la neuvième présidentielle depuis la révolution de 1974.

Après des élections législatives assez controversées en octobre 2015, le dimanche 24 Janvier, les portugais ont été invités aux urnes pour élire leur nouveau président. L’actuel chef d’état Anibal Cavaco Silva (PSD), en fonction depuis 2006, est constitutionnellement dans l’incapacité de postuler pour un troisième mandat.

Le choix s’est fait entre dix candidats : Maria de Belém (Parti socialiste), Vitorino Silva (indépendant), Cândido Ferreira (indépendant), Marisa Matias (Bloc de gauche), Jorge Sequeira (independant), Henrique Neto (indépendant), Edgar Silva (Parti communiste), Marcelo Rebelo de Sousa (Parti social démocrate), António Sampaio da Novoa (indépendant mais à gauche), et Paulo de Morais (indépendant).

Une liste exhaustive qui peut se réduire à deux principaux candidats : Sampaio da Novoa (indépendantiste mais à gauche) et Marcelo Rebelo de Sousa (PSD). Un sondage réalisé le 15 Janvier par le journal portugais Expresso donnait le candidat de la droite grand vainqueur avec 54,8% des intentions de vote lors du premier tour. Dimanche 24 au soir, les résultats sont tombés et ont validé les sondages : Marcelo Rebelo de Sousa remporte les élections avec 52% des voix.

 

Marcelo Rebelo de Sousa

Marcelo Rebelo de Sousa, nouveau président de la république portugaise, à un meeting lors de sa campagne. (Crédit : DR)

 

Un nouvel épisode dans la crise politique ? 

Marcelo Rebelo de Sousa, 67 ans, ancien professeur de droit à l’Université Catholique de Lisbonne et ancien journaliste est désormais le nouveau président du Portugal. Il sera ainsi amené à coopérer avec un Premier ministre et un gouvernement de gauche. Le soir de sa victoire Marcelo Rebelo de Sousa a annoncé qu’il ferait le nécessaire pour unir un pays divisé et affirmer sa loyauté auprès d’Antonio Costa, Premier ministre élu en octobre dernier. Le chef d’Etat a également souhaité légitimer sa victoire : « c’est le peuple qui commande et c’est le peuple qui m’a élu. »

Mercredi 27, alors que la gauche et la droite coopèrent ensemble depuis quelques jours, la commission Européenne vient d’annoncer qu’elle n’accepterait pas le budget voté pour 2016. Bruxelles a fait part de ses « doutes » vis-à-vis des moyens financiers présentés par le nouveau gouvernement. Une première épreuve pour la nouvelle classe politique qui gouverne le Portugal.

Julie dos Santos 

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