Championnats du monde de cyclisme sur piste : le fiasco français

A cinq mois des Jeux olympiques de Rio, les pistards français sont passés à travers le parquet du London Velopark.

Le cyclisme sur piste s’installait la semaine dernière à Londres, pour organiser ses championnats du monde annuels. Une discipline ancrée dans l’histoire du sport français, puisque l’Hexagone domine les tableaux des médailles aussi bien olympiques que mondiaux, loin devant l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Italie. Une domination encore d’actualité, puisque lors des mondiaux 2015, à Saint-Quentin-en-Yvelines, les pistards français avaient écrasé la concurrence. Mais un an plus tard, les mêmes coureurs ont complètement craqué, incapables de se frotter aux meilleurs.

Aux Jeux Olympiques, après l’escrime, le cyclisme sur piste est la discipline dans laquelle la France a remporté le plus de médailles, proportionnellement au nombre de breloques distribuées.

Infographie PisteLes sprinteurs à l’arrêt, l’endurance à la peine.

C’est depuis deux décennies le gros point fort de l’équipe de France : le sprint. Oubliez les coureurs frêles qui gravissent les cols alpins en juillet, place aux musculeux sprinteurs, avoisinant parfois les cent kilos, et pour qui la salle de musculation est devenue une seconde maison. Ces garçons, qui côtoient des vitesses vertigineuses (75km/h en vitesse de pointe), sont les dignes héritiers de Daniel Morelon (octuple champion du monde), Florian Rousseau (10 titres mondiaux), Laurent Gané (7 titres mondiaux) ou Arnaud Tournant (14 titres mondiaux). Avec de telles figures par le passé, il est aisé de comprendre comment, en 2015, les Français ont arraché les quatre épreuves de sprint, ne laissant que les places d’honneurs aux autres prétendants. Pourtant, un an plus tard, au Velopark de Londres, l’addition est salée. Une seule petite médaille de bronze sur le kilomètre et des défaites sèches en vitesse pour François Pervis et Quentin Lafargue. Avant d’échouer au pied du podium en vitesse par équipes, battus par l’Allemagne pour quatre centièmes.
Sur les épreuves d’endurance, le bilan est à peine plus positif. Thomas Boudat n’a pas pu rivaliser plus d’une journée avec les meilleurs sur l’omnium, tandis que la poursuite française peinait à reprendre des couleurs. Seule satisfaction, la médaille d’argent obtenue par Morgan Kneisky et Benjamin Thomas sur le spectaculaire Madison, derrière deux monstres sacrés de la route : Bradley Wiggins et Mark Cavendish.

« Main dans la main, Mark Cavendish et Bradley Wiggins ont remporté le Madison, juste devant Morgan Kneisky et Benjamain Thomas. » Crédit photo : Michael Poole

« Main dans la main, Mark Cavendish et Bradley Wiggins ont remporté le Madison, juste devant Morgan Kneisky et Benjamain Thomas. » Crédit photo : Michael Poole

La faute à Rio ?

Forcément, à quelques mois des Jeux olympiques de Rio, le bilan est peu flatteur. Mais pas inquiétant pour autant. Il faut prendre en compte la difficulté de préparer une compétition mondiale à quelques mois de l’échéance olympique, qui cristallise toutes les attentions. Il ne serait pas étonnant que, déjà tournés vers le mois d’août, les pistards français soient quelque peu décalés dans leur entraînement. Et se soient servis des mondiaux comme préparation, ou comme « crash-test ». Laurent Gané, entraîneur de cette équipe de France de vitesse, reconnaissait d’ailleurs avoir fait des tests stratégiques. Avant d’ajouter que la sélection française pour les J.O. n’était toujours pas actée. De quoi motiver Grégory Baugé, François Pervis, Quentin Lafargue, Kévin Sireau et Michaël D’Almeida, cinq hommes bien trop nombreux pour les quelques places disponibles.

Emmanuel Durget

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