Quand 3ème et 7ème arts se rencontrent à Cannes

La Ville de Cannes a lancé fin janvier un appel d’offre pour la réalisation de fresques. Six nouvelles peintures murales viendront compléter les quatorze déjà existantes depuis 2002. Le thème du cinéma est, évidemment, toujours de mise.

Le cinéma en peinture, un art mobile dans un art magnifiant et immuable. C’est ce que veut prouver la Mairie de Cannes. Depuis janvier, elle a lancé un appel d’offre pour la réalisation de six nouvelles fresques. « Habiller les murs en mauvais état par du cinéma, c’est mieux que de simplement réhabiliter la paroi » affirme Pierre Hnizdo, chef de service d’attractivité commerciale et de l’espace public à la mairie. 

Cette fois-ci l’idée serait de décorer les murs de soutènement des ponts. Un travail plus complexe mais dont les thèmes devraient satisfaire l’appétit artistique des peintres muralistes : Star Wars, Vingt mille lieues sous les mers, Le Moulin Rouge, Mélodie en sous-sol, « Bocca Cabana », et un thème sur le « taxi au cinéma ».

Les peintres de A. Fresco à l’oeuvre lors de la création de la fresque Rue de la République à Cannes. (Crédit photo : Patrick Commecy)

Les peintres de A. Fresco à l’oeuvre lors de la création de la fresque Rue de la République à Cannes. (Crédit photo : Patrick Commecy)

Une rude sélection des artistes-peintres

En arpentant les rues de Cannes, on rencontre déjà quatorze œuvres murales. Réalisées dès 2002, elles illustrent le cinéma. Chaque atelier de peintres y a laissé sa trace. Parmi eux Fresqu’île, A.Fresco et 7ème Sens . Autrement dit, trois potentiels candidats pour la nouvelle série de 2016. Pierre Hnizdo affirme que « les anciens artistes sont régulièrement contactés mais [que] c’est à eux de faire leur proposition ». Mais qui dit appel d’offre, dit compétition. Les plus ambitieux avaient jusqu’à fin février pour envoyer un dossier complet proposant une maquette et d’autres modalités de réalisation. Plaire aux jurys de la commission est essentiel pour gagner le droit de peindre. Les critères de sélection sont pointus et une non-conformité est rédhibitoire.

Celui du budget sera le plus intransigeant. La mairie possède un budget bien défini et le montant proposé par les ateliers sera donc décisif. Pourtant, c’est le critère le plus variable. Le prix d’une fresque évolue selon de nombreux paramètres (le nombre de peintres, le mur, le matériel, etc.). A titre d’exemple, Fresqu’île produit des peintures entre 20 000 et 40 000 euros, pour deux à trois semaines de travail avec trois ouvriers. Pour pallier cette difficulté financière, les ateliers peuvent choisir de peindre sur des toiles à maroufler (technique qui consiste à appliquer une toile peinte sur un mur), un travail moins long et moins coûteux. Au mois de mars, après une étude méticuleuse des dossiers par la mairie, les gagnants pourront commencer à concrétiser leur projet.

Les fresques sont d’abord peintes sur des toiles en atelier. (Crédit Photo : Patrick Commecy)

Les fresques sont d’abord peintes sur des toiles en atelier. (Crédit Photo : Patrick Commecy)

Une concurrence entre les candidats

Le nouveau maire, David Lisnard est à l’origine de cette campagne d’offre. Celle de 2002 était réalisée selon des modalités différentes, d’où sont nés des litiges. L’atelier A. Fresco, dirigé par Patrick Commecy, avait bénéficié de plusieurs réalisations. Sur quatorze fresques, dix lui sont attribuées. Ce travail lui a pris presque huit ans. Pour l’atelier Fresqu’ile, aujourd’hui dirigé par Julien Dupont, c’est un manque d’équité « Le travail aurait pu être plus efficace si les candidats sélectionnés étaient plus diversifiés ». Fresqu’île repostulera cette année si la répartition des fresques et le respect des règles de compétition sont plus justes. Pierre Hznido, de la mairie de Cannes, affirme qu’une seule fresque sera attribuée par candidat car cette édition doit se terminer avant la fin de l’année.

Une garantie que les peintres sauront apprécier même si le choix des maquettes reste arbitraire. « Le problème avec le vote de la commission de la mairie c’est que les votants n’ont pas forcément de sensibilité artistique ou pas aussi pointue que des professionnels » confie Julien Dupont à regret. Pour plaire à la population, les peintures doivent représenter le cinéma simplement et rigoureusement. C’est ce qui a plu dans les œuvres de Patrick Commecy qui déclare pourtant ne « pas [être] passionné de cinéma plus que ça ».

Fresqu’île, lui, est spécialisé dans le trompe-l’oeil. La fresque de Jacques Tati sur la place du Suquet en est un parfait exemple. « Les films de Jacques Tati sont un symbole pour nous » nous livre Julien Dupont, dont une passion ancrée pour le cinéma se fait ressentir. Cette année, beaucoup de sujets l’intéressent : « Taxi Driver est un de nos films fétiches », une opportunité pour le thème « taxi au cinéma ».

Les habitants et les touristes pourront découvrir ces nouvelles fresques d’ici la fin de l’année. Pour eux, nul doute, Cannes et le cinéma entretiennent une histoire d’amour impérissable.

Maïlys Belliot
Mariette Guinet

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