[INTERVIEW] François Asselineau #1/2 : « Nous voulons juste sauver la France »

Plus de militants que le Front de Gauche ou EELV, une dynamique électorale à faire pâlir les partis de gouvernement, et pourtant l’Union Populaire Républicaine, UPR, parle de silence des médias à son encontre. Sans hésiter, François Asselineau, son fondateur, a accepté de répondre à nos questions.

« Nous sommes un mouvement de libération nationale ». Une idée qui revient souvent lorsque l’on discute avec un membre de L’UPR ou avec son fondateur François Asselineau, lui qui évoque régulièrement le Conseil national de la Résistance de la Seconde Guerre mondiale. François Asselineau ne sort pas de nulle part. Diplômé d’HEC et de l’ENA, c’est un habitué des ministères. De 1993 à 2007 il passe de l’Inspection Générale des Finances au ministère des Finances, puis à celui des affaires étrangères. Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances, le nommera « délégué général à l’intelligence économique ». Déçu par le RPF de Charles Pasqua, puis par l’UMP, il crée en mars 2007 l’UPR après avoir quitté le « Rassemblement pour la souveraineté et l’indépendance de la France ».

 L’Union Populaire Républicaine n’est « ni de droite, ni de gauche » : vent debout contre une trop grande influence américaine qui serait dissimulée, parfois un peu conspirationniste, eurosceptique, souverainiste, même si François Asselineau récuserait ce dernier qualificatif. Mais la première impression n’est pas toujours la bonne, et le ministère de l’intérieur classe ce parti dans la catégorie « Divers ». François Asselineau a accepté de répondre à nos questions.

 » Nous croyons que l’Etat français n’est plus maître de son destin « 

Etes-vous un parti d’extrême droite ?

 « Bien sûr que non ! La classification des partis politiques du ministère de l’Intérieur nous étiquète « divers », et les raisons sont nombreuses. Oui nous croyons que l’Etat français n’est plus maître de son destin, et que ce sont Bruxelles et l’OTAN qui dictent sa politique et déterminent son destin. La France doit bien évidement être libérée de ces influences, de ces carcans. Nous sommes le seul parti de France à vouloir sortir définitivement de l’UE et de l’euro : lisez les programmes du FN et de Debout la France, aucun ne le propose clairement. Mais sur tout un tas d’autres sujets, quand ils ne viennent pas prendre des notes pendant mes conférences comme Monsieur Phillipot, nous faisons hurler Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ! Nous dénonçons la xénophobie ambiante que ces partis propagent parce qu’ils divisent la société. La dégradation de l’Europe fait monter l’islamophobie. Les musulmans sont des boucs émissaires, les Français se trompent de cible ! Nous ne croyons pas que le péril soit l’immigration, nous dénonçons les théories du grand remplacement. Nous sommes pour l’accueil des migrants qui arrivent sur nos côtes. Le HCR (NDLR: le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU ) doit faire son travail et mieux les répartir. Les pays arabes doivent en accueillir d’avantage. Mais pour ceux qui arrivent chez nous, on ne peut décemment pas laisser mourir ces réfugiés.

 Moi-même je suis pour la diversité de mon mouvement. La France a un génie assimilateur. J’ai plein de jeunes militants issus de la diversité. Ils retrouvent la France qu’ils aiment. Celle qui se bat, et qui reste fière. D’ailleurs, une grande partie de nos militants vient de la gauche. Nous ne sommes ni de droite ni de gauche, parce que nous voulons rassembler la France pour la sauver. »

 

Pourquoi ne pas réformer lUE au lieu den sortir ?

« Il y a deux raisons principales. D’abord, les élites ont construit l’Europe actuelle en piétinant le désir des peuples qui avaient rejeté en 2005 le TCE qui est devenu en 2007 le Traité de Lisbonne. L’Union Européenne est une instance de dilution des nations et des cultures. La réforme des régions françaises, ou des euro-régions, en est la dernière preuve. Ensuite parce que le principe d’unanimité est tout simplement inapplicable ! Les peuples ont des cultures et des économies tellement différentes, que leurs intérêts ne peuvent jamais tous s’accorder. C’est une aberration, un aveuglement idéologique qui nous mène dans la situation dramatique où se trouve la France. Et puis l’UE n’est encore qu’un instrument de la politique américaine de contrôle discret des nations, comme l’OTAN. »

  » Ça va vous paraître bête, mais je suis simplement là pour sauver la France « 

Quand on sort du discours souverainiste, quand vous ne parlez plus de « libération » de la France, on ne vous entend plus. Pourquoi nabordez-vous pas les sujets du chômage ou de l’éducation par exemple ?

« Ça va vous paraître bête, mais je suis simplement là pour sauver la France. Le plus grand péril pour notre pays est la disparition progressive de sa liberté. Votre génération sera peut-être la dernière à connaître la France actuelle, dans ses frontières comme dans sa culture. Il faut d’abord sortir le pays des logiques de supranationalité qui la rongent, et vous verrez que déjà bon nombre de problèmes seront en partie réglés. L’euro nous a imposé une concurrence déloyale. Nous ne pouvons pas lutter contre des économies qui sont en plein développement, et qui en plus ont un cadre légal bien plus souple que le nôtre !  Bruxelles dicte notre politique économique et monétaire, c’est une aberration. Toutes les grandes puissances économiques avancent et nous, nous reculons, car eux se battent avec des armes que nous refusons d’utiliser. Regardez la Chine, les Etats-Unis ou bien la Corée du Sud ! Ils maitrisent leurs économies parce qu’ils maîtrisent au moins leur monnaie. Il nous faudra bien cinq ans d’un mandat présidentiel pour sortir de l’UE et de l’OTAN ! »

 

Vous parlez de nos concurrents économiques. Mais l’économie actuelle est ouverte, globalisée. Votre programme naurait-il pas pour première conséquence de couper la France de ses partenaires ?

« On veut sortir des logiques supranationales comme l’OTAN ou l’UE. Pour autant on ne veut pas refermer le pays sur lui-même. Nous ne comptons pas plonger la France en autarcie. Par exemple, ERASMUS est un programme important pour la culture de nos jeunes. Mais il faudrait multiplier ce type d’échange aussi avec des pays hors d’Europe, comme le Japon ou la Corée du Sud par exemple. La charte de l’ONU ça c’est la société du troisième millénaire ! Elle affirme le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, c’est exactement l’esprit de notre projet. S’ouvrir au monde en sauvegardant notre droit à maîtriser notre destinée. Vous connaissez l’adage, le patriote aime son pays, le nationaliste déteste ceux des autres. Nous ne sommes pas un parti nationaliste. »

 

Mais vous ne feriez rien dautre en 5 ans ?

« Bien sûr que si, les ministères doivent tourner.  Mais je suis pour la démocratie directe. Il faudrait que tous les sujets qui font polémique soient présentés par référendum au peuple souverain, comme le mariage pour tous, l’énergie nucléaire, voire même la politique migratoire. Cependant le président ne devrait pas y mettre en jeu son mandat, ou il prendrait parti et deviendrait l’objet du référendum. Il doit aussi y avoir des référendums d’initiative populaire. Toutes ces questions décisives de la politique devraient être tranchées par le peuple. De toute façon l’UPR n’est pas un parti de gouvernement. Comme le CNR, c’est un parti de redressement national, transitoire. Quand le programme aura été mené à bien, quand nous aurons rendu à la France sa souveraineté, l’UPR proclamera sa dissolution et rendra le pouvoir au peuple. »

 » Je ne suis pas populiste ! Je suis un rebelle de 58 ans  » 

À vous entendre, vous êtes soit populiste soit idéaliste !

« Je ne suis pas populiste ! Je suis un rebelle de 58 ans, je pense que ce qui me caractérise parmi mes congénères c’est ma capacité de rébellion. Les hauts fonctionnaires sont plutôt conformistes. La vie ce n’est pas que le fric. Je préfère me battre chichement pour mes idées, alors que je pourrais très bien gagner ma vie comme mes amis énarques. »

Cette semaine seront discutés à L’Assemblée Nationale le projet de réforme constitutionnelle et la déchéance de nationalité. Soutenez-vous la mesure portée par le gouvernement ?

« La déchéance de la nationalité ne résoudra rien. Le principe même du fanatisme c’est d’être hermétique aux autres. Je ne vois pas pourquoi une mesure légale empêcherait des jeunes de basculer dans le terrorisme. Sans oublier que cela créerait des inégalités de statuts entre les Français. »

 

De manière plus générale comment jugez-vous la réponse du gouvernement à la menace terroriste ?

 « Quelles sont les raisons du terrorisme ? Nos guerres en Libye, en Irak, en Syrie ! Je vous rappelle que nous sommes à chaque fois entrés en guerre en transgressant le droit international. Par des grands principes nous allons déstabiliser des pays dont nous ne connaissons rien. La vision de nos dirigeants est court-termiste, elle oublie l’histoire et les différences de culture. Finalement quels sont les bilans de toutes ces guerres ? Le démantèlement des pouvoirs locaux, le chaos, et une haine viscérale contre l’occident. Sortons de ces guerres, parce que nous n’avons rien à y faire. Ne serait-ce que pour ne plus être des cibles ! Enfin regardons du côté de l’argent. Qui finance Daesh ? Il y aurait sûrement quelques questions à poser à l’Arabie Saoudite et aux prédicateurs wahhabistes. Nous aurons déjà fait la moitié du chemin. La réponse au trafic d’armes n’est, elle non plus, pas suffisante. »

Propos recueillis par Adrien de Volontat et Sylvain Poulet

 

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