Le ventre de Marseille, au cœur des chamboulements du centre-ville

Noailles est l’un des quartiers les plus anciens de Marseille. Il a été construit en même temps que la Canebière, en 1666. Son surnom, le « ventre de Marseille » est hérité de son histoire. Pendant plusieurs siècles, les Marseillais y venaient se fournir en victuailles. Aujourd’hui il est connu pour son marché quotidien place des Capucins. La construction d’un hôtel de luxe à proximité du quartier inquiète commerçants et habitants.

À l’entrée du quartier Noailles, un grand immeuble délabré. Il doit être réaménagé pour accueillir un hôtel de luxe. La mairie souhaite reconquérir le centre-ville dans le cadre de l’opération de requalification « Grand Centre-Ville ». Mais voilà deux ans que les travaux sont au point mort. Une cinquantaine de mètres plus loin, Place des Capucins, le marché quotidien bat son plein. Le bruit des passants s’entremêle au cri des commerçants haranguant la foule compacte. À droite, des commerces. Poissonniers, bouchers, vendeurs de fruits, de légumes ou d’épices se saluent, discutent, rigolent. « C’est un quartier populaire, il y a de l’ambiance. » nous explique ce passant. À gauche, une barricade annonçant la création de l’hôtel quatre-étoiles. Un contraste saisissant. Le quartier abrite en très grande majorité une population immigrée, en particulier d’Afrique du Nord, parfois depuis plusieurs générations. « C’est un quartier où l’on trouve un peu tout le monde et de tout. » affirme cette commerçante. « Là-bas vous avez l’Asie, ici c’est l’Afrique, au fond l’Occident […] ici, le vivre ensemble s’impose. On n’a pas à chercher pourquoi. C’est comme ça. » confirme ce boucher du quartier.

Un hôtel qui fait polémique. 

« Rénovation de la canebière, lancement des travaux dès janvier » peut-on lire sur la façade de l’immeuble. Pourtant nous sommes en février et rien n’a débuté. « Cela fait deux ans qu’on l’attend. Ils mettent le temps. En attendant ils ont mis une palissade mais c’est éventré de partout. Ce n’est pas ce qui contribue à la propreté du coin » s’agace un habitant. « À ce jour. On est au courant de rien. J’en ai encore parlé hier à une réunion. On nous cache tout. » déplore le président du comité des intérêts du quartier (CIQ) Noailles. Beaucoup de commerçants s’inquiètent de voir leur quartier disparaitre ou être déplacé, comme ce boucher. « S’ils veulent sacrifier [Noailles] c’est grave. Où on va ? Que l’argent, l’argent, l’argent. Les promoteurs, ils ont tous pouvoirs, ils arrosent et voilà, en avant. Ils n’en ont rien à faire de la population. Ils veulent redonner un certain standing au centre-ville. Mais à quel prix ? Pour qui ? Pour les Parisiens qui descendent le weekend ? Voilà. Marseille ce n’est pas une ville de riche, c’est une ville populaire. » D’autres au contraire se réjouissent de l’arrivée de ce nouvel hôtel. Pour le président du CIQ, le quartier Noailles « c’’était le ventre de Marseille, mais maintenant c’est la misère de Marseille. [Avec l’arrivée de l’hôtel] cela va permettre plus de mixité sociale. C’est enrichissant pour tout le monde ». « Il vaut mieux ça que des alimentations ou des kebabs. » ajoute ce client.

Le portrait de Nelson Mandela dans une rue de Noailles (Crédit photo : Etienne Merle)

Le portrait de Nelson Mandela dans une rue de Noailles (Crédit photo : Etienne Merle)

Un cas qui n’est pas isolé 

Dans la cité phocéenne, d’autres quartiers sont concernés par le projet de « requalification » du centre-ville. C’est le cas du quartier de la Plaine. La mairie a investi 11.5 millions d’euros pour rénover ce quartier nous explique le journal La Provence. Le projet devrait s’étendre sur 30 mois et se terminer en 2019. Mais nombre d’habitants ne l’entendent pas de cette oreille. Unis autour de « l’assemblée de la Plaine », ils protestent contre cette réhabilitation. Ils l’accusent de vouloir détruire l’âme populaire du quartier. Certains parlent même de véritable « résistance ». Un bras de fer est donc engagé entre les populations de ce quartier et la mairie de la ville, dont l’issue est pour l’heure incertaine.

Etienne MERLE

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