À 20 ans, ils choisissent la campagne

Les villes regroupent selon l’INSEE les trois quarts des étudiants de 18 à 24 ans. Une fois leurs études terminées, ils décident pour la plupart de se rapprocher des principaux pôles d’activité économique. Restent quelques irréductibles qui décident de s’installer loin des centres-villes et de la société de consommation.

La campagne séduit. En France, depuis cinq ans, 450 000 personnes ont quitté une grande ville pour s’installer à la campagne. D’après l’INSEE 13 % d’entre-eux sont âgés de 18 à 24 ans. Alors, quand on est jeune, la recette pour être heureux serait-elle de quitter la ville pour se rapprocher de la campagne ?

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Après avoir travaillé en tant qu’ingénieur, Fabrice s’est reconverti en agriculture. (Crédit photo : amapvalbonne.net)

 

« J’ai trouvé un job chez SFR. J’ai détesté. »

Sur le littoral azuréen, le soleil brille, les touristes affluent. Non loin de là, près de Villeneuve-Loubet, entre montagne et mer, un jeune homme vérifie un à un ses légumes. D’un œil satisfait, il regarde son terrain. Une récompense pour son dur labeur. Fabrice a 31 ans, il porte un vieux jean, des lunettes sales et des baskets usées. Le jeune homme a construit son bonheur loin des supermarchés : « J’ai fait des études pour devenir ingénieur. Une fois le master en poche, j’ai trouvé un job chez SFR. Une très grosse boîte. Jai détesté : on ne te remercie jamais, l’ambiance est glaciale. Tu n’es qu’un parmi d’autres. » Un an et demi plus tard, Fabrice démissionne pour réaliser un de ses rêves : « Je me suis reconverti en agriculteur. Jamais je ne pensais le devenir un jour ! J’avais 23 ans ; en l’espace de neuf mois, avec 25 000 euros en poche, j’ai trouvé une terre. J’ai commencé à la cultiver et mon projet s’est élargi. Aujourd’hui je me suis créé un réseau pour vendre mes légumes bio. »

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Sophia est passionnée d’animaux depuis son plus jeune âge. (Crédit photo : Sophia Tuis)

« J’ai fait un stage chez un berger, j’ai adoré. »

À quelques kilomètres de là, au fin fond d’un parc naturel, on aperçoit une tête blonde au milieu d’une serre. Des chiens courent vers elle, aboient gentiment. Sophia se relève, leur fait signe et sourit. Son idéal de vie, elle le construit depuis le lycée. Son parcours l’a naturellement menée vers le métier de maraîchère, éleveuse de poules et dresseuse de chiens. « J’ai toujours voulu habiter à la campagne. Quand j’étais petite, on habitait à Saint-Laurent-du-Var, on avait une petite maison en ville avec un minuscule jardin. Mes parents travaillent dans l’immobilier, rien à voir avec mon projet ! Ma mère m’a transmis sa passion pour les animaux. » Après le lycée agricole, Sophia entre dans une école d’ostéopathe. Elle arrête pour des raisons financières. C’est à la suite d’un stage chez un berger qu’elle décide de travailler dans l’agriculture : « L’envie de travailler dans la nature ne m’avait jamais quittée. » À 23 ans, Sophia trouve une terre. Elle crée une ferme pédagogique, élève ses poules et vend des légumes. « Ça va faire 3 ans que je suis ici, les clients sont réguliers. Tout fonctionne à merveille. », assure-t-elle.

Ces jeunes fuient la ville. On s’imagine des marginaux. Et pourtant, contrairement aux préjugés, tous sont parfaitement intégrés, actifs et ambitieux.

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Clémence est enseignante dans une classe de petite et moyenne section (les visages ont été floutés pour préserver l’anonymat). (Crédit photo : Clémence Maleysson)

 

 « Jamais je ne retournerai vivre en ville »

Huit heures. Clémence attend ses élèves de trois et quatre ans devant le portail de la petite école en pierre de Saint-Etienne-Lardeyrol située dans la Haute-Loire. Dans ses bras, des cahiers et le programme de la journée. « J’ai orienté mes études pour devenir institutrice dans un petit village. Vivre ici, c’est une redécouverte des saisons que je ne pouvais pas avoir dans les grandes villes. J’aime cette proximité avec la montagne, la forêt, la nature. Je redécouvre la cueillette ! La joie de cuisiner des fruits et des légumes cueillis soi-même. » Le projet de Clémence n’est pas tout à fait achevé, son rêve : créer une ferme autonome. « Je veux m’éloigner petit à petit des supermarchés et me nourrir avec ce que je produis moi-même. » Plus jamais la jeune professeure des écoles ne retournera en ville. Son bonheur, elle le trouve dans un village de moins de 700 habitants entouré de prés et de montagnes. Le sourire aux lèvres, elle confie : « Chacun a des projets et envies différentes. Tout est réalisable, rien n’est impossible même quand on est jeune ! »

 

 

Camille Maleysson

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