« Baron Noir », retour sur une première saison prometteuse

Les deux derniers épisodes de Baron Noir, la nouvelle série produite par Canal+, ont été diffusés ce lundi 29 février. Buzzles vous propose un retour sur la première saison de cette série « made in France » ultra réaliste.

Résumé de la saison 1

Entre-deux tours de la Présidentielle. Philippe Rickwaert, député maire de Dunkerque parle avec Francis Laugier, le candidat socialiste, à quelques minutes du dernier débat. Les deux amis savent qu’ils sont en passe de remporter l’élection. Pourtant, l’étau de la justice se resserre autour de l’élu du Nord. Pour aider financièrement son ami dans sa campagne, il détourne 200 000 euros du programme d’HLM de sa ville. Le soir même du fameux débat, Philippe Rickwaert, incarné par Kad Merad, est prévenu par un contact d’une future perquisition. Débute alors une mission difficile ; cacher à la police cette escroquerie. Le monde du futur premier secrétaire du Parti Socialiste s’écroule. Un syndicaliste, présent dans la magouille, se suicide, accablé par le stress et le remord. Laugier lâche son ami. « Je ne serai jamais ton chien », lui indique le maire de Dunkerque, lors d’une visite de Clamex, entreprise en difficulté de la ville. Une fois installé à l’Elysée, le nouveau président tente l’impossible pour écarter son ancien compagnon. Alliance avec les communistes et les verts pour les législatives, mise à l’écart du gouvernement, tout est fait pour enterrer l’homme politique le plus talentueux de sa génération.

Commence alors un cercle tortueux, une guerre politique, un chaos total. Rickwaert se met en couple avec la plus proche conseillère de Laugier, Amélie Dorendeu, à qui il permet d’atteindre la place de première secrétaire du PS. Il entre aussi dans un combat au niveau de la réforme de l’éducation nationale. Philippe Rickwaert devient le baron noir, « l’homme qui murmure aux oreilles des lycéens », le député qui vient à l’Assemblée en bleu de travail pour rappeler que les élèves des lycées professionnels n’ont quasiment aucune chance de réussite dans les études supérieures. Il fait tomber le Premier Ministre et deviendra le nouveau Ministre du travail. Mais Rickwaert fait peur, et nombreux sont ceux qui œuvrent dans l’ombre pour le faire tomber. La justice accumule les preuves, et l’affaire des HLM de Dunkerque ressort. Très vite, des stratégies sont mises en place par Rickwaert et le Président Laugier (campé par Niels Arestrup). Le sort les rapproche, mais les tensions sont loin de disparaitre, surtout quand le Ministre apprend que l’argent volé a servi à payer les frais de divorce du Président. Cependant, les deux hommes sont dans le même bateau, un bateau qui tangue dangereusement, percé et bombardé de toutes parts. S’il est difficile de cacher des preuves à la justice, il est encore plus compliqué de les dissimuler aux autres partis politiques. Le couperet tombe, et l’affaire sort au grand jour. Philippe Rickwaert a escroqué sa propre ville. Lâché par tous ses alliés, descendu en direct à la télévision par le Président, il est finalement trahi par son adjointe, qui le vend à la police. Humilié, haï, un temps même par sa propre fille, il est transféré en prison. Dans sa chute, il entraîne irrémédiablement celui qui a brisé ses rêves, Francis Laugier, obligé de démissionner. Amélie Dorendeu est alors candidate à la Présidentielle, conseillée dans l’ombre par Rickwaert. Enfin, après une proposition venue de la Droite, le Baron noir se retrouve à nouveau dans une ronde politique. Trahir et être libre, ou assumer ses convictions ? Difficile dilemme.

Un trio infernal

Comme souvent au cinéma, le succès repose sur la rythmique du scénario et la performance des acteurs. Une performance d’autant plus importante dans un format « série », constance et cohérence étant de mise au fil des saisons. Le pari est gagné pour « Baron Noir » et son trio gagnant. En première ligne, il faut souligner le travail du comédien Kad Merad qui incarne à la perfection Philipe Rickwaert, député maire socialiste fictif de Dunkerque. Rickwaert est un personnage complexe, partagé entre ses ambitions réformatrices et ses méthodes cyniques. Kad Merad relève le défi et incarne magistralement cette dualité. Son interprétation est basée sur un effet crescendo : plus Rickwaert prend un statut important, plus les casseroles s’accumulent, et plus le jeu du comédien s’intensifie. Le roi des « nanars » a réussi à s’adapter au format « série » et signe là un retour pertinent et moderne.

La tension est maintenue tout au long de cette première saison, notamment grâce à l’incroyable Niels Arestrup, qui campe Francis Laugier, adversaire coriace de Philippe Rickwaert et accessoirement Président de la République. Arestrup est froid, saisissant de crédibilité dans la descente aux enfers que vit son personnage. Son regard perçant et son ton grave nous percutent à chacune de ses répliques. Il occupe un rôle central dans les premiers épisodes, puisqu’il fait la liaison entre Kad Merad et Anna Mouglalis. L’actrice incarne Amélie Dorendeu, la touche féminine du trio de tête. D’abord proche de Laugier, la jeune femme finit par rejoindre les rangs de l’équipe Rickwaert. Première secrétaire du parti socialiste, la jeune femme donne parfaitement le ton, de la voix rauque qui la caractérise. Elle réussit une reconversion magistrale en passant de conseillère abjecte à candidate sincère et sympathique. Une jeune femme galvanisée par le pouvoir et son ambition, qui donne le rythme à Kad Merad et Niels Arestrup et fait avancer l’intrigue. Anna Mouglalis a parfaitement saisi l’ambivalence de son personnage et réussit l’exploit d’incarner une femme qui se transforme, avec cohérence et crédibilité.

De gauche à droite, les comédiens Niels Arestrup, Kad Merad et Anna Mouglalis. (Crédit photo : télérama.fr)

De gauche à droite, les comédiens Niels Arestrup, Kad Merad et Anna Mouglalis. (Crédit photo : télérama.fr)

Un projet « made in Canal » à l’accueil mitigé

Baron Noir est avant tout une production originale Canal+, et donc française. D’ailleurs, le tournage, étalé sur la période de mai à octobre 2015, a pris ses quartiers à l’Hôtel du Châtelet (ministère du Travail), pour finir dans la ville de Dunkerque.  « Un mot revenait sans cesse dans la bouche de tous les comédiens : le “réalisme” » explique Jean-Baptiste Delafon (coscénariste et créateur de Baron Noir avec Eric Benzekri) dans un reportage du magazine Télérama. En effet, dans la série, seuls les personnages sont fictifs. Tout le reste, contexte et décors compris, se base sur le réel et sur les cadrages parfaits du réalisateur Ziad Doueiri (cadreur de Quentin Tarantino sur Réservoir Dogs et Pulp Fiction).

Niels Arestrup et Kad Merad sur le tournage de la série Baron Noir à Dunkerque. (Crédit photo : lemonde.fr)

Niels Arestrup et Kad Merad sur le tournage de la série Baron Noir à Dunkerque. (Crédit photo : lemonde.fr)

Au final, 8 épisodes de 52 minutes ont été mis en boîte pour cette première saison. Mais l’accueil par le public est plutôt décevant. Si les deux premiers épisodes de la série ont enregistré 618 000 téléspectateurs, les huit épisodes de Baron Noir ont réuni en moyenne 511.000 abonnés chaque lundi soir, soit 2% du public de quatre ans et plus. Des chiffres à nuancer puisque l’intégralité de la série a été mise en ligne dès le début de la diffusion.

Vers une saison 2 ?

Malgré le succès mitigé de la série, la chaîne cryptée pourrait commander une deuxième saison. Sur Europe 1, Eric Benzekri, l’un des coscénaristes a évoqué une suite : « Une saison 2 est en cours d’écriture ». Cette dernière devrait être tournée durant la présidentielle de 2017. Il reste plus d’un an à attendre pour les fans, qui découvriront donc les résultats de la bataille politique fictive de Philippe Rickwaert, en même temps que celle de la réelle présidentielle. Quant aux acteurs, Kad Merad a confirmé qu’il rempilerait : « Tenir le rôle principal dans un projet aussi ambitieux ne se refuse pas ». Même chose pour Hugo Becker, l’interprète de Cyril Balsan, qui a confié son envie à Tele2semaines : « Si mon personnage évolue de la même façon, c’est quand ils veulent ». Canal+ saura sûrement proposer un casting encore plus efficace pour satisfaire les téléspectateurs, avec une suite au niveau de la première saison.

Antoine Medeiros
Gaspard Poirieux

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