Myriam Soumaré tire sa révérence : retour sur sa carrière

J-181 avant les Jeux Olympiques de Rio au Brésil et pourtant Myriam Soumaré décide de raccrocher les pointes à l’âge de 29 ans. Buzzles revient sur sa carrière qui a tant apporté à l’athlétisme français.

Originaire de Sarcelles dans le Val d’Oise, Myriam Soumaré découvre l’athlétisme à 18 ans. Ses premiers essais étant plus que convaincants, elle décide de s’engager pour une année.  Myriam Soumaré impressionne très vite son club de l’AA Pays de France Athlé 95 par ses incroyables facilités. Sa puissance, sa force et sa volonté de réussir sans limite lui ont d’ailleurs valu le surnom d’E.T. Seulement cinq ans après ses débuts, elle devient championne de France du 100 mètres avec un chrono de 11s55. Pas de doute, Myriam Soumaré a un don pour le sprint.

La révélation aux yeux du grand public

Lors de l’été 2010, l’athlétisme européen se donne rendez-vous à Barcelone pour les Championnats d’Europe d’Athlétisme. Outre les Américaines et Jamaïcaines, les plus grandes sprinteuses de la planète sont présentes, notamment la Française Christine Arron, la Russe Anastasiya Kapachinskaya médaillée d’or sur l’épreuve du 200 mètres aux Championnats du Monde de 2003 ou encore l’Ukrainienne Elizaveta Bryzhina qui compte, à son actif, une médaille d’argent remportée sur le 200 mètres aux Championnats d’Europe Juniors de 2007. Par équipe, les Russes et les Britanniques sont prêtes à défendre leur titre de championnes et de vice-championnes d’Europe  du 4 x 100 mètres obtenus quatre ans auparavant à Göteborg, en Suède.

La véritable course qui révèle Myriam Soumaré à la France est celle du 200 mètres. Présente au couloir n°8, elle n’est pas forcément la mieux placée pour remporter la course. Au coup de feu, elle prend un départ excellent et sort du virage à hauteur des athlètes du 3e et 5e couloir. Dans la ligne droite, elle reste au contact des meilleures sprinteuses pour finalement s’imposer en 22s32.

Myriam Soumaré après sa victoire inattendue sur l’épreuve du 200 mètres aux Championnats d’Europe de Barcelone, en 2010. (Crédit Photo : Nouvel Obs)

Myriam Soumaré après sa victoire inattendue sur l’épreuve du 200 mètres aux Championnats d’Europe de Barcelone, en 2010. (Crédit Photo : Nouvel Obs)

Aux commentaires sur France 2, le journaliste Patrick Montel et le consultant France Télévision, Stéphane Diagana, sont extrêmement surpris de l’issue de la course.  « Myriam ! C’est pas vrai, elle est championne d’Europe ! Elle est championne d’Europe ! C’est incroyable, 22s31 ! Myriam Soumaré qui réussit l’exploit de ces Championnats d’Europe ! Incroyable ! » s’écrie Patrick Montel à l’arrivée. Journalistes, commentateurs, Myriam Soumaré, tout le monde est euphorique. Tous attendaient la victoire de la Russe Aleksandra Fedoriva, la femme la plus rapide d’Europe, mais cette dernière ne finit que troisième, doublée in extremis avant la ligne d’arrivée par l’Ukrainienne Elizaveta Bryzhina. Ce soir là, Myriam Soumaré est sur le toit de l’Europe. Elle vient de signer la meilleure performance européenne de l’année sur cette distance. Elle améliore, par la même occasion, son record personnel de 69 centièmes.


L’épreuve du 200 mètres féminin aux Championnats d’Europe d’Athlétisme à Barcelone, en 2013.

Sur ces Championnats d’Europe, Myriam a aussi pris la troisième place sur le 100 mètres derrière la Française Veronique Mang et l’Allemande Verena Sailer qui remporte le titre tant convoité. Au relais 4 x 100 mètres,  elle obtient la médaille d’argent aux côtés de Véronique Mang, Lina Jacques-Sébastien et Christine Arron derrière les Ukrainiennes et devant les Polonaises. Les Russes et les Britanniques n’ont pas su garder leurs titres.

En 2012, aux Jeux Olympiques de Londres, l’athlète de la région parisienne échoue à la septième place en finale du 200 mètres. La médaille d’or revient à l’Américaine Allyson Felix. Sur la même épreuve, Myriam Soumaré a, tout de même, décroché la médaille de bronze aux Championnats d’Europe d’Helsinki la même année.

Août 2013 : du rêve à la désillusion

Après les Jeux de Londres, le prochain grand rendez-vous de l’athlétisme c’est Moscou et les Championnats du monde. Myriam Soumaré est avec Stella Akakpo, Ayodele Ikuesan et Céline Distel-Bonnet pour la finale du relais 4 x 100 m le 18 août. Dans les starting-block, Céline Distel-Bonnet réalise un départ moyen mais le passage de témoin se fait sans encombre avec Ayodele Ikuesan. Cependant, la sprinteuse connait plus de difficultés lorsqu’elle le donne à Myriam Soumaré. « C’est un peu compliqué le passage… Les Françaises sont loin. » déclare Patrick Montel aux commentaires. Le dernier relais entre Myriam Soumaré et Stella Akakpo est correctement réalisé et au terme d’une ligne droite d’anthologie, la dernière relayeuse tricolore passe la ligne d’arrivée en deuxième position juste devant l’Américaine. La France est vice-championne du monde dans le relais 4 x 100 mètres.


L’épreuve du 4 x 100 mètres féminin aux Championnats du Monde d’Athlétisme à Moscou, en 2013.

Les relayeuses n’en reviennent pas de leur victoire et ignorent totalement qu’un doute subsiste sur le deuxième relais. Patrick Montel et Stephane Diagana, quant à eux, demandent à l’antenne les images du passage. « Eh oui, regardez le pied — de Myriam Soumaré —, elle n’a pas transmis encore. Il y a deux mains sur le témoin à ce moment là, et on est hors zone… J’espère que ça va passer… » analyse Stéphane Diagana en visionnant le passage de témoin litigieux. Les Françaises ne sont finalement pas disqualifiées puisqu’elles grimpent sur la deuxième marche du podium et savourent leur victoire sous les flashs des photographes.

Mais plus de deux heures après la finale : revirement de situation. Les quatre Françaises apprennent qu’elles sont disqualifiées pour « passage de témoin hors zone » par un tweet de la Fédération Internationale d’Athlétisme (IAAF). Au sein de la Fédération Française d’Athlétisme (FFA), la consternation et la colère s’installent. Ce qui est reproché n’est pas le passage de témoin hors zone mais l’attitude du jury de l’IAAF. Enlever le titre au quatuor tricolore après le podium, qui plus est, annoncé sur Twitter, laisse un goût amer pour tous les membres de la FFA, les relayeuses en premier. « C’est ma médaille, elle restera chez moi », a déclaré Stella Akakpo, la sprinteuse qui a offert la victoire à la France. Du rire aux larmes, cette déception laissera des souvenirs douloureux aux Françaises.

Céline Distel-Bonnet, Stella Akakpo, Myriam Soumaré et Ayodele Ikuesan savourent leur titre de vice-championnes du monde du 4 x 100 mètres. (Crédit Photo : FRANCK FIFE / AFP)

Céline Distel-Bonnet, Stella Akakpo, Myriam Soumaré et Ayodele Ikuesan savourent leur titre de vice-championnes du monde du 4 x 100 mètres. (Crédit Photo : FRANCK FIFE / AFP)

En 2014, Myriam Soumaré décroche l’argent sur l’épreuve du 100 mètres et le bronze sur le 200 mètres aux Championnats d’Europe de Zurich en Suisse. Elle termine sa saison en battant son record personnel avec 22s11 lors du Mémorial Van Damme de Bruxelles. En 2015, elle fait une pause dans sa carrière d’athlète pour se consacrer à sa vie de famille. Début 2016, elle reprend l’entrainement pour finalement prendre sa retraite le 24 février dernier.

Ainsi, Myriam Soumaré tire sa révérence au sommet de son art. E.T., comme on la surnomme, a eu une carrière riche en émotions à la hauteur de son talent. La France se souviendra d’une athlète aussi rayonnante que passionnée, qui représente incontestablement toutes les valeurs du sport. Alors, chapeau bas Myriam Soumaré, Buzzles vous souhaite le meilleur pour l’avenir.

Marion Ptak

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