Carnavalier, le métier le plus méconnu de Nice

Vendredi, le Carnaval de Nice, réputé partout en France pour ses chars somptueux, fêtera ses 140 ans. Des hommes de l’ombre se dépêchent pour boucler les derniers préparatifs. Buzzles est parti à la rencontre des carnavaliers, sans qui l’évènement majeur de la saison hivernale sur la Côte d’Azur n’aurait pas lieu.

A la Maison du Carnaval, les petites mains s’activent autour des grosses têtes. Sous le bruit assourdissant des soudeuses, des scies et des perceuses, les structures plus impressionnantes les unes que les autres prennent forme. Certaines sont déjà prêtes à défiler, d’autres en revanche viennent tout juste d’être assemblées.

Le Roi du Carnaval, pièce principale du défilé. Cette année, il régnera sur les 5 continents. Photo : DR

Le Roi du Carnaval, pièce principale du défilé. Cette année, il régnera sur les 5 continents. Photo : DR

Au moment des corsi, difficile de s’imaginer les efforts fournis pour construire ces immenses chars, grands parfois de vingt mètres. Ils sont réalisés à partir de dessins 2D, dont la création est confiée aux imagiers. Ces dessinateurs professionnels, à l’imagination débordante, choisissent une séquence fantastique qui prendra vie sur les dix-huit chars.

Entre deux coups de peinture, le responsable artistique explique pourquoi il est si attaché à cette grande fête : « Le Carnaval, c’est une histoire de famille. Depuis quatre générations on prépare les chars, on crée de nouvelles structures. C’est la passion qui permet d’inventer toujours plus d’animations et c’est pas prêt de s’arrêter. »

Qu’il s’agisse d’argile, de polyester ou d’acier, les carnavaliers fabriquent les chars avec minutie. En revanche, une tradition ancestrale veut que les grosses têtes soient confectionnées en carton-pâte : dans un moule, les couches de papier sont successivement collées les unes sur les autres. Ensuite, les peintres donnent la véritable signature à cet art niçois.

« La plus belle récompense, c’est de voir le sourire des gens »

Malgré l’ambiance joyeuse qui s’échappe du hangar, la tension monte chez les artisans. Les derniers préparatifs doivent être terminés avant vendredi 15 février, dernier délai. Après quatre mois de dur labeur, grâce à eux les spectateurs pourront s’émerveiller devant ces décors irréels, face émergée de l’iceberg.
A les voir s’entasser, ces immenses œuvres d’art aux couleurs éclatantes dégagent un parfum envoûtant, quasi-magique. Pour Christine, la costumière, travailler sur les costumes « permet d’être plus fou que dans la vie, c’est une sorte de rêve, surtout quand on peut le partager avec le public. » Bien qu’il ait cinquante ans de métier derrière lui, le responsable artistique ajoute : « La plus belle récompense c’est de voir le sourire des gens. Une fois qu’on a attrapé le virus, il ne nous quitte plus. C’est pour la vie ! »

Les « grosses têtes », qui peuvent peser jusqu’à dix kilos, amusent les spectateurs et entretiennent l’identité particulière du plus vieux Carnaval du monde. Photo : DR

Les « grosses têtes », qui peuvent peser jusqu’à dix kilos, amusent les spectateurs et entretiennent l’identité particulière du plus vieux Carnaval du monde. Photo : DR

Malgré leur apparence presque vivante, les chars, eux, ne sont pas destinés à survivre. Structures éphémères, ils seront détruits après l’incinération du Roi du Carnaval. Grâce au thème des cinq continents, petits et grands risquent d’en prendre plein la vue lors de la parade. Bref, un véritable tour du monde en 90 minutes !

Vincent Bourquin

Publicités